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| Horizons |










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Rabat,
la plus royale des
villes impériales
Elles sont quatre…
Il y a Fès, la sainte, l’altière,
lovée sur le mystère de sa médina,
Meknès, somnolente et nostalgique, hantée
par la mémoire d’une gloire à jamais
révolue, Marrakech, la plus ancienne et pourtant
la plus jeune, extravertie, ivre de fêtes et de
plaisirs, Rabat enfin, la sage, la discrète,
belle sans coquetterie, élégante sans
affectation… Quatre villes impériales,
quatre perles dont le Maroc a paré ses mille
ans d’histoire… Or c’est paradoxalement
la dernière, pourtant capitale du royaume depuis
bientôt un siècle, qui est sinon la moins
connue, du moins la plus méconnue…
La kasbah des Oudayas,
un ancien nid de pirates devenu un des hauts lieux de
la douceur de vivre r’batie
Est-ce le contraste
avec l’énergie survoltée de sa voisine
Casablanca qui fait paraître Rabat si sereine
et si policée ?
Il y a évidemment quelque absurdité à
qualifier de provincial le rythme de vie tranquille
de la capitale. C’est pourtant le mot qui vient
irrésistiblement à l’esprit. L’explication
est claire, diront les mauvaises langues : on ne peut
redouter la moindre agitation dans une ville de fonctionnaires.
Soit… Mais nul doute que son charme tient à
cette atmosphère paisible, autant qu’à
son site océanique, à ses parcs et à
ses jardins, à ses ruelles ombragées bordées
de résidences cossues, à son étonnante
propreté. Même son climat refuse les excès,
avec des hivers doux et des étés rafraîchis
par les brises du large. Comment imaginer que Rabat
fut durant des siècles un nid de pirates dont
les raids semaient la terreur sur toutes les mers du
monde (voir encadré) ? Aujourd’hui, dès
le soir venu, on vient goûter la tiédeur
de l’air aux terrasses de l’avenue Mohammed
V – l’une des plus belles du Maroc, avec
ses palmiers majestueux, ses pelouses et ses fontaines
– on déambule sans hâte dans les
ruelles de la médina, on rêve seul –
et le plus souvent à deux – dans le jardin
andalou des Oudayas. Le bruit et la fureur d’autrefois
semblent ici aussi improbables que de vieilles légendes…
La légende
des siècles
L’étranger
qui vient au Maroc recherche avant tout le dépaysement,
ce qui est après tout parfaitement légitime.
À Rabat, pourtant, la ville moderne – voulue
par Lyautey, elle fut bâtie par Henri Prost, à
qui l’on doit également la conception de
la partie européenne de Casablanca – exerce
une telle séduction qu’on la visite avec
autant de plaisir que la médina ou les Oudayas
: les parcs publics – dont celui du Triangle-de-Vue,
vaste et reposant – en font une véritable
cité-jardin, les avenues aux larges perspectives
respectent les axes traditionnels de circulation tout
en mettant en valeur les monuments anciens, tandis que
les immeubles Art déco de l’époque
du Protectorat, la cathédrale Saint-Pierre avec
ses hautes tours blanches d’inspiration arabo-andalouse
et les bâtiments officiels – la poste principale
et la gare ferroviaire, par exemple – frappent
par leur architecture inventive et raffinée.
Quant aux quartiers résidentiels, celui de l’Agdal
en particulier, ils baignent dans une telle paix fleurie
qu’y flâner sans but est un bonheur chaque
fois renouvelé.
Quel que soit le charme des quartiers coloniaux, Rabat
ne serait qu’une jolie ville agréable à
vivre si elle n’avait gardé autant de témoignages
de son passé. Quatre sites majeurs,
la médina, la kasbah des Oudayas, le Chellah
et la tour Hassan démontrent à quel point
elle est encore solidement ancrée dans son histoire.
Abritée derrière deux longs remparts –
l’enceinte des Almohades, élevée
au XIIe siècle, et la muraille des Andalous –
(XVIIe siècle), la médina n’a certes
pas le pittoresque de celle de Fès ou de Marrakech.
