AMINA AGUEZNAY
Cailloux, bijoux…
Elle était architecte aux États-Unis, elle
est désormais créatrice de bijoux au Maroc.
L’art d’Amina Agueznay ne renie pas la tradition,
tout en laissant libre cours à l’imagination
et à la fantaisie. Sous ses doigts, les matériaux
les plus inattendus s’assemblent, s’harmonisent
et se transforment en parures de princesse.
Toiles de Farid Belkahia, calligraphies de Mehdi Qotbi,
sculpture de Melehi… la grande maison familiale des
Agueznay possède en ses murs – et sur ses murs
– un condensé de ce que le Maroc d’aujourd’hui
compte comme artistes reconnus. Amina s’est plongée
pour quelques jours dans l’univers de son enfance.
Dans moins de quarante-huit heures, elle s’envolera
en Italie pour se marier. Marrakech devra patienter encore
un peu avant de retrouver ces mains de fée qui transforment
le plus banal des cailloux en bijou.
La jeune femme n’est jamais partie que pour mieux
revenir. Après des études d’architecture
à Washington puis à New York, elle a exercé
aux États-Unis sa profession d’architecte pendant
sept ans avant de rentrer au Maroc pour s’adonner
à sa nouvelle passion, la création de bijoux.
Elle a commencé par puiser son inspiration dans la
tradition berbère,
en retravaillant des bijoux anciens, en détournant
leurs éléments de leur fonction initiale,
en les ré-assemblant avec du corail et des pierres
semi-précieuses. C’est dans les souks de Marrakech
qu’elle trouve sa matière première.
Sur de petits carnets, elle trace des croquis qui se matérialiseront
en pièces uniques.
Sur la table de son atelier, dans la Palmeraie, une centaine
de boîtes attirent invinciblement ceux qui passent
la porte. Cristal, quartz blanc, turquoise,
verre de Murano, cornaline, calcédoine, labradorite,
améthyste… Nul ne peut résister au désir
d’y plonger les mains. Ces boîtes, Amina les
remplit au gré de ses pérégrinations.
Pour une de ses dernières collections, elle s’est
servie essentiellement de boutons de jellabas multicolores,
associés à des pierres semi-précieuses.
Pour le couturier Nourredine Amir, elle a créé
des pièces faites à partir de petits morceaux
de bois ramassés dans la forêt de Benslimane.
Mais quels que soient les matériaux utilisés,
ses œuvres ont toutes un point commun : elles sont
soigneusement structurées. Sans doute faut-il y voir
l’héritage de ses années d’architecture.
Et si Amina continue de transformer d’humbles pierres
semi-précieuses en parures de princesse, elle voudrait,
petit à petit, faire de ses œuvres ce qu’elle
appelle « des sortes d’installations, proches
de la sculpture, qu’on ne porterait pas ». Sans
pour autant délaisser la création de bijoux.
Amina pense déjà à sa prochaine collection
: des fils d’or et d’argent
assemblés à des éléments
qu’elle chinera. Mais ses créations ne comporteront
plus – ou presque plus – de pierres... Elle
les réserve désormais à la sculpture,
un projet qu’elle réalisera à son retour
d’Italie. Tout comme ces colliers, qui ne sont encore
que des croquis sur son carnet, et qu’elle a hâte
de pouvoir toucher…