Rêve
de maison: villa, riad et maison d'hotes à Marrakech
Initialement conçu
comme une ferme destinée à recevoir les amis,
Le Bled s’est transformé en une maison d’hôtes
en pleine communion avec la nature. Un lieu plutôt atypique
situé tout près de Marrakech…
Le Bled
Le bonheur est dans le pré
Généreuse, la nature s’offre
tout entière au regard
L’aventure débute il y a six
ans, sur la désormais fameuse route de l’Ourika.
Un Marrakchi, visionnaire pour l’époque, acquiert
trois hectares de terrain en friche au beau milieu de ce que
l’on qualifiait encore de « nulle part ».
Il aime la nature, Marrakech et surtout le bled (la campagne).
D’un père paysagiste, il a appris, tout petit
déjà, à reconnaître les arbres,
les fleurs, les fruits… et à adopter un mode
de vie proche de la nature. Avec patience et détermination,
il défriche, plante, construit et donne vie à
son coin de paradis. Après quelques mémorables
Bled Parties – des fêtes champêtres organisées
pour ses amis et les amis de ses amis – il décide
de poursuivre l’aventure en créant une maison
d’hôtes… ou plutôt une ferme d’hôtes.
Au bout d’un long chemin caillouteux, un portail en
fer s’ouvre sur un parc aux essences odorantes : oliviers,
citronniers, clémentiniers, pamplemoussiers, daturas,
rosiers de Damas, pêchers, abricotiers, néfliers,
zizifus (sortes de jujubiers)… Le ton est donné
: nous sommes à la campagne, la vraie, la généreuse,
celle qui a guidé nos pas d’enfant curieux, celle
qui a bercé nos plus belles lectures, celle qui peuple
nos fantasmes dès que le ciel se fait trop gris, celle
qui offre le refuge et la paix, celle qui donne une irrépressible
envie de fuir la ville pour se mettre au vert.
Se mettre au vert, se fondre dans le vert… Herbes hautes
ou pelouses fraîchement tondues, potager à faire
rêver gourmands et gourmets – ici, les produits
de la terre sont révérés – agrumes
et arbres fruitiers enveloppent jalousement des îlots
de vie que le maître des lieux a voulus sobres, à
la fois rustiques et élégants, et surtout accueillants.
Dans l’habitation principale, un patio entièrement
gazonné est ceint de larges baies vitrées dans
lesquelles se reflète le bleu roi des couloirs menant
aux chambres et au salon. Bientôt, les bougainvillées
qui se déverseront en cascade dans le patio émailleront
les vitres lisses de touches acidulées. Face au patio,
un salon aux motifs berbères offre aux hôtes
un espace confortable propice à la lecture ou à
la dégustation des baghrir (crêpes alvéolées)
au miel de thym… Le long du couloir desservant les chambres,
chaises et guéridons rappellent les longues soirées
d’été où, dans les pays de soleil,
on aime prendre place pour observer, refaire le monde, parler,
bref échanger. Échanger… Rien de plus
facile lorsque les lieux s’y prêtent. C’est
ce qu’a voulu le propriétaire, homme de partage,
qui a conçu les chambres de sorte qu’elles puissent
s’ouvrir à la fois sur la maison et sur le jardin,
sur le patio et sur la piscine.
De proportions délibérément modestes,
les trois chambres – Datura, Bougainvillées et
Hibiscus – sont meublées simplement, comme à
la campagne, dans des camaïeux de rouge orangé.
Point de fioritures inutiles, l’essentiel est là…
chaleureux, confortable, agréable au regard. Tout comme
le salon-salle à manger qui ressemble à cette
pièce commune où, dans les fermes de jadis,
on dressait toujours le « couvert du pauvre »
pour accueillir un éventuel chemineau de passage.
La grande salle est pleine des souvenirs du maître des
lieux, témoins du passé familial ou encore traces
de vie recueillies au hasard d’une passion, la chine,
avec une prédilection pour les objets de récupération.
Ainsi, les grilles de fer forgé qui ornent les fenêtres
du salon sont-elles curieusement dépareillées,
de même que les portes des chambres. Au rebours des
règles classiques d’architecture, c’est
le détail qui régit l’ensemble. Le mur
s’élargit pour mieux habiller la porte, la fenêtre
se rétrécit pour accueillir coûte que
coûte le vieux volet intérieur en bois peint,
une frise de plâtre encadre, telle une marie-louise,
un moucharabieh. Une multitude d’épais tapis
rouge bordeaux de Khénifra se plient ou s’étalent
au gré de l’espace laissé vacant par les
meubles dans les couloirs et dans les chambres.
Les quatre suites – Citron, Mandarine, Pamplemousse
et Orange – sont aménagées un peu en retrait
de l’habitation principale. Ces spacieuses oasis dotées
de baies vitrées à quatre vantaux sont prolongées
par une vaste terrasse… puis par les champs. Tout y
est succession de petits bonheurs : l’harmonie des murs
lisses, les lignes épurées, dont la continuité
est parfois rompue par un miroir habillé de maillechort
martelé ou un tableau ancien – notamment un surprenant
portrait daté de 1682 de Son Excellence Hamet Ben Hamet
Ben Haddu Ottor, Ambassadeur extraordinaire de l’Empereur
du Maroc pour Sa Majesté de Grande-Bretagne –,
les lampes de chevet longilignes ramenant à des dimensions
plus modestes l’imposant lit central surélevé
; bonheur encore que cette salle de bains et ses larges baies
vitrées ouvertes sur un jardin privé, avec sa
baignoire de granito quasi monolithique dans laquelle on paresse
sous le regard complice d’un lézard ; bonheur
enfin que ces instants savourés en compagnie des paons,
des oies, des poules de Java, des lapins, des dindons, des
chiens, des chats, les « hôtes permanents »
du Bled, comme les appelle affectueusement le maître
de maison.