Mais, moins courue par les touristes, elle a gardé
une authenticité qui la rend infiniment attachante.
Peu étendue, elle peut être parcourue d’autant
plus facilement que son plan très géométrique
permet de s’y repérer sans difficulté.
Sa visite peut être couplée avec celle
de la kasbah des Oudayas dont elle n’est séparée,
au nord, que par le boulevard Tarik al Marsa. Parmi
ses cinq portes d’entrée, on choisira Bab
al Had, à l’angle des deux murailles, la
plus monumentale avec les deux grosses tours qui la
flanquent, celle aussi à laquelle s’attachent
les souvenirs les plus morbides, puisque les sultans
y exposaient les têtes décapitées
des condamnés à mort. On empruntera alors
la rue Souika, artère principale du souk, et
après avoir longé la grande mosquée,
on s’engagera à gauche dans la rue des
Consuls – si belle avec ses fondouks et sa couverture
de verrières et de claies de roseaux –
où résidaient jusqu’au début
du XXe siècle les diplomates étrangers,
dont les maisons sont reconnaissables à leurs
fenêtres donnant sur la rue, contrairement à
la tradition marocaine. Si l’on dispose d’un
peu de temps, on parcourra les ruelles qui mènent
au cœur de la médina ; sinon, on ira jusqu’au
bout de la rue des Consuls, jusqu’au souk El Ghezel,
où les pirates mettaient autrefois en vente leurs
captifs. En face, précédée d’une
volée de marches, s’ouvre la Grande Porte
des Oudayas, à la fois colossal ouvrage défensif
et œuvre d’art sculptée avec une infinie
délicatesse…
À voir son sévère corset de murailles
bastionnées, à se souvenir que des générations
de pirates s’y sont succédé et que
son nom lui vient d’une féroce tribu de
pillards installés là par le sultan pour
contenir les assauts d’une autre tribu de pillards,
les Zaër, on imagine un univers rigide et sombre
qui tiendrait du château fort et de la caserne.
Rien de plus lumineux, rien de plus gai au contraire
que la kasbah des Oudayas : des venelles tortueuses
et pourtant inondées de soleil, des maisons aux
murs peints de blanc et de bleu tendre dominées
par la plus ancienne mosquée de Rabat, des terrasses
débordantes de bougainvillées et d’hibiscus
et, d’une vaste esplanade bordée de remparts,
un panorama éblouissant sur l’océan
et l’embouchure du Bou Regreg.
Au bas d’une ruelle ponctuée d’escaliers
imprévisibles, en surplomb de la falaise, l’exquis
Café Maure aligne à l’ombre des
pergolas ses banquettes ornées de zelliges, et
au-delà d’une haute porte, le jardin andalou,
intime et ravissant, bruissant d’oiseaux, reflète
dans l’eau dormante de ses bassins une prodigieuse
exubérance d’arbres et de fleurs. Ainsi,
les farouches pirates r’batis habitaient un village
de poètes… L’âme humaine est
décidément imprévisible.
Et puisqu’il est question de poésie, comment
ne pas succomber à celle du Chellah ? À
deux kilomètres seulement du centre-ville, ce
site bucolique clos de superbes murailles crénelées
abrite les ruines d’une cité romaine antique
– Sala Colonia – et d’une nécropole
mérinide.
À l’ombre des palmiers, des orangers et
des eucalyptus, des sentiers vagabondent entre les piliers
d’un arc de triomphe et les péristyles
d’une médersa, les dalles d’un forum
et les stèles d’un mausolée, un
minaret aux faïences polychromes et les vestiges
d’une basilique… Insolite rencontre des
siècles et des civilisations… Sur ce champ
de mémoires fracassées, des cigognes planent
lentement… Loin, très loin, la grande rumeur
de la ville pourrait être celle du vent ou de
la mer. Au pied de la colline, l’oued impassible
achève sa course vers l’océan, comme
il y a cinq cents ans, comme il y a deux mille ans.
