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| Histoire
secrete |







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La Qaraouiyyine,
un phare du savoir
Elle a compté parmi ses étudiants un
futur pape, l’une de ses chaires a été
occupée par un philosophe juif. Des humanistes,
des mathématiciens, des géographes,
des astronomes et des juristes venus d’Europe,
d’Afrique et d’Asie s’y sont côtoyés.
De l’algèbre à la pensée
d’Aristote, de la médecine de Galien
aux « Histoires » d’Hérodote,
toutes les sciences connues y ont été
enseignées. Pendant huit siècles, la
Qaraouiyyine – qui est non seulement une mosquée,
mais aussi la plus ancienne université du monde
– est restée un éblouissant foyer
du savoir, dont l’influence intellectuelle s’est
étendue non seulement à l’espace
islamique, mais à toute l’Europe.
Nul, même sa fondatrice, ne pouvait présager
du destin prodigieux qu’allait connaître
la mosquée de la Qaraouiyyine. Fatima El Fihriyya,
une femme pieuse nouvellement établie à
Fès, en lança le projet en 859 et en
finança les travaux sur ses fonds personnels.
Elle était parmi ces Kairouanais (de Kairouan,
en Tunisie) qui, à la suite de troubles politiques,
avaient fui leur ville pour s’installer à
Fès. La construction bénéficia
de l’aval d’Ihya, petit-fils d’Idriss
II. La sœur de Fatima, Meryem, éleva elle
aussi une mosquée dans le quartier des Andalous,
sur l’autre rive de l’oued, où
s’étaient établis en 818, après
la Révolte des Faubourgs, des réfugiés
venus de Cordoue.
La mosquée de la Qaraouiyyine fut, à
l’origine, une construction modeste. Mais son
caractère de centre spirituel dans une cité
fondée, semble-t-il, ex nihilo, sera très
tôt remarqué par les sultans marocains.
Un siècle après sa construction, elle
est rebâtie et agrandie par Ahmed Ben Abi Bakr
Zenati, gouverneur du calife omeyyade de Cordoue Abderrahmen
An-Nasir, à qui l’on doit aussi l’érection
du minaret qu’on y admire aujourd’hui.
Le souverain almoravide Ali Ben Youssef (1106-1143)
l’agrandit à son tour et l’orne
d’inscriptions coraniques, de sculptures florales
et de peintures sur plâtre. Il y place un mihrab
(chaire à prêcher) et y attire de nombreux
savants et juristes. Les Almohades vont la doter d’un
lustre monumental, mais en puritains austères,
camouflent les décorations almoravides. Celles-ci
ne seront mises au jour, intactes, que vers le milieu
du XXe siècle, sous le Protectorat français,
grâce à Henri Terrasse, alors directeur
du Service des Monuments historiques. Sous les Mérinides,
qui choisissent Fès comme capitale, la Qaraouiyyine
connaît son époque de gloire : elle est
agrandie et embellie de nouveau, enrichie d’annexes
et de mobilier liturgique, et surtout, grâce
au sultan Abou Inan, dotée en 1350 d’une
bibliothèque. Pendant le règne de cette
dynastie, le nombre des étudiants fut considérable,
de nouvelles chaires furent créées et
d’illustres enseignants y dispensèrent
leurs cours. Au XVIe siècle, les Saâdiens
construisirent sur les côtés de la cour
de la mosquée deux pavillons-fontaines évoquant
ceux de la Cour des Lions de l’Alhambra de Grenade.
Ahmed Al Mansour y aménagea une nouvelle bibliothèque
en 1592.
Une bibliothèque prestigieuse
Les Alaouites, quant à eux, entreprirent une
réforme de l’enseignement dispensé
à la Qaraouiyyine et Mohammed V y inaugura
à son tour une nouvelle bibliothèque
en 1940.
Un texte (voir encadré) tracé sur une
plinthe en bois de cèdre figure au-dessus de
la porte d’entrée de la bibliothèque.
Il immortalise un acte symbolique de la plus grande
importance, celui de l’adjonction par le souverain
mérinide Abou Inan d’une bibliothèque
à la grande mosquée. Celle-ci fut ouverte
au public, un personnel veilla à son fonctionnement
et des règles de consultation des ouvrages
furent établies. Il ressort du texte que le
souverain y déposa lui-même des livres
de religion, de philosophie et de sciences, dont un
exemplaire unique du « Muwatta’ »
d’Imam Malik, fondateur du rite malékite
en vigueur au Maroc, copié en 1109 à
Marrakech sur un parchemin de peau de gazelle pour
l’Almoravide Ali Ben Youssef. D’autres
souverains mérinides et ouattasides ainsi que
des particuliers firent des dons de livres à
la bibliothèque. C’est ainsi que l’historien
Ibn Khaldoun fit don de son ouvrage « Kitab
al-‘Ibar » (Histoire des Berbères)
en 1396. En somme, depuis sa fondation, quasiment
tous les souverains qui ont régné sur
le Maroc ont déposé à la bibliothèque
de la Qaraouiyyine des exemplaires du Coran ou des
manuscrits. Pour donner une idée du nombre
des livres qu’elle abritait, voici ce que disaient
les lettrés : « Celui qui entre à
la Qaraouiyyine entend le travail des mites dévorant
les volumes ». (1)
Fès, capitale du
savoir
Malgré quelques périodes difficiles
dues aux vicissitudes politiques, l’âge
d’or de la mosquée-université
de la Qaraouiyyine se situe entre les Xe et XVIIIe
siècles.
