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Mode








Zahra yaagoubi

Mains de fée

Plus jeune, Zahra voulait faire de la lingerie. C’était, pensait-elle, la meilleure façon de mettre les femmes en valeur. Puis elle a changé d’avis…
Plutôt que de les dénuder, elle a choisi de les habiller. Mais pas n’importe comment : avec les plus belles matières, dans la plus pure tradition de la haute couture marocaine.

Une petite pièce, des femmes aux accents chantants, le bruit des machines à coudre, celui des ciseaux dans les étoffes. Et dans un coin, une petite fille. Assise en tailleur, elle joue avec son trésor : quelques boutons de nacre qu’elle assemble patiemment avec un fil de soie. Tout à l’heure, sa mère lui a tendu la bobine presque terminée. Les yeux de l’enfant se sont mis à briller. Le collier achevé, elle l’a passé au cou d’une de ses poupées, celle qu’hier elle avait habillée du tissu offert par une des femmes espagnoles qui viennent chaque jour coudre avec sa maman.

La petite fille a aujourd’hui vingt-six ans, elle a quitté Nador pour Casablanca. Mais ses yeux continuent de briller quand elle palpe les tissus ou quand elle fait rouler dans ses mains les « aakad », ces petits boutons de fil savamment tressé.
Ses poupées, elle les a troquées contre des mannequins grandeur nature sur lesquels elle ajuste des tenues qui semblent sorties d’un conte de fées. Taffetas de soie, satin duchesse, velours, organza… tous ces tissus que Zahra choisit unis sont ensuite perlés et brodés par une armée de petites mains. Pour la seule « s’fifa », elles sont vingt-trois femmes à mettre toute leur patience et leur minutie à coudre point par point les mètres et les mètres de passementerie en fils de soie tressés. Puis il faut coudre les « aakad », jusqu’à cinq cents parfois pour un seul caftan. Les heures de travail se comptent par centaines pour certaines pièces. Mais rien n’est trop beau pour ce qu’elle aime appeler ses « filles ». À chacune d’entre elles, elle donne un nom - Rose des sables, Grâce égyptienne, Fille du Nil, Tentation, Jardins suspendus, Iris… - en fonction du thème de sa collection, défini par les tendances internationales. Le patchwork et les papillons marqueront 2005. Zahra le sait, elle est branchée toute la journée sur Fashion TV. Ces deux thèmes seront donc ceux de ses prochaines collections, composées d’une douzaine de tenues. L’année dernière, elle avait choisi les fleurs. Son caftan Tulipe et un autre, plus traditionnel, représentent aujourd’hui le Maroc au Stadt Museum de Düsseldorf.

Zahra n’a pourtant
que quelques années d’expérience. Le grand
public l’a découverte en 2003 lors de l’événement « Caftan » où elle présentait une de ses premières collections dans la catégorie « Jeune talent ». En 2004, elle défilait en « Haute couture ». Depuis, les commandes affluent.

Bientôt, elle s’installera dans un vaste show-room au centre de Casablanca, un espace consacré aux clientes mais aussi aux brodeuses, modélistes et autres « maalema »…

































TEXTE AURORE CHAFFANGEON
PHOTOS VINCENT DUCROCQ