Et la nuit tombée, quand la grande porte se referme
sur son mystère, nul doute que des fantômes
vêtus de toges ou coiffés de turbans reprennent
possession du Chellah…
Poésie encore… La nudité minérale
de l’esplanade dallée où s’élève
la tour Hassan a l’étrangeté onirique
d’un univers à la Chirico. Là où,
au XIIe siècle, le sultan Yacoub el Mansour avait
projeté de bâtir l’une des plus grandes
mosquées du monde ne restent plus que des alignements
de colonnes tronquées et un minaret inachevé.
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| Aux
petites heures de la matinée, avant l’arrivée
des premiers visiteurs, quelques silhouettes glissent silencieusement
entre les colonnes. À l’entrée du mausolée
de Mohammed V, dont les murs de marbre ferment un côté
de l’esplanade, les gardes royaux au burnous rouge et
blanc restent figés dans un interminable garde-à-vous.
Et contemplant Rabat qui s’éveille, toute blanche
sous le bleu laiteux du ciel, le voyageur assis à l’ombre
du minaret rêve de pouvoir, ne serait-ce qu’une
heure, arrêter le temps.…
Vingt-cinq siècles d’histoire…
Rabat tire son nom d’un
« ribat », un couvent fortifié qui, vraisemblablement
dès les débuts de la conquête arabe, avait
été édifié pour lutter contre
les tribus non converties. Mais il ne s’agit pas de
la première occupation du site. On peut tenir pour
certain que dès le VIe siècle av. J.C., les
Phéniciens faisaient escale à l’embouchure
du Bou Regreg. Quant à la ville romaine de Sala Colonia
– le Chellah aujourd’hui – elle est déjà
mentionnée sous le règne de l’empereur
Claude. C’est au sultan Abd el Moumen que l’on
doit d’avoir, vers 1150, transformé le «
ribat » en kasbah, et à son petit-fils Yacoub
el Mansour, d’avoir entrepris de créer autour
de la kasbah une véritable ville, dont il songea à
faire sa capitale. Projet sans lendemain… Jusqu’au
XVIIe siècle, Rabat restera une bourgade modeste. Sa
résurrection commence avec l’arrivée des
Andalous, chassés d’Espagne par la Reconquista.
La ville s’enrichit grâce à la «
course » en mer, et avec Salé, se constitue même
en 1627 en une curieuse « République du Bou Regreg
», qui attire des pirates du monde entier, dont même
des Chrétiens. L’éphémère
république est annexée en 1666 au royaume chérifien,
et si Rabat demeure une ville active, elle ne joue qu’un
rôle politique mineur. Il faut attendre 1912 pour que
Lyautey en fasse dès le début du Protectorat
la capitale administrative du Maroc, rôle que confirmera
à l’Indépendance le roi Mohammed V. Son
fils Hassan II contribuera, en embellissant la ville, à
en faire la vitrine du royaume.
Années 1920 - Déchargement
de chameaux dans le port de Rabat
Les pirates de Rabat-Salé
Au début du XVIIe
siècle, au nom de la « vraie foi », le
roi Philippe III fait expulser du sol espagnol les Musulmans.
Quarante mille d’entre eux trouvent refuge au Maroc,
dont huit mille à Salé. Leur haine à
l’égard des Espagnols est grande… La piraterie
va leur donner l’occasion de se venger.
Salé est établie sur la rive droite de l’oued
Bou Regreg ; en face, distante d’à peine quelques
centaines de mètres, la kasbah des Oudayas élève
ses murailles et ses tours à l’aplomb d’une
haute falaise : côté mer, une barre de sable
rend quasi infranchissable l’embouchure de l’oued
pour ceux qui n’en connaissent pas les passes. Si l’on
y ajoute les hauts fonds, les récifs et les redoutables
déferlantes qui les battent, on comprend pourquoi les
pirates de Salé et de Rabat n’ont plus rien à
craindre, une fois rentrés, des navires lancés
à leur poursuite.
Les Espagnols seront donc leurs premières victimes,
puis les attaques s’étendront aux Chrétiens
en général, toujours plus loin des côtes
marocaines. Des campagnes annuelles s’organisent d’avril
à octobre, qui mènent les pirates, jusqu’en
Irlande, voire pour certains jusqu’à Terre-Neuve.
