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Nawal
El Moutawakel LA victoire en partage…
Quand ils la croisent, les Marocains continuent de l’appeler
« notre championne », comme si la course de
rêve qui, voilà vingt ans, lui valut à
Los Angeles la médaille olympique, s’était
déroulée hier. Mais aujourd’hui, c’est
à la promotion du rôle social et éducatif
du sport que Nawal El Moutawakel consacre son énergie.
Elle est arrivée avec un petit quart d’heure
de retard. Sur la piste, Nawal El Moutawakel était
souvent la première sur la ligne d’arrivée.
Mais dans la métropole casablancaise, c’est
une autre histoire… Pourtant, elle assure avec un
sourire espiègle que le sport enseigne discipline
et ponctualité…
Ce petit bout de femme de 1,59 m – un vrai handicap
quand on pratique le 400 mètres haies, surtout
face aux Allemandes de l’Est et leur 1,80 m, plaisante-t-elle
– est incontestablement habitée par la passion.
Une passion sans laquelle elle ne serait jamais devenue
championne olympique. D’abord, parce qu’elle
a débuté tard, à quinze ans. Ensuite,
bien sûr, à cause de sa taille. Mais en 1984,
aux Jeux Olympiques de Los Angeles, elle décroche
la médaille d’or. Elle a tout juste vingt-deux
ans et, de parfaite inconnue, devient immédiatement
une véritable curiosité. Elle se souvient
des journalistes auxquels elle dut expliquer qu’elle
ne venait « pas de Monaco, mais de Morocco ! »
Une femme arabe et musulmane courant en short, les bras
nus et la tête découverte, quelle nouveauté
! Ce jour-là, Nawal El Moutawakel prouva au monde
entier que les musulmanes étaient des femmes comme
les autres. Aux Jeux Olympiques suivants, l’Algérienne
Assima Boubmerka, également africaine, arabe et
musulmane lui succède. La voie est tracée
!
Son rêve d’hier, elle l’a vécu
et savouré avec tous ceux qui y ont cru, et cette
médaille, comme toutes les autres, est une victoire
collective. Pour Nawal, « celui qui gagne seul a
tout perdu ». D’ailleurs, elle parlera peu
des heures et des heures d’entraînement auxquelles
elle a dû s’astreindre, des week-ends confisqués,
des sorties entre amis sacrifiées. En revanche,
elle insistera sur les soutiens indéfectibles qui
l’ont portée au sommet. Celui de ses parents
bien sûr, mais aussi celui de ses voisins, fiers
de lire des articles sur la jeune Nawal, l’étoile
montante issue du quartier Bourgogne de Casablanca. De
son club et de son entraîneur. Et aussi du plus
haut personnage du Maroc, le Roi lui-même, qui ne
manquait jamais de lui téléphoner avant
les compétitions pour l’encourager, et après
pour la féliciter. Celle qui était si fière
de porter le maillot rouge et vert sera même décorée
des mains de Hassan II en juillet 1983, puis nommée
secrétaire d’État à la Jeunesse
et au Sport en 1997.
Faire la course,
pas seulement les courses…
Dès sa retraite sportive, cinq ans après
Los Angeles, elle met sa notoriété de
championne olympique au service des autres, et en premier
lieu de ses compatriotes. De façon ponctuelle
d’abord, puis depuis mars 2002, au sein de l’AMSD
(Association Marocaine Sport et Développement)
dont elle est fondatrice et présidente.
Pour Nawal, un sportif a un rôle en dehors des
stades. Il se doit de servir la jeunesse qui voit en
lui un modèle. Les règles et la discipline
propres à tout sport permettent de se positionner
par rapport à un groupe et de vivre en société.
