Il est un piège qui guette les pays de très
ancienne culture, et que tous n’ont pas su
éviter. Pétrifiés dans une
orgueilleuse admiration pour leur passé,
tétanisés par la crainte de porter
atteinte à leur patrimoine, ils refusent
de remettre en question les acquis de leur histoire,
font de leurs villes des musées à
ciel ouvert, et des copistes de leurs artistes et
de leurs artisans. Entre le désir légitime
de perpétuer les traditions et la nécessité
d’ouverture sur le monde, il est vrai que
le chemin est étroit. « Nous autres,
civilisations, nous savons maintenant que nous sommes
mortelles », écrivait Paul Valéry.
Mais seules meurent les civilisations qui cessent
d’innover…
À en juger par sa vigueur inventive, par
sa capacité à absorber et à
transmuer toutes les influences, la civilisation
marocaine ne court aucun risque de paralysie létale.
Sans rien renier de ce qui fait son originalité,
elle sait accepter cette part de métissage
sans laquelle aucune évolution n’est
possible. L’intérêt – on
peut même parler d’enthousiasme –
qu’a soulevé la création par
notre magazine du salon Riad Art Expo, prouve à
quel point les acteurs de la vie culturelle nationale
sont à l’écoute de notre temps.
Une écoute qui, en leur faisant comprendre
les attentes des marchés étrangers
de l’art, de l’artisanat et du tourisme,
leur a d’ores et déjà permis
de susciter, bien au-delà des frontières
du royaume, un véritable engouement pour
l’art de vivre marocain.
Et si dans ce numéro, nous avons choisi d’emmener
nos lecteurs à la découverte de Rabat,
c’est parce qu’à nos yeux cette
très jeune et très ancienne capitale
illustre parfaitement l’identité de
la civilisation marocaine, moderne et respectueuse
de son passé, assumant avec élégance
son rôle de médiatrice culturelle entre
l’Orient et l’Occident…