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Saveurs









Le miel,nectardes dieux


On prétendait jadis qu’une goutte de miel avait la faculté d’apaiser et d’inspirer les dieux,
mais aussi d’être un efficace et puissant aphrodisiaque. Pour les Égyptiens, le miel était tellement prisé que l'abeille devint sous Thoutmosis, quinze siècles avant notre ère, l’emblème de la Basse Égypte, repris trente-trois siècles plus tard par cet admirateur de l'Égypte qu'était Bonaparte. Aujourd'hui au Maghreb, le miel est un aliment tellement prisé qu’il est synonyme de tout ce qui est sucré et bon, voire salutaire.
Au Maroc, comme dans l’ensemble du monde islamique, le miel (la’ssel) est associé à la richesse et au bonheur. Le Paradis, d’ailleurs, ne ruisselle-t-il pas de lait et de miel pur ? Évoqué dans le Coran comme bénéfique pour la santé, il est un ingrédient largement utilisé dans la médecine traditionnelle. Ses propriétés intrinsèques en font une panacée capable de soulager nombre de maux et d’entrer dans la confection de mets fortifiants et aphrodisiaques.
Le miel est tout particulièrement recherché en gastronomie. Il enrichit en saveur et en couleur toute une variété de mets sucrés ou salés : pâtisseries, viandes et volailles, légumes, desserts. La place qu’il occupe dans la mémoire collective en fait un produit fort prisé, particulièrement pendant le ramadan, période de grande consommation.
La récolte de la cire et du miel – cueillette d’abord, apiculture ensuite – est d’ailleurs une activité très ancienne au Maroc, puisque dans l’ensemble de l’Atlas elle est attestée dès l’Antiquité.
En 2000, 80 % de la production nationale (3 à 4 000 tonnes annuelles) restaient le fait d’une apiculture traditionnelle, reposant sur l’exploitation d’environ 380 000 ruches. On dénombre encore cinq producteurs traditionnels pour un « moderne ». Malgré le poids des traditions, les ruches modernes, dont le rendement est meilleur, s’implantent lentement mais sûrement, les apiculteurs étant encouragés à les adopter.
Les régions du Gharb et du Loukos, au nord-ouest du pays, restent des zones de forte concentration d’abeilles puisqu’on y dénombre plus de 70 000 ruches. Le reste est réparti entre le Sous Massa, le Tadla, Tiznit et les zones du Sud saharien, Ouarzazate, Tafilalet.
La région du Gharb est considérée depuis longtemps comme la première région apicole du Maroc, en raison de ses conditions climatiques favorables conjuguées à la présence d'une flore mellifère diversifiée – forêts d’eucalyptus, plantations d’agrumes et cultures diverses – offrant toute l’année des réserves de pollen et de nectar. Plus au nord, la vallée du Loukos, qui prend sa source à Larache, assure 10 % de la production apicole nationale.
La production et le contrôle du miel sont réglementés au Maroc par un arrêté viziriel de 1928. Ainsi, selon l'article 5 de cet arrêté, l’appellation « miel » ne peut être attribuée qu’au seul miel produit par les abeilles à partir de nectar ou de miellat, alors que la dénomination « miel de sucre » est autorisée lorsque les abeilles sont nourries au sucre. L’étiquetage doit obligatoirement indiquer le pays d’origine et le mélange de miels est interdit. L’étiquette doit également indiquer les dates de production et de péremption. Car, si le miel est un aliment vivant, il vieillit mais sa qualité ne s'améliore pas avec le temps.

Cadeau gourmand offert par la nature, le miel était déjà consommé par nos ancêtres préhistoriques. Il faut dire qu’outre sa suave douceur, il possède de multiples vertus qui lui confèrent, au Maroc comme dans bien d’autres civilisations, un rôle privilégié. Utilisé en confiserie, comme médicament à tout faire, édulcorant noble ou produit de beauté, il est aussi, dans l’Islam, symbole de prospérité et d’abondance.

À savoir :
Le miel pur de thym est le plus prisé et le plus onéreux : environ 100 Dh (10 euros) la livre. Le miel d'euphorbe vient en deuxième position (160 Dh le kilo), suivi par celui d'eucalyptus (70 Dh). Le miel butiné sur l’euphorbe cactoïde, espèce endémique du sud-ouest marocain et du Sahara occidental, à la saveur âcre, est très recherché comme médicament tonifiant et réchauffant.

Tagine de volaille au miel et aux éclats d’amandes

1 poulet d’environ 2 kg
2 oignons coupés
4 cuillerées à soupe de miel doux liquide
4 cuillerées à soupe de crème fraîche
1 noix de beurre
300 g d’amandes grillées et concassées
4 cuillerées à soupe d’huile
sel et poivre

Dans un plat allant au four, mettez le poulet, les oignons, l’huile ainsi qu’une pincée de sel et de poivre. Faites dorer le poulet sur toutes les
faces puis enfournez-le environ une heure, à thermostat 7.

À la fin de la cuisson, prélevez le jus et les oignons cuits, et passez-les au mixer avec la crème fraîche. Versez le tout dans une casserole, ajoutez-y une noix de beurre ainsi que le miel. Faites épaissir sans cesser de remuer avec une spatule.

Disposez le poulet bien doré dans un plat à tagine et étalez la sauce autour. Parsemez l’ensemble d’une poignée d’amandes grillées et concassées.
Servez ce plat chaud, accompagné d’un verre de thé à la menthe.

Malika Labied, chef cuisinier de « La Corrida » à Casablanca, et diplômée de l’École des Cordons Bleus de Paris, sait offrir à ses convives toutes les couleurs et les saveurs de la cuisine andalouse, mais aussi locale, comme ce délicat tagine sucré-salé, fort simple à réaliser.

Texte Samia - Abdel - adim
photos Cécile Tréal & Jean-Michel Ruiz