Les puissances étrangères vont à plusieurs
reprises tenter de mettre fin à cette invasion maritime.
Sans succès... Leurs flottes n’arriveront pas
à bloquer la sortie de la rade, pas plus qu’à
détruire la ville. La kasbah est solidement fortifiée
et, du haut de son promontoire, elle est quasiment inaccessible
aux canons.
Il faudra attendre 1666 pour que les pirates deviennent corsaires.
À cette époque, le Sultan Moulay Rachid étend
son pouvoir sur tout le royaume. La piraterie devient légale,
soutenue et régie par le sultan. On parlera dès
lors de Djihad maritime… Aurore Chaffangeon
La tour Hassan, magnifiquement
restaurée, est aujourd’hui le monument emblématique
de Rabat
Le palais Tazi
À deux pas de l’avenue
Mohammed V, de hauts murs aveugles dissimulent le plus mystérieux
des palais de Rabat. Bâtie au tout début du XXe
siècle par Haj Omar Tazi, alors Grand Vizir du Royaume,
cette résidence d’un luxe inouï étend
sur trois hectares ses six riads – deux vastes et solennels,
quatre plus intimes – et comprend plus d’une centaine
de pièces. Dans l’un des jardins, une coupole
octogonale, la « Folie », aux lumineuses façades
vitrées, et un pavillon andalou se font face. Dans
chaque riad, des arbres immenses – certains atteignent
trente mètres de hauteur – abritent des bassins
et des fontaines de marbre. Plafonds de cèdre sculpté,
lustres en cristal de Baccarat, meubles rares venus d’Europe,
tapis persans en soie, zelliges conçus par les plus
grands « maalems » de l’époque, les
pièces d’apparat et les salons marient avec bonheur
les arts décoratifs marocains et occidentaux. Le palais
Tazi, où réside encore la veuve du Grand Vizir,
révélera bientôt ses secrets à
une poignée de privilégiés. Transformé
en palace, il sera devenu d’ici à deux ou trois
ans l’une des adresses hôtelières les plus
prestigieuses du Maroc. |
Texte CAROLINE DE BEAUREGARD
photos MATHIEU GAST
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Entre
mer et montagne
Entre mer, forêts et montagnes,
les environs de Rabat offrent d’innombrables richesses
culturelles et naturelles. Sur l’autre rive du
Bou Regreg, Salé, la proche voisine tout à
la fois rivale et jumelle, semble surgie d’un
autre siècle, avec sa médina où
le mode de vie semble être resté immuable,
à des siècles de celui de la capitale.
Sur la côte, pourtant si hostile dans sa splendeur
barbare, s’ouvrent de loin en loin des anses et
des baies aux plages superbes, tandis qu’à
l’embouchure des oueds, des lagunes parfois immenses
accueillent par milliers les oiseaux migrateurs. Dans
l’arrière-pays, enfin, où s’étend
la plus vaste forêt au monde de chênes-lièges,
gorges, cols et vallées perdues se succèdent
dans des paysages d’une beauté renversante
encore totalement ignorés du tourisme…
Elle fut tour à tour capitale du royaume des
Beni Ifren, port richissime où venaient faire
escale navires flamands, anglais ou vénitiens,
siège de l’éphémère
République du Bou Regreg, le seul État
pirate que l’histoire ait connu… Et puis
est venu le déclin. Lentement asphyxiée
par la montée en puissance de Rabat, Salé
s’est repliée sur sa gloire passée,
avec l’orgueil d’une aristocrate ruinée.
Tout se passe comme si le choc culturel de la rencontre
avec l’Occident l’avait épargnée.
Enfermée dans ses murailles, la médina
vit à un rythme oublié, et vue des remparts,
au-delà de l’immense champ de tombes du
cimetière de Bab Maalqa et des rives de l’oued,
Rabat l’éternelle rivale semble appartenir
à un autre monde. Silence des ruelles, portes
closes sur le mystère de maisons aux façades
blanches, placettes ombragées de ficus et d’orangers,
groupes d’hommes bavardant doucement à
l’entrée d’une mosquée…
Pas de pièges à touristes dans les souks,
où les boutiques ne proposent que l’humble
nécessaire. Et pour cause… Inexplicablement,
les touristes sont en effet rares à Salé,
malgré ses richesses architecturales. Bab Misra,
l’une des portes du rempart, la médersa
du XIVe siècle, bâtie par le sultan Abou
el Hassan, le marabout de Sidi Abdallah ben Hassoun,
la koubba de Sidi ben Acher ou la Grande Mosquée
mériteraient pourtant une plus juste réputation.
