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mayodi musique au corps

« Je danse non sur la musique, mais dans la musique. Laissez les sons traverser votre corps : voilà ce que j’essaie d’expliquer à mes élèves »… Dès sa petite enfance marocaine - il est né en 1962 à Agadir - Mayodi a vécu immergé dans un espace musical magique ordonné autour de la déesse Oum Kalsoum, que révérait sa mère. Installé depuis plus de trente ans en France, il a monté en 1990 sa propre compagnie, El Noujoum. Entre les spectacles qui l’emmènent en tournée dans le monde entier, il enseigne la danse orientale dont il est l’un des plus grands interprètes masculins.

Les Occidentaux assimilent la « danse du ventre » à une sorte de danse folklorique, ce qui est une erreur à la fois historique et sémantique. Les danses folkloriques sont en effet les « Saïdis », les « Fallahi » et les danses dites « d’Alexandrie ». En revanche, le ventre nu qui tourne et ondule, les hanches qui tressautent, les seins qui frissonnent dans le soutien-gorge pailleté apparaissent dans des cabarets vers la fin des années Trente, sous l’influence des comédies musicales américaines et en particulier des films où virevoltent Fred Astaire et Ginger Rogers. Ce sont également les débuts d’une timide émancipation des femmes de la classe moyenne en Égypte, sous le règne du roi Farouk, et en Turquie, sous la présidence de Kemal Atatürk. « Méfiez-vous de ceux qui vous parlent des origines mystiques ou même pharaoniques de la danse du ventre, que les soldats de Napoléon ont connue dans les gargotes du Caire » rappelle Mayodi. « Elle était dansée par des filles de petite vertu, vêtues à la mode de l’époque ». Non, la danse orientale, celle que dansèrent autrefois Tahia Carioca ou Naïma Akief, était avant tout l’expression des sentiments, la tristesse, l’attente de l’être aimé, la volupté. C’est le cri d’amour qui se transforme en soupir, c’est la violence qui se fait larme. Mais la danse, dans sa sensualité, sa grâce et sa délicatesse n’est nullement l’apanage des femmes. Mayodi démontre constamment que le talent, le génie et la création artistique permettent aux hommes de faire évoluer cet art, de sortir l’expression de la sensualité d’un ghetto et que l’amour, la séduction, la joie, le plaisir et l’émotion sont aussi des sentiments masculins. Si certains danseurs orientaux ont joué de l’ambiguïté sexuelle, sur un registre volontairement androgyne, Mayodi, lui, affirme avec force sa masculinité : « La danse éblouissante commence, impressionnante de perfection et de beauté, avec une grâce et une sensualité masculines exceptionnelles. Mayodi est le danseur oriental unique au monde qui a donné une expression purement masculine et dans toute sa splendeur à la danse orientale classique », écrivait ainsi Bouchra Lahbabi dans « Le Matin du Sahara ».
Sur des textes qui parlent de l’amour, de la beauté, du divin, Mayodi retrouve les gestes qui traduisent les émotions et les rendent accessibles même aux publics qui ne connaissent pas l’arabe. Son credo est de fournir un travail d’intégration de son art au patrimoine culturel occidental, d’autant plus qu’une grande partie de la société occidentale s’est familiarisée avec la musique orientale. L’universalité des sentiments qu’elle exprime en fait un art à part entière.
« Il est vrai que cette évolution est noyée dans des arabesques qui rappellent la calligraphie arabe. J’ai d’ailleurs essayé de danser pendant qu’un calligraphe dessinait des lettres qui ressemblaient à mes mouvements. Ou l’inverse… » L’écriture aurait donc un rythme ? « Tout à fait. La parole dite ou écrite a toujours un rythme. J’aimerais danser Khayyâm, Hafiz, Rumi, les grands poètes persans et, pourquoi pas Victor Hugo… J’ai essayé de danser « Ne me quitte pas » de Brel, assis et de profil… L’essentiel pour moi est d’exprimer des sentiments et si, parfois, j’emprunte des pas au flamenco ou même à la danse classique, c’est parce que je le ressens ainsi.

