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Noureddine AMIR

Couturier inspiré, créateur de costumes de théâtre et de cinéma, Noureddine Amir, né à Rabat, mais artiste sans frontières, revendique une totale indépendance. Rejetant les effets convenus du caftan citadin, il puise son inspiration aux sources du Maroc saharien, sculpte, teint et tatoue, dans une quête quasi monastique de l’épure parfaite.

Sa carrière a été fulgurante : à 35 ans, Noureddine Amir s’est imposé sur la scène internationale de la haute couture, du théâtre et du film d’art avec des créations
qui défient les modes passagères. Enfant, il rêvait déjà de devenir grand couturier. Par chance, il
va bénéficier de la brève implantation au Maroc d’une école française de stylisme. Mais, dès son premier défilé, il prend conscience qu’il ne souhaite pas obéir à l’arbitraire des tendances, qu’il ressent comme des entraves.
Aux côtés de l’Iranienne Shirin Neshat, il s’oriente alors vers la folle aventure du film d’art, créant des costumes aux lignes si épurées qu’ils semblent appartenir à l’univers des symboles. « Rapture », tourné à Essaouira, reçoit le Premier Prix de la Biennale de Venise. C’est la consécration. La réalisatrice l’entraîne alors à New York où elle monte une pièce, « Le langage des oiseaux ». Pris dans les affres de la création collective, Noureddine est souvent contraint d’improviser. Mais il aime ces climats fiévreux et intenses où il doit s’en remettre à la vitalité de son instinct. Après quelques mois passés dans les milieux artistiques de New York, il se lasse et songe à rentrer au pays. Comme le pèlerin
au bout de son voyage initiatique, il se sent libéré de sa culture et prêt à affronter le goût de son pays pour
les paillettes et les dorures
du caftan, vêtement emblématique de la femme marocaine.
De retour à Casablanca, il participe aux fameux défilés « Caftan », mais en détourne l’esprit, en présentant un vêtement d’une antique simplicité, le haïk, sculpté de raphia doré. Puis il décide de s’installer à Marrakech, au plus proche de ses sources d’inspiration et de ses matériaux fétiches : raphia, feutre, « bzioui » - voile de laine que produit au compte-goutte une dernière communauté de femmes dans un village de montagne - teintures savantes et tatouages au henné. Les collections de ce fervent admirateur d’Issey Miyaké sont nourries d’influences extrême-orientales. Elles mettent à l’honneur les coupes longues, fluides et rythmées, et les effets de matière : fils de soie noire pareils à de longs cheveux, sculptures de raphia, voire de métal, soie froissée. Attentif aux jeux
de lumières, il modélise à
coup d’épingles sur un mannequin de bois. Quant à sa collection de prêt-à-porter masculin, elle décline tissus de lin, cols mao et broderies maallem…
Aujourd’hui, il expose dans les musées, comme à Anvers en 2003, et poursuit sa collaboration avec Shirin Neshat tout en organisant ses propres défilés. Ses collections se reconnaissent à leur sobre élégance rehaussée d’audace discrète, à leurs teintes fauves et brunes tatouées de mystérieux motifs empruntés à l’art berbère. Jamais rassasié de création, Noureddine Amir conçoit son travail comme une quête. Son rêve ? Contribuer à faire évoluer les mentalités et les goûts, pour que les femmes, enfin délivrées
des caprices de la mode, adoptent des vêtements conformes à leur intelligence.