Mais on ne peut se plaindre, après tout, de vagabonder
presque seul dans une médina restée à
ce point « dans son jus », comme disent
les antiquaires d’un objet dont la patine garantit
l’authenticité…
Coup de cœur
Sur la plage de Salé
Entre le rempart et le Bou Regreg, une plage que prolonge
une jetée offre la plus belle vue qui soit sur
la kasbah des Oudayas. Allez-y le matin quand, à
la renverse de marée, les barques bleues des
pêcheurs rentrent au port – par grand vent,
les voir franchir la barre de l’embouchure est
un vrai spectacle – et assistez à la criée
du poisson. Vous pourrez même choisir votre bar,
votre sole ou vos sardines, et moyennant quelques dirhams,
les faire préparer dans les petits restaurants
de plein vent qui bordent la plage.
Une côte si violente
et
si douce…
Rectiligne, balayée par des
vents inlassables, obstinément battue de déferlantes
venues du fond de l’horizon, bordée de
dunes noyées d’embruns, la côte atlantique
des environs de Rabat est l’une des plus sauvagement
belles du Maroc. C’est par dizaines de kilomètres
que s’étirent des plages rectilignes, baignées
d’un océan si hostile que même un
surfeur suicidaire ne pourrait songer y aventurer sa
planche. Cette barbarie splendide appelle, non aux émolliences
balnéaires, mais à d’enivrantes
randonnées entre deux déserts, celui du
sable et celui de la mer. Mais parfois s’ouvre
le miracle d’une baie protégée par
des pointes rocheuses. À Skhirat, (voir notre
rubrique « Mille et Une Nuits »), à
Mehdia ou à Sidi Bouknadel, l’océan
apaisé – attention cependant aux courants
– les chaises longues et les parasols reprennent
leurs droits. Au nord de Salé, trois hauts lieux
au moins méritent que l’on y consacre un
circuit d’une journée : la réserve
naturelle de Sidi Bourhaba – un lac côtier
enserré dans une forêt d’eucalyptus
où font étape des nuées d’oiseaux
migrateurs – la kasbah de Mehdia, qui domine magnifiquement
l’embouchure de l’oued Sebou – et
enfin Moulay Bousselham, que les dieux du tourisme ont
véritablement comblé. Le site est admirable
: une plage abritée, un port de poupées,
des dunes plantées de mimosas où se dessine
le dôme blanc d’un marabout, et surtout,
reliée à la mer par une passe étroite,
la lagune de Merja Zerga, dont les sept mille hectares,
rendez-vous annuel d’innombrables migrateurs ailés
venus d’Afrique Noire ou de Scandinavie, flamants
roses, oies cendrées, fous de Bassan, tadornes,
canards siffleurs ou sarcelles… Les pêcheurs
du village, qui se transforment à l’occasion
en guides compétents, conduisent dans leurs barques
d’inoubliables explorations ornithologiques.
Coup de cœur
La Maison des Oiseaux, BP 66, 14302
Moulay Bousselham. Tél. : +212 (0) 61 30 10 67
À deux pas de la lagune et du petit port, le
lieu est idyllique, avec ses chambres joliment décorées
donnant de plain-pied sur un jardin fleuri. Accueil
chaleureux de Gentiane, dont le mari, Karim, est un
guide ornithologue réputé. Dans le lumineux
atelier de la maîtresse de maison, stages de peinture
et de yoga. Nuit en 1/2 pension : 30 ¤ par personne
; découverte de la réserve en barque :
30 ¤ par personne pour 3 heures.