Tous les bonheurs sont dans le pré, tous les bonheurs
sont dans le Bled… Courez-y vite, courez-y vite avant
qu’il ne file…
Le charme de la rusticité allié
à l’élégance
La végétation s’empare des lieux de vie
La palmeraie de Marrakech abrite de nombreux
hôtels et maisons d’hôtes qui rivalisent
de raffinement et de confort. Les Deux Tours se distingue
cependant des autres par l’originalité de son
architecture, les choix esthétiques de sa décoration
et la place prépondérante qu’y occupe
la végétation.
Les chambres spacieuses sont
baignées de soleil
Il y a quelques années, deux amis de longue date décident
de mettre sur pied un projet immobilier original sur un vaste
terrain de trois hectares acquis dans la palmeraie de Marrakech,
à l’heure où celle-ci ne compte encore
que de rares habitations. Le principe consiste à construire
des villas – initialement destinées à
des particuliers – sur des plans d’inspiration
mauresque. Le projet met du temps à prendre forme,
il est donc détourné de sa vocation première.
Les deux amis songent à transformer l’endroit
en maison d’hôtes. Les Deux Tours
sont nées.
Une fois franchi l’imposant portail d’entrée
du domaine, le visiteur est surpris de pénétrer
dans ce qui, à première vue, ressemble fort
à un jardin japonais : multitude de petits bassins,
végétation délicate et savamment orchestrée…
Le regard est happé par l’édifice principal
et ses vertigineuses tentures écrues gonflées
par le vent. Le hall d’accueil est discret. Tournant
le dos au luxe ostentatoire, les décorateurs ont visiblement
opté pour une simplicité très chic. Tel
un écheveau, les allées se déroulent
sous les pas, frôlent les jacarandas, serpentent entre
les oliviers, et mènent aux villas, aux chambres, au
restaurant, à la pergola, à la piscine…
Le domaine, composé d’une multitude d’espaces
de vie, propose des suites conçues pour favoriser les
moments de détente et de retraite, à l’abri
des regards. Pour chacune, piscine privée – chauffée
l’hiver – aux eaux turquoise, jardin gazonné,
petit salon, chambre et salle de bains spacieuses : l’hôte
s’y sent vite comme dans sa propre maison, libre d’apprivoiser
les lieux comme bon lui semble. Chaque suite a sa personnalité,
son âme. Les Deux Tours, c’est aussi des villas
au charme très oriental, et tout comme les suites,
empreintes de cette élégance respectueuse de
la tradition à laquelle les propriétaires sont
attachés. Créé de toutes pièces
ou chiné par hasard, le mobilier – à l’image
de l’architecture – traduit des goûts qui
relèvent le défi d’être à
la fois hétéroclites et harmonieux. Ici, un
plafond en tataoui surplombe une imposante tête de lit
en bois sculpté laissé à l’état
naturel. Là, un lustre composé de verres à
thé traditionnels toise deux fauteuils en bois foncé
et cuir clouté placés face à la cheminée.
On retrouve un peu l’ambiance d’une maison de
campagne dans laquelle chaque objet, chaque meuble, chaque
matériau aurait été choisi par les membres
d’une famille aux inspirations et aux goûts divers,
mais fusionnels.
Même parti pris pour les lieux de détente. Un
large couloir dessert plusieurs salons dont les couleurs sombres
accentuent la sobriété. Seule exception –
qui confirme la règle – le précieux bhou
(alcôve) aux tons pastels qui, derrière ses tentures
perlées, semble tout droit sorti d’un palais
de maharajah. Avec ses hauteurs de plafond à donner
le vertige, la décoration du restaurant joue aussi
la carte du contraste : dômes généreux
et larges banquettes aux pieds évasés, tapissées
de velours, s’opposent avec une certaine espièglerie
aux lignes pures des tables carrées de bois sombre
– on dirait des tables de jeux – créées
par Jean-Baptiste Lebeaux. Dirigé par un jeune chef
français particulièrement talentueux et inventif,
le restaurant n’est pas seulement une très jolie
réalisation, c’est également le lieu qui
confirme la volonté des Deux Tours d’offrir à
ses hôtes des moments privilégiés. Dans
l’intimité d’une suite privée, autour
d’une dégustation de plats d’inspiration
provençale ou marocaine, mais aussi sur la magnifique
terrasse bordée de gigantesques piquets de khaïma,
sous la pergola dominant la majestueuse piscine, ou encore
dans l’atmosphère confinée du traditionnel
hammam aux murs de tadellakt... aux Deux Tours, le temps n’a
plus de sens. Seuls comptent les couleurs, les parfums, le
joyeux pépiement des oiseaux perchés sur les
bambous, et toutes ces sensations de bonheur et de bien-être
que l’on aimerait vivre éternellement.
Variations fantaisistes pour le plafond en
tataoui et le lustre composé de verres à thé
polychromes
Dans un jeu symétrique, le triptyque
“La jeune fille à la perle” répond
à celui, plus oriental, des dromadaires