Dès les premières décennies suivant
sa fondation, elle commence à s’affirmer
comme un centre intellectuel important, non seulement
pour le monde islamique, mais aussi pour l’Europe
qui, rappelons-le, sort à peine d’une
nuit de la civilisation longue de six siècles.
Ainsi rapporte-t-on que Gerbert d'Aurillac, pape de
999 à 1003 sous le nom de Sylvestre II, y séjourna
dans sa jeunesse pour ses études, à
la suite desquelles il introduisit les chiffres arabes
en Europe. Il semble également que Maïmonide,
un médecin et philosophe juif qui vécut
au XIIe siècle à Fès sous la
protection de son confrère musulman Ibn Tofaïl,
y ait enseigné quelques années. Quoi
qu’il en soit, l'œuvre de ce philosophe
est une parfaite illustration du syncrétisme
culturel judéo-islamique qui prévalait
alors en Andalousie, et trouva son écho à
Fès. À ces mêmes époques,
la toute-puissante Église jugule en Europe
la recherche scientifique,
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condamnant – jusqu’au bûcher,
parfois – les savants dont les découvertes
lui paraissent en contradiction avec le message de la
Bible, dont la lecture est d’ailleurs interdite
aux fidèles.
La réputation de la Qaraouiyyine fut longtemps
telle qu’y accoururent durant des siècles
d’innombrables savants venus de tous les horizons
géographiques et intellectuels. Parmi les plus
illustres, on peut citer le philosophe Ibn Rochd (Averroès)
(1126-1198), le mystique et métaphysicien Ibn
Arabi (mort en 1377), le mathématicien Ibn Al
Banna (mort en 1321), le sociologue Ibn Khaldoun (mort
en 1406) ou encore le géographe Hassan Al-Ouazzan.
Au XVIe siècle, le Maroc étant demeuré
indépendant du pouvoir ottoman, des savants d’Orient
et même de Turquie ou du Soudan vinrent s’installer
à Fès, profitant de la richesse des bibliothèques
et contribuant en retour à l’enrichissement
du savoir. C’est au XVIe siècle également
– époque où en Europe les hommes
de la Renaissance redécouvrent des pans entiers
de la culture gréco-latine grâce en partie
aux savants arabes – que l’humaniste belge
Nicolas Clénard est venu à Fès
pour parfaire sa connaissance de la langue arabe et
des sciences en assistant à des cours à
la Qaraouiyyine. Cet engouement s’explique par
la sollicitude dont les souverains saâdiens, en
particulier Ahmed Al Mansour (1578-1603), entouraient
les savants. Même si l’influence intellectuelle
de Fès décline ensuite, de grands savants
s’y illustreront sous les Alaouites, la production
de livres et la transcription de copies se perpétuant
autour de la Qaraouiyyine plusieurs décennies
après l’introduction de l’imprimerie
au XIXe siècle.
Abou Inan, protecteur des lettres
« Le Prince des Croyants Notre Seigneur Abou Inan
a fondé cette bibliothèque bienfaisante
multidisciplinaire, qui contient les livres dont il
a fait don, pris dans son propre palais, livres qui
traitent de tout ce dont il est nécessaire pour
exalter et honorer les bontés divines. Abou Inan
a constitué cette bibliothèque (…)
en a fait don en bien de mainmorte à tous les
musulmans pour l’éternité. Il l’a
créée pour encourager (…) la quête
de la science, ses manifestations, sa maîtrise,
sa diffusion et aussi pour faciliter la tâche
à celui qui désire étudier…
Par ailleurs, il a interdit à quiconque de sortir
les livres de la bibliothèque où ils sont
placés. Chacun doit veiller à tenir les
ouvrages en bon état. Abou Inan a voulu ainsi
honorer la face sublime de Dieu… Ceci eut lieu
au mois de Jumada Ier en l’an 750 de l’Hégire.
Que Dieu lui accorde ses bienfaits sans interruption.
» (1)
(1) « Sources inédites de l’histoire
du Maroc », Henri de Castries
Si l’accès de la Qaraouiyyine
est interdit aux non-musulmans, on peut cependant apprécier
de l’extérieur sa splendeur architecturale
Un hôte flamboyant de Fès
Léon l’Africain est l’un des personnages
les plus représentatifs de la grande époque
de Fès, quand la cité impériale
étendait son influence culturelle sur toutes
les rives de la Méditerranée, et que ses
savants et voyageurs fondaient les bases des sciences
modernes. De son vrai nom Hassan el Zayati, il naît
à Grenade en 1492. Lors de la chute de la ville
aux mains des chrétiens, il émigre à
Fès avec sa famille et devient étudiant
à la Qaraouiyyine. Tout jeune, il se met au service
des sultans mérinides, pour lesquels il voyage
à Tombouctou, à Alger, au Caire et à
La Mecque. Capturé à Djerba par les chrétiens,
il est donné au pape Léon X qui le convertit
et lui donne son prénom, Léon. Il enseigne
alors l’arabe en Italie tout en rédigeant
sa monumentale “ Description de l’Afrique
” qui sera pendant plusieurs siècles un
ouvrage de référence pour les géographes
et les historiens. Il mourra vers 1550 à Tunis
non sans avoir renié le christianisme et renoué
avec l’islam |
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