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Le
Foundouk
Les plus
Une atmosphère d’extrême raffinement
Un service aimable, discret et rapide
Des petits salons d’une exquise intimité
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Il y a toujours un vrai bonheur à
se perdre dans la médina, à se mêler aux
acteurs de ce théâtre tour à tour burlesque,
émouvant ou tragique, à se voir offrir à
chaque pas le cadeau d’une beauté nouvelle, d’une
merveille inattendue. Le petit taxi a dû renoncer à
s’engager plus loin dans l’inextricable lacis
des ruelles et des impasses, et la courte promenade qui mène
au « Foundouk » est déjà une fête
d’avant la fête, celle qui est promise à
la table de l’une des plus belles adresses gourmandes
de Marrakech. Voilà quelques décennies à
peine s’élevait ici l’un de ces caravansérails
où les paysans venus des villages alentour pour vendre
fruits, légumes, volailles, ânes ou chameaux
logeaient accompagnés de leurs bêtes dans une
indescriptible promiscuité. On a peine à imaginer
qu’entre ces mêmes murs retentissaient autrefois
les cris des hommes et des bêtes, flottaient les effluves
puissants des écuries, des ballots de laine brute et
de la sueur humaine. On entre aujourd’hui dans un lieu
d’une élégance épurée qui
réussit la gageure d’être moderne tout
en restant intemporelle. Géométrie stricte et
linéaire, jeu presque abstrait du noir et du blanc,
volages nuageux, niches dans les murs abritant des objets
rares et exquis… L’étonnant est qu’on
se sait sans le moindre doute au Maroc, sans que jamais pourtant
son évocation presque subliminale tombe dans les lourdeurs
du folklore. Autour d’un puits de lumière occupé
par un lustre arachnéen en fer forgé, immatériel
tant il est aérien, s’ouvrent sur deux niveaux
des salons presque invisibles, assez vastes parfois pour accueillir
une douzaine de convives, et pour certains aussi intimes qu’un
boudoir. Au rez-de-chaussée, des divans, des canapés
et des fauteuils profonds ; à l’étage,
des tables pour deux accolées à la balustrade
de la galerie. Miracle… quel que soit le nombre des
dîneurs, chaque tablée se sent comme isolée
dans une bulle douillette, les conversations se croisent sans
se rencontrer.
La carte est assez longue – une quinzaine d’entrées,
une vingtaine de plats et une dizaine de desserts équitablement
partagés entre cuisines marocaine et française
– pour satisfaire toutes les curiosités gustatives,
et assez courte pour rassurer sur la rapidité de rotation
des produits. En entrée, le mille-feuille d’avocat
à la chair d’araignée (45 Dh) nous a séduits
par une subtile alliance du craquant et du moelleux, et la
confiture de tomates aux crevettes et salade de légumes
(90 Dh) par une intéressante rencontre entre le sucré
et le salé. Parfaite réussite pour la pastilla
aux fruits de mer et poissons (125 Dh) : l’épreuve
redoutable du feuilleté est surmontée avec brio,
l’usage des épices est parfaitement dominé
et la variété des textures fait de chaque bouchée
une nouvelle découverte. Le tagine de lotte aux citrons
confits et riz Basmati nature (165 Dh), d’une fraîcheur
parfaite et cuite avec justesse, aurait cependant gagné
à être assaisonnée avec plus de doigté.
Au dessert, si le crumble d’amandes et de noix au sorbet
grenadine (80 Dh) a rencontré un succès d’estime,
la pastilla du chef au chocolat fondant et aux amandes a remporté
un véritable triomphe. Les vins marocains et français
sont de bonne origine, et le « Rocailles d’Arinarnoa
», charnu et équilibré, que nous avions
choisi, a pu accompagner dignement tout le repas. Les opinions
exprimées lors du retour postprandial dans les ruelles
silencieuses de la médina ont été unanimes
: le « Foundouk » est non seulement un lieu de
toute beauté, mais il appartient bel et bien à
l’élite des tables marocaines.
Le Foundouk, 55 souk Al Fassi, Marrakech Tél. : +212
(0) 44 37 81 90
Ouvert tous les jours sauf lundi Carte raccourcie pour le
déjeuner,
avec choix de snacks, de tagines, de salades et de desserts.
