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Désert de sel
Désert de sable

Le Maroc est un miracle surgi entre deux déserts. Un désert de sel aux vagues monotones comme des dunes, un désert de sable aux dunes mouvantes comme des vagues. Longtemps, rares furent les hommes qui osèrent en franchir les confins, et tous éprouvaient cet effroi que donne la certitude de frôler le néant. Faut-il s’en émerveiller ou le déplorer ? Ces espaces de solitude et de vertige sont devenus d’immenses terrains de jeu… L’Atlantique est désormais un bassin de régates, où l’on franchit le cap Horn comme on vire une bouée, où l’on passe les Quarantièmes Rugissants pour grignoter quelques heures sur le chrono d’un précédent record ; le Sahara est un stade où s’affrontent alternativement bolides du Paris-Dakar
en quête d’aventure préformatée, et coureurs de fond curieux d’épreuves exotiques… Il ne s’agit pas d’ironiser : soumettre la planète semble de toute façon être la vocation de l’humanité. Et puis, quoi de plus beau qu’un yacht cinglant toutes voiles dehors, quoi de plus admirable que les exploits des marathoniens des sables, que leur souffrance assumée, que leur bonheur du triomphe sur eux-mêmes ?

Le Marathon des Sables
Parcourir 230 km, c’est-à-dire enchaîner six marathons en sept jours ; porter son eau et son ravitaillement, soit une charge de 5 à 15 kilos ; courir et marcher entre 12 et 34 heures d’affilée ; sentir le sable qui se dérobe sous le pied, les pierres qui roulent sous la semelle, escalader une dune, puis une autre, puis encore une autre, souffrir, tomber, se relever, tituber, et pourtant continuer d’avancer ; avoir les pieds qui saignent, les muscles douloureux, les tempes qui bourdonnent, les yeux brûlés par la sueur, et pourtant continuer d’avancer ; se dire à chaque pas que l’on pourrait abandonner, que nul ne songerait à s’en moquer, et pourtant continuer d’avancer ; savoir enfin que dans cette souffrance anonyme, dans cet héroïsme solitaire, on n’a d’autre juge que soi-même. Le Marathon des Sables est de ces épreuves dont la beauté tient à ce qu’on ne le court pas pour un chèque, une médaille ou un moment de gloire médiatique, mais pour se confronter à ses propres limites. Cela admis, donner un classement ne présente guère d’intérêt. Citons tout même le nom du vainqueur : Lahcen Ahansal.

Cap Royal

Le parcours de la Course Croisière de Yachts Classiques Cap Royal, dont la première édition a eu lieu ce printemps, relie les quatre dernières monarchies de Méditerranée : après le départ donné à Tanger – Royaume du Maroc – les bateaux doivent virer le rocher de Gibraltar – Royaume-Uni – faire escale à Palma – Royaume d’Espagne - avant de se retrouver pour l’arrivée en Principauté de Monaco... Inutile de dire que ces voiliers aristocratiques sont avant tout des chefs-d’œuvre de l’architecture marine, aux gréements somptueux, aux cabines luxueuses, à l’acajou poli et aux cuivres astiqués. Pas de place parmi eux pour les Formules 1 de la mer, conçues pour battre des records, et qui finissent par ressembler à d’énormes insectes ou à des avions, à tout sauf à des bateaux. Cap Royal, c’est la régate à l’ancienne, où blazers croisés, pantalons blancs et casquettes de yachtmen sont encore à l’honneur, où la vitesse compte moins que la beauté des allures. Cette année, une tempête ayant empêché les autres unités de prendre le départ, seule la goélette Eleonora a pu rallier Monaco. Peu importe, puisque la marine à voile de grande tradition sort victorieuse de l’épreuve.