Terre de guerriers
On vient de quitter Rabat en direction
de Rommani, et le plat pays que l’on a traversé
a d’abord surpris par sa monotonie : plaines cultivées
jusqu’à l’horizon, petits villages
prospères, rideaux de peupliers… rien a
priori d’enthousiasmant. Et puis brusquement,
la route a basculé au fond d’un canyon
et le paysage, tout à l’heure si apaisé,
est devenu abrupt, presque violent. Plus de champs ni
de pâturages, mais une forêt sombre, des
oueds au lit sec surplombés par des falaises
ocre ou grises, des fermes solitaires, des hameaux perdus,
des pistes qui semblent ne mener nulle part, de rares
troupeaux de chèvres disséminées
aux flancs de monts pierreux. Rien d’étonnant
à ce que des tribus guerrières aient longtemps
tenu ce pays, somptueusement brutal à leur image,
défiant jusqu’au XIXe siècle l’autorité
des sultans. Le sultan Moulay Ismaïl ne put contenir
les assauts contre Rabat de la plus redoutable d’entre
elles, les Zaër, qu’en installant les Oudayas,
dont la férocité n’était
pas moins réputée, dans la kasbah qui
porte aujourd’hui leur nom. De Merzaga à
Maaziz, Sidi Abbou, Oulmès, Ouljet es Seltane
et Khemisset, les petites routes qui mènent de
gorges en plateaux déserts, de cols en vallées
oubliées, de forêts de mimosas en alpages
battus par le vent traversent des paysages inoubliables,
presque vides d’hommes. Dans les rares villages
assoupis à l’ombre du minaret, les travaux
et les jours se déroulent sans heurts, comme
si les descendants des guerriers Zaër, Zemmour
et Zaïane voulaient obstinément rester sourds
au grand fracas du siècle… |
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Coup de
cœur
Hôtel des Thermes, Oulmès,
Tarmilate. Tél. : +212 (0) 37 52 31 56 / 73
Le seul hôtel digne de ce nom dans la région
est situé près des sources de la fameuse
eau minérale Oulmès. Ce n’est pas
un palace, et sa déco années 30 aurait
besoin d’un sérieux rafraîchissement.
Mais il est calme, les lits sont confortables, la cuisine
est loyale et le personnel souriant. Surtout, le site
est exceptionnel, et les pistes qui en partent –
en particulier celle qui conduit à la source
Lalla Haya – offrent des circuits de randonnée
d’une rare beauté. Chambres doubles de
148 à 237 Dh, petit déjeuner 26 Dh, repas
93 Dh. Ouvert toute l’année. Trajets A/R
en 4x4 à la source (une heure environ seulement,
mais attention au vertige) : 75 Dh.
Pratique
Où loger ?
À Rabat
Hôtel Sofitel Diwan Place de
l’Unité Africaine, Hassan. +212 (0) 37
26 27 27
Des chambres spacieuses et impeccablement équipées,
un service irréprochable, une propreté
méticuleuse, une table de qualité (voir
« Addition »)… Idéalement placé
au centre-ville, cet établissement au-dessus
de tout éloge est sans conteste l’une des
meilleures adresses de la capitale. Chambres doubles
à partir de 1 300 Dh, juniors suites 2 400 Dh,
petit déjeuner 140 Dh.
Hôtel Tour Hassan 26, rue Chellah. +212 (0) 37
70 42 02
De beaux volumes intérieurs, une décoration
soignée, une piscine dans un grand jardin, deux
restaurants, un hammam, un sauna, une salle de fitness...
On comprend que l’hôtel Tour Hassan soit
depuis toujours l’adresse favorite des hommes
d’affaires et des diplomates. Chambres doubles
de 2 500 à 3 500 Dh, junior suites à partir
de 6 500 Dh, petit déjeuner compris. Au restaurant
international, buffet de 220 à 250 Dh, carte
aux environs de 250 Dh. Au restaurant marocain, comptez
environ 300 Dh.
Villa Mandarine 19, rue Ouled Bousbaa,
Souissi.
+212 (0) 37 75 20 77
Une pure merveille que cette maison de famille transformée
en un hôtel intime et luxueux. Claudy Imbert,
professeur d’histoire de l’art, en a conçu
la décoration et a accroché aux murs les
œuvres de ses peintres préférés.