Repas uniquement à la carte. Pour un dîner avec
entrée, plat et dessert, comptez en moyenne 300 Dh
sans les vins. |
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Le Relais St-Exupéry
Les plus
Un accueil incomparable
Une cuisine à la fois traditionnelle et inventive
Des prix bistrot pour une table de grand chef
Relais Saint-Exupéry, « Chez
Jean & Pierre »
13, bd Moulay Abdellah, quartier El Qods
Il aurait voulu baptiser son restaurant « Le Petit Prince
». Mais
on lui a fait remarquer
la connotation irrespectueuse d’une telle enseigne,
et il a opté pour le nom plus banal de « Relais
Saint-Exupéry ». Ce n’est pas pour autant
qu’il a renoncé à glorifier son personnage
de fiction favori. Sur tous les murs, Jean-Pierre a accroché
des dizaines de dessins, d’aquarelles, de gouaches ou
de fac-similés de couvertures de livres représentant
l’enfant du désert. Avec l’armoire vitrée
qui abrite d’innombrables éditions du chef-d’œuvre
de Saint-Ex, voilà qui donne une âme, une vraie,
à cette salle banale, située dans un immeuble
non moins banal de la périphérie de Ouarzazate.
Mais ce n’est pas pour sa déco de bistrot de
banlieue que l’on affectionne cette adresse. C’est
d’abord pour la rondeur joviale du patron, pour son
hospitalité souriante. C’est aussi – c’est
surtout – pour ce qu’il met dans les assiettes
de ses hôtes. Nous allons y venir. Mais Jean-Pierre,
tout d’abord…
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Nul
doute, si vous le lui demandez, qu’il ne résistera
pas au plaisir de s’asseoir à votre table pour
se raconter. Et, croyez-le, vous y prendrez autant de plaisir
qu’à déguster sa cuisine. Ne déflorons
rien : ce conteur-né a des accents inimitables pour vous
dérouler le roman de sa vie. Sachez seulement qu’après
quinze ans de Légion Étrangère, il a successivement
tenu un restaurant à Diégo-Suarez, un hôtel
au Burundi, a cru faire fortune dans le diamant à Kinshasa,
avant de tomber amoureux du Maroc, d’ouvrir un hôtel
à El-Kelaâ des M’Gouna, puis le « Relais
Saint-Exupéry » à Ouarzazate. L’emplacement
avait été choisi avec soin : devant ses fenêtres
– là où Saint-Ex a posé un jour son
coucou – devaient se construire de nouveaux studios de
cinéma. Las ! Lesdits studios se sont installés
de l’autre côté de la ville... Mais il ne
déménagera pas. Car ce Bordelais a la tête
dure. Plus dure que celle des chauffeurs de taxis, à
qui il refuse obstinément de verser des bakchichs, et
qui font donc semblant d’ignorer son adresse. «
Peu importe, c’est par ma cuisine que je m’impose
», dit-il sobrement.
Parlons-en, justement, de cette cuisine. L’opinion est
unanime : le « Relais Saint-Exupéry » est
la meilleure table de Ouarzazate, voire du Sud marocain. La
carte se partage entre plats traditionnels marocains –
excepté les couscous et les tagines – et mets italiens
et français. Quel que soit le registre, les produits
sont impeccables – l’arrivage du poisson est quotidien,
la viande est achetée à quelques petits éleveurs
amis – les saveurs sont équilibrées, les
cuissons justes, l’usage des épices parfaitement
maîtrisé. Parmi les trente-trois plats de la carte,
nous avons retenu, côté marocain, un exquis kamama
d’agneau (sucré-salé au miel de l’Atlas,
raisins secs, amandes), un chevreau m’kalli fondant (oignons,
crème fraîche, moutarde, riz blanc) et un délicat
coquelet souiri aux dattes (lit de semoule, oignons, zeste d’orange,
cannelle). Côté européen, optez pour le
tournedos nature au sel fou de l’île de Ré
ou le loup de mer grillé à l’orange (fond
blanc à l’orange, crème fraîche, épices)
: le premier est d’une tendreté exemplaire, l’autre
laisse en bouche des saveurs déliées, surtout
quand on l’accompagne d’un très subtil pain
au safran. Pour le dessert, on ne manquera pas d’essayer
la surprenante glace au safran ou le métissage réussi
du biscuit berbère et de la crème anglaise.
Un conseil, donc… Si votre taxi prétend ne pas
connaître « Chez Jean & Pierre », insistez,
promettez un pourboire royal ou marchez… Mais surtout,
ne manquez pas cette fête papillaire… |
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PAR MAURICE BUSLOUP
PHOTO MATIEU GAST
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