Fragrances
Abderrazzak benchaâbane
Docteur en ethnobotanique, photographe, restaurateur du Jardin
Majorelle, Abderrazzak Benchaâbane est aussi créateur
de parfums. Avec Les Parfums du Soleil, il s’attache
à capturer dans ses flacons toutes les senteurs du
Maroc.
Abderrazzak Benchaâbane est ce que l’on pourrait
appeler un « homme gigogne ». De chacun de ses
talents, il fait naître un nouveau… Sur la table
du jardin, entre les oliviers, il dénoue le ruban
d’un sachet rouge et or. Il en extrait des petits
flacons de toutes les couleurs… Soir de Marrakech,
Sultane des Cœurs, Mogador, Agdal. Ces Parfums du Soleil
vont bientôt traverser les mers. « Du Maroc,
les gens rapportent des babouches, des tapis, quelques objets
d’artisanat, mais jamais de senteurs, alors qu’elles
caractérisent elles aussi le pays. C’est en
me faisant cette réflexion que j’ai conçu
Soir de Marrakech, aidé par Pierre Bergé et
Yves Saint Laurent. » Le flacon sera fait en Angleterre,
le jus à Grasse, les pompes en Italie, le bouchon
de thuya à Essaouira et l’assemblage à
Marrakech, au cœur de la palmeraie, là où
est né le parfum. Rien, pourtant ne prédestinait
Abderrazzak Benchaâbane à créer des
parfums…
Ethnobotaniste, il a commencé par étudier
les plantes médicinales et aromatiques du Haut Atlas,
convaincu que le Maroc avait des potentialités et
des ressources inexploitées. Des convictions tirées
de son enfance. « Je me souviens de ma mère,
initiant mes sœurs aux bienfaits des plantes. En ce
temps-là, la pharmacie était chère
et les médicaments industriels n’étaient
pas à la portée de la majorité des
gens. Toutes ces manipulations faisaient l’objet d’un
cérémonial et chaque étape était
rythmée de chants. La maison sentait alors le thym,
l’armoise, le henné, la rose du Dadès…
»
En 1999, Pierre Bergé et Yves Saint Laurent lui confient
la restauration du Jardin Majorelle. « Ils ont voulu
non seulement le restaurer et l’offrir à la
ville de Marrakech comme haut lieu culturel et artistique,
mais aussi en faire un symbole de beauté et d’art
de vivre au Maroc. » Puis ils l’incitent à
créer une eau de toilette. Guidé par
ses souvenirs d’enfance, Abderrazzak Benchaâbane
crée un parfum boisé et épicé,
« Jardin Majorelle », qui voit le jour en 2002.
« Il y a quelque chose de mystique et de secret dans
la création d’un parfum que je n’arrive
pas encore à bien saisir. Ce que je sais aujourd’hui,
c’est que son élaboration laisse une forte
impression : quel bonheur que de participer à sa
naissance ! Un parfum est un concentré d’émotion,
de rêve, d’amour et de partage.
Faire un parfum, c’est créer par une composition
d’odeurs complexes un climat poétique et imaginaire,
traduire avec passion une histoire, des souvenirs et se
perdre dans les labyrinthes des jardins secrets de notre
être. En créant Les Parfums du Soleil, j’ai
voulu, à ma
manière, offrir en partage une autre facette de l’art
de vivre de mon pays. » Sous son panama qu’il
ne quitte jamais, les idées foisonnent. Il ne devrait
pas tarder à en sortir un nouveau projet. Toujours
dans un seul et même but : protéger et mettre
en valeur les richesses inexploitées du Maroc.
Réalisation
Florence teillet
photos Jean-Bernard Yaguiyan