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Saveur






C’est l’une des odeurs les plus envoûtantes de l’Orient, l’une des saveurs les plus piquantes de l’Occident.
à ne pas confondre avec le carvi - citronné, anisé, primesautier - le cumin est le langoureux arbitre de la cuisine marocaine.

Le cumin, sensuel et torride…


Il vient de la haute vallée du Nil. On l’appelle jamda en swahili, chahi eera en hindi, jiiraka en sanskrit, kamoun en arabe, cuminum en latin, ce qui prouve sa très large et très ancienne diffusion… Selon la Bible, les graines de cumin avaient une valeur médicinale si grande qu'on pouvait les monnayer. Les Hébreux les employaient pour payer la dîme, et au Moyen Âge les serfs les utilisaient comme monnaie d'échange afin de s'affranchir.
Le rôle économique et médical de cette graine sèche, sombre, aussi peu spectaculaire à l’œil qu’efficace au nez, est aussi bien décrit par les médecins égyptiens que par les intendants des palais grecs, plus de mille ans avant Jésus-Christ. Plus tard, la plante entre dans les cultures habituelles des hortus clausus, les jardins de plantes médicinales des monastères médiévaux.
En Inde, on fumait le cumin avec la feuille de bétel, mêlé au clou de girofle et à la cardamome. Quant aux Romains, ils s’en servaient souvent à la place du poivre, autre épice appréciée et coûteuse. On dit également que le roi Salomon préférait le cumin à tout autre aromate, pour ses qualités digestives, diurétiques et toniques. Pline à son tour lui reconnaissait ces propriétés et recommandait l'addition de graines de cumin dans la nourriture quotidienne.
La croyance populaire lui attribue des pouvoirs anti-colériques. Il suffit, semble-t-il, de servir un plat assaisonné au cumin pour que la colère tombe à la première bouchée : à conseiller donc lors de certaines réunions de famille quelque peu mouvementées… Aujourd’hui, les femmes qui allaitent en plébiscitent les vertus : la lactation est en effet stimulée par des tisanes de fenouil et cumin.
Cette plante ombellifère aromatique fait partie de la famille des Apiacées, à laquelle appartient également le persil.
À maturité, elle atteint une hauteur maximale de trente centimètres ; sa culture, qui exige un climat de type méditerranéen, se pratique dans un sol bien drainé.

 

 

Le cumin côté jardin

Cultivé principalement en Inde et sur le pourtour méditerranéen, le cumin est décidément une épice du soleil. Ses feuilles filiformes poussent sur une tige fragile et forment un feuillage vert foncé très serré. Ses fleurs s’épanouissent en ombelles blanches, rosées ou lavande dont chacune produit, une fois par an, deux capelles ou graines, minuscules croissants sombres de cinq à six millimètres striés en cinq endroits. Il leur faut quatre mois de chaleur pour arriver à maturité. Quand les cosses sont devenues brunes, elles sont séchées, puis frottées entre les mains afin d’en extraire les graines, qui peuvent être utilisées entières. Cependant, c’est en poudre - on l’obtient en chauffant les graines de trente à quarante secondes sur un tawa ou une tôle sans gras avant de les moudre - que le cumin déploiera tous ses arômes. Mais attention : les graines de cumin ont tendance à brûler rapidement, et dans ce cas elles deviennent noires et dégagent un goût amer.
En huile essentielle, le cumin possède des propriétés sédatives, anti-spasmodiques et digestives. En friction sur le plexus et sur les sites douloureux, elle est recommandée pour faire face à l’insomnie et à l’épuisement nerveux.

Le cumin côté cuisine

Il n’est guère de régions du monde qui ignorent aujourd’hui le cumin. En Amérique centrale, il parfume le gaspacho et les empanadas ; il est par ailleurs l’ingrédient indispensable de l’un des plats les plus courants d’Amérique du Nord, le chili con carne. Associé au curry indien et au ras-el-hanout marocain, il entre dans la composition des tagines, du bouillon de couscous, des falafels et du foul au Moyen-Orient et en Afrique du Nord. Les fermiers de l'Europe du Nord cultivaient le cumin depuis des temps immémoriaux pour en parfumer leur pain et leur fromage et les rendre plus digestes. Aux Pays-Bas, on en truffe l'edam et le gouda.
Toutefois, c’est en France, et plus exactement en Bretagne, que l’un des maîtres de l’alchimie gastronomique, Olivier Rollinger, en fait l’usage le plus détonant. Reprenant des arômes de mer, de terre, de bois résineux et d’épices rapportées par les grands navigateurs malouins, il intègre le cumin dans des plats qui sont comme des voyages. Il le fait figurer notamment dans un dessert dont l’énoncé laisse rêveur : « Figues tièdes au porto épicé, glace cumin et citrons confits ».
Le cumin est-il épice ou aromate ? Sans doute les deux, puisqu’il s’agit non seulement d’une graine qui confère sa saveur unique et ce petit côté « hot » que l’on aime dans les plats puissants, mais qu’il exhale aussi un merveilleux parfum : un frisson, une sensation luxuriante et douce, ensoleillée et fraîche à la fois…