Entre le grand jardin planté d’orangers
– trois hectares – l’immense patio,
les chambres d’un confort absolu, la salle de
billard, le bar, les salons et la vaste salle à
manger – où le chef Jérôme
Meyer sert une cuisine inventive et raffinée
– on évolue dans un univers dont le charme
confine à la perfection. Chambres doubles 1 800
Dh, petit
déjeuner compris, suites à partir de 2
500 Dh, menu déjeuner d’affaires 180 Dh,
dîner à la carte environ 300 Dh.
À Skhirat
L’Amphitrite Palace Skhirat Plage,
12050 Skhirat.
+212 (0) 37 62 10 00
Voir notre rubrique « Mille et Une Nuits ».
À Sidi Bouknadel
Hôtel Firdaous Plage des Nations.
+212 (0) 37 82 21 31
À 17 km au nord de Rabat, cet établissement
à la déco certes contestable, bénéficie
d’un excellent confort et d’une situation
privilégiée sur l’une des plus belles
plages de la côte. 17 chambres dont une suite,
balcons sur mer, restaurant, bar, snack, piscine, discothèque…
Chambres doubles 480 Dh, suite 525 Dh, petit déjeuner
90 Dh, repas au restaurant gastrono-mique 200 Dh environ
Où déjeuner,
où dîner ?
La Mamma 6, rue Tanta. +212 (0) 37
70 73 29
Il y a certes plus marocain que cette sympathique adresse.
Mais l’atmosphère bon enfant, les nappes
à carreaux, les nourritures loyales généreusement
servies et les prix modérés expliquent
le succès jamais démenti du lieu. Pizzas
de 60 à 82 Dh, grillades de 71 à 140 Dh,
pâtes de 45 à 65 Dh.
Le Grand Comptoir 279, avenue Mohammed
V.
+212 (0) 37 20 15 14
Il ne faut pas être devin pour prédire
qu’avec cet emplacement, cette déco de
brasserie parisienne et ces plats du terroir hexagonal
– andouillette, rognons de veau, par exemple –
cette nouvelle adresse est promise à un joli
succès. Hâtez-vous si vous voulez précéder
la mode…
La Péniche Rive droite du Bou
Regreg. +212 (0) 37 78 56 59/61
Eh oui ! Une vraie péniche qui naviguait sur
la Meuse et le Rhin, descendue par les canaux jusqu’en
Méditerranée, embarquée jusqu’à
Casablanca, puis venue par ses propres moyens jusqu’à
cette rive du Bou Regreg. Une bonne cuisine de poissons,
des déjeuners croisières sur l’oued
à partir de 160 Dh, des animations musicales
live tous les soirs. L’endroit ne manque ni de
charme, ni de pittoresque…
L’Entrecôte 74, rue Al
Amir Fal Ould Omei. +212 (0) 37 67 11 08
Plus qu’un lieu à la mode, cette adresse
est une institution. Atmosphère bon chic avec
un zeste de rusticité bon genre, poissons remarquables
et très belles viandes. À quoi il faut
ajouter une carte des vins bien équilibrée…
Pour un dîner à la carte, comptez entre
300 et 350 Dh.
À visiter
Rabat
Musée de la Monnaie Banque du
Maroc, rue du Caire. +212 (0) 37 70 26 26
L’histoire du Maroc racontée de façon
vivante à travers celle de ses monnaies.
Musée des Oudayas Jardin andalou
de la kasbah.
+212 (0) 37 72 61 64
Collections de bijoux, de poteries, de tapis et d’instruments
de musique.
Musée archéologique Rue
Al Brihi. +212 (0) 37 70 19 1
Collections néolithiques, phéniciennes
et surtout romaines. Une salle est consacrée
à l’art islamique.
Sidi Bouknadel
Musée Dar Belghazi Route de
Rabat. +212 (0) 37 82 21 78
De très riches collections d’art traditionnel
– vêtements, poteries, armes, etc –
et une salle réservée au patrimoine juif
marocain. |
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TEXTE STEPHANIE BELLEGARDE
PHOTOS MATIIEU GAST
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