Je n’ai jamais voulu simuler, je n’ai jamais voulu apparaître comme un héritier, ni de la danse d’un autre, ni de la danse classique. Je n’aime pas faire des compromissions avec moi-même ».
Le style de Mayodi ne se réduit pas à sa manière de danser. Il est en même temps chorégraphe, danseur et professeur. Et dans tous ces rôles, il se comporte en pionnier, en novateur, voire en révolutionnaire. Il est aujourd’hui reconnu comme la star mondiale de la danse orientale, le seul à l’avoir « masculinisée », tant par le style de ses chorégraphies que par ses tenues de scène. Ce qui n’exclut pas qu’il ait dû lutter contre de tenaces préjugés sociaux et religieux, semblables à ceux que rencontrait le théâtre élisabéthain en Europe : il était alors interdit aux femmes de monter sur les planches, et leurs rôles étaient interprétés par des hommes. D’où la boutade fameuse : « Le spectacle aura du retard : la Reine est en train de se raser »…

Corps et graphie

Mayodi a sensiblement modifié la grammaire de la danse orientale qui, à travers son corps, est devenue plus précise. Car tout en étant créatif, il est rigoureux. Il ose avec modération, combine la grâce avec la force, à l’écoute des sons qui traversent son corps. « Pendant que je danse, j’écoute la musique comme si j’en faisais partie, ou comme si, étant devant un tableau, je pouvais y pénétrer, me mêler aux personnages, passer d’un plan à un autre. Souvent, en laissant les sons traverser mon corps, je me concentre sur un instrument secondaire, qui me transporte dans une autre harmonie, dans un plan différent. Tout gagne en précision, en nuances, et il se crée alors un espace musical où je vis, qui à la fois colle à mon corps et se modifie par mes mouvements ».
Il parle peu. Il montre. Il convainc non seulement grâce à l’autorité du savoir, mais aussi par son charisme. À Paris, il a huit cents élèves, dont quatre cents femmes, et tous l’adorent autant qu’ils l’admirent.
Il a dansé sur les scènes les plus prestigieuses, à l’Olympia de Paris, à Strasbourg, à Nantes, à Lyon, à Marseille, mais aussi à San Francisco, à Zürich, à Vancouver, à Seattle, à Berlin, et, bien sûr dans son pays natal, à Rabat et à Casablanca.
La danse est pour lui - « sa » danse est pour nous - plaisir, retour à l’enfance, liberté… Le miracle est que le langage de son corps fasse passer si clairement le message.

Citoyen du monde

C’est à l’âge de dix-neuf ans ans que Mayodi commence à fréquenter les ateliers de danse dirigés par des professeurs comme Ibrahim Akef – qui ne se produisit jamais sur scène – Mahmud Reda et Bobby Farah, dont le répertoire était essentiellement folklorique. Dans les années quatre-vingt, il travaille entre autres en Égypte avec Soraya et au Japon avec Kamelia. Son vocabulaire rythmique a ensuite progressivement évolué au contact d’autres danseurs, d’autres traditions folkloriques ainsi qu’à celui de la danse moderne.
Il a créé en 1998 la première comédie musicale orientale, « Nel Haroun, cabaret oriental 1920 » qui sera jouée soixante-dix fois dans quinze théâtres nationaux. Il enseigne aujourd’hui à Paris, au Centre des Arts Vivants.

Mais Mayodi ne se contente pas de danser et d’enseigner. Cet écorché vif avoue se sentir violemment concerné par les souffrances du monde, surtout celles subies par les enfants. “ J’ai de la peine à vivre la brutalité de la réalité immédiate ”, confie-t-il. Depuis plusieurs années, son association El Noujoum organise des spectacles de musique et de danse pour soutenir des projets humanitaires d'initiative locale.
L'aide financière ainsi collectée, directement apportée aux associations de terrain, est principalement destinée aux enfants en situation précaire, qu'ils soient livrés à eux-mêmes ou privés de l'éducation la plus élémentaire.
(Pour plus d’informations : mayodi@club-internet.fr)

Texte Camillo Baciu
Photos Lidvac - Bermay

 

 

 

 

   
   
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