Le sport est « un facteur de socialisation et
de développement de l’individu et par voie
de conséquence de la société »
insiste-t-elle. Elle veut donc le promouvoir et le rendre
accessible à tous, aux jeunes, mais aussi aux
femmes. Et ce, grâce à la course sur route
féminine. C’est le nouveau rêve de
Nawal : voir toutes les femmes se mettre au sport et
venir courir ensemble à Casablanca, sa ville
d’origine.
Elle partage cette opinion sur le rôle social
des athlètes de haut niveau avec bon nombre de
sportifs qui, il y a quatre ans, ont décidé
de créer l’association Laureus. De grands
noms du sport, comme Boris Becker, Michael Jordan, Michael
Johnson, Pelé ou Sergueï Boubka animent
bénévolement l’association dans
divers pays du monde. Nawal insiste sur cette notion
de bénévolat, visiblement blessée
et irritée que certains imaginent que ces hommes
et ces femmes de bonne volonté agissent pour
toucher des cachets…
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Après
Los Angeles, Athènes…
Entre Laureus, son poste au CIO et celui à l’IAAF
(Association Internationale des Fédérations
d’Athlétisme), elle voyage hors du Maroc au moins
une fois par mois. Mais si un pays l’a marquée
entre tous, c’est bien le Sénégal où,
à dix-neuf ans, elle a commencé à faire
ses preuves lors de compétitions internationales. Depuis
cette époque, un lien particulier s’est tissé
entre elle et ce pays, où depuis vingt ans elle retourne
trois ou quatre fois par an. Le Sénégal lui
rend bien cette affection, et l’a prouvé en la
décorant de l’Ordre national du Lion en 1998.
Malgré ses voyages incessants, cette femme dynamique
à l’agenda de ministre (qu’elle a d’ailleurs
été) n’en est pas moins épouse
et mère de deux enfants. Pas encore très sportifs,
les enfants, mais ils n’ont que dix et douze ans, et
elle avait quinze ans quand elle a découvert l’athlétisme…
Dans son bureau, ni meubles imposants, ni confortables fauteuils
en cuir. Les murs de la pièce, petite et simple, sont
tapissés d’affiches des JO. Elle les collectionne
toutes : Tokyo 1964, Berlin 1936, Paris 1924… Tantôt
adossée au mur, tantôt à une vitrine où
elle conserve les souvenirs de ses voyages, elle raconte l’enthousiasme
des jeunes auxquels sont dédiées ses associations.
Elle s’interrompt tout à coup et demande au photographe
si elle ne devrait pas se remaquiller un peu. Coquette…
Mais ses yeux brillants, son sourire généreux
rendent inutile tout maquillage.
Et elle poursuit, intarissable : Laureus, le Kenya, Sergueï
Boubka, et tous ses compagnons de route… Une photo récente
est accrochée à un mur. Elle la commente. Cette
année, pour les JO d’Athènes, Nawal a
revêtu son habit d’athlète de haut niveau
et a allumé la flamme olympique. Elle ne cache pas
sa fierté d’avoir pu jouer ce rôle…
tout juste vingt ans après sa victoire olympique à
Los Angeles.
L’AMSD en a fait le cœur de son action en faveur
des femmes.
La 6e course, qui s’est déroulée à
Casablanca en mai dernier,
a réuni quelque 16 000 femmes, contre 1 300 lors de
la première édition en 1993. Intitulée
« Courir pour le plaisir », cette course ne demande
pas à ces femmes venues du monde entier et des quatre
coins du Maroc de réaliser une performance. Elles sont
là pour promouvoir le sport au féminin et pour
montrer à toutes que le sport n’a pas de frontières.
Des femmes très différentes s’étaient
réunies ce jour-là. Des Marocaines et des étrangères,
des citadines casablancaises des quartiers chics et des femmes
modestes de la périphérie ou d’autres
villes du Royaume, certaines voilées, d’autres
en short, celles au corps sculpté par le sport et celles
aux jolies rondeurs assumées… Ce 23 mai 2004,
le temps d’une course, ces femmes furent simplement
des coureuses, toutes égales. |
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