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L’Aéropostale

Les plus
La gentillesse du personnel.
L’impression de jouer dans un film, un peu au ralenti, tout en douceur, avec Humphrey Bogart et Lauren Bacall.
Une carte résolument franco-française, des plats loyaux et généreusement servis.

À Jean Mermoz, par avion. Casablanca, 2 Mars 1938 : « Ma vieille cloche, je t’adresse des babilles de Casablanca, (…), je t’en serre cinq. Ton affectionné, Marcel ».

 

 

 

 

« Il avait ce défaut, commun, je crois, à nombre d’aviateurs, et qui devient chez eux une sorte de «déformation professionnelle » : la vie ne prenait pour lui sa parfaite saveur que risquée. Ne lui convenait aucun bonheur « tout fait » ; et rien ne lui paraissant à sa taille, qu’un héroïsme sans fin renouvelé. (…) Mais le poussait également et doublait sa hardiesse naturelle un impérieux sens du devoir, de la mission à accomplir, du service à rendre[...] »

Voilà deux exemples du ton, de la couleur, du langage d’une époque, dans la « bafouille » écrite par Marcel Reine à Jean Mermoz lors d’une étape casablancaise, et dans les propos tenus par Malraux sur Saint-Exupéry. C’est d’abord pour l’ambiance de ces années-là que l’on vient dîner à L’Aéropostale. On aurait pu choisir Le Petit Poucet - le troquet mythique où les héros allaient trinquer et se restaurer - miraculeusement resté dans son jus, peut-être même un peu trop…En fait, L’Aéropostale est récent - il a juste huit ans - et son décor a été inventé de toutes pièces, avec beaucoup d’amour et un vrai souci du détail. Cette reconstitution quasi cinématographique pourrait laisser perplexe. Mais dans une ville comme Casablanca, qui bouge sans cesse, c’est plutôt une bonne idée que d’avoir recréé une atmosphère si juste. À l’entrée, un comptoir en bois ciré en fer à cheval et un projecteur de cinéma des années quarante. On entre dans le film… Les murs passés à l’éponge ont une belle couleur bistre, lisse et patinée, et dans la lumière discrète, l’illusion de l’authentique est parfaite : vieilles chaises en bois dépareillées, très dignes avec leur touche Art déco, tables en marbre, affiches anciennes, réclames en métal peint, collection de ventilateurs et de projecteurs d’époque. Et puis un piano dans un coin, des ronds de serviette, un parquet en bois craquant, et partout, partout, cette impression d’être revenus en arrière, de dîner parmi des silhouettes à la Bogart, dans le Casa tout blanc d’un XXe siècle encore jeune. Le personnel, très attentionné, arbore nœud papillon et tablier, et sur l’ardoise s’alignent les plats du jour : un foie gras à 145 Dh, une salade landaise à 85 Dh, un loup grillé à 110 Dh, un lapin à la moutarde à 105 Dh, une fondue savoyarde pour deux à 180 Dh… Autant de plats qui sont des bribes de nostalgie, des recettes de grand-père, et sentent bon le déjeuner du dimanche dans la maison de famille. Il ne manquerait plus qu’une carte écrite à la plume Sergent Major et à l’encre sépia, comme c’est encore le cas au Petit Poucet… Un escalier en colimaçon mène à une petite mezzanine intime, feutrée, qui se prête à des confidences hors du temps.
Comment mange-t-on ? Bien, avec de franches saveurs de brasserie sans histoire. Comment boit-on ? Bien aussi, avec de jolis rouges marocains ou français à des prix abordables.

L’Aéropostale
6, rue Molière (par bd d’Anfa), Casablanca. Tél. : (00 212) (0) 22 36 02 52
Ouvert tous les jours de 12 h à 14 h, et de 20 h à 23 h, sauf samedi midi et dimanche.
Comptez 160
à 180 Dh.
Jazz tous
les mardis et jeudis soir.


Puerto Banus

Dans une rue tranquille de Guéliz s’ouvre une allée ponctuée de pergolas fleuries. L’endroit est calme, cossu, presque somnolent.
La belle entrée du restaurant est à l’image de cette ambiance tranquille et végétale : des plantes qui bordent une sorte de large couloir comme une serre touffue, puis un patio avec des tables bien espacées.

Deux viviers – l’un d’eau de mer, l’autre d’eau douce – trônent dans cet espace lumineux, avec leurs habitants tout frétillants : des truites et des écrevisses dans l’un, des homards et des langoustes dans l’autre.
Il faut tout de suite préciser une chose : si l’on vient dîner ici, ce n’est pas pour partir à la recherche d’une ambiance, d’un divertissement ou d’autres coquetteries. À Puerto Banus, on vient pour manger du poisson, de l’excellent poisson. Même si un couple de musiciens chante en s’accompagnant d’une guitare des chansons espagnoles, même si les lumières douces créent une atmosphère intime, même si le service est aussi efficace qu’agréable, c’est pour manger du poisson, de l’excellent poisson, que l’on vient ici.
Les crevettes à la plancha, encore nacrées, sont croustillantes, saisies en pleine valse. Juste salées, elles ont cette odeur de mer qui fait frémir les narines. Les huîtres de Oualidia ne ressemblent guère à leurs sœurs de l’Atlantique nord. Plus ouatées, moins vives, plus lisses, elles laissent en bouche un petit goût de noisette. Le homard et la langouste sont servis comme il faut. Rien de pire que la chair de ces crustacés lorsqu’ils sont bouillis et couverts de sauce… Ici, la langouste cuite sur la braise, le homard juste passé au four gardent toute leur saveur, et leur fraîcheur à la sortie du vivier est - forcément - plus que parfaite.
En entrée, il y a aussi les gazpachos, les salades, les carpaccios, les crèmes de légumes, les soupes de poissons, les fritures de solettes et de calamars, les petits merlans aux épices qui éveillent le palais sans le fatiguer. Et puis c’est l’entrée dans la cour des grands. Voici l’extraordinaire loup au sel, une bête majestueuse, savoureuse et compacte, que l’on vous découpe avec une maestria de chef d’orchestre. L’admirable dorade grillée, elle aussi déshabillée d’une main experte, est servie accompagnée d’une pomme de terre au four – là encore, limpidité et simplicité – et un gratin d’épinards. À propos de simplicité : trop souvent, même dans des restaurants de qualité, on ne trouve pas une bonne huile d’olive. Ici, elle vient de Fès, elle est exclusivement extra-vierge à zéro degré d’acidité, et elle accompagne dignement des plats d’une rigueur monacale et d’une saveur paradisiaque.
Les truites de l’Atlas en papillote, les filets de saint-pierre à la crème d’asperges, la brochette de lotte relevée d’une pointe de piment, le steak d’espadon à la provençale, sont autant de choix dans une carte religieusement dédiée à la mer. On trouve aussi des spécialités marocaines, comme la pastilla ou le tagine déclinés aux fruits de mer, ainsi que de délicieuses paëllas. Mais si vraiment votre vis-à-vis n’aime que la viande, il pourra se rattraper avec un filet de bœuf ou des côtes d’agneau.
On peut terminer, pour le sucré et le velouté
après le sobre et le salé, avec un nougat glacé
ou des profiteroles, une tarte fine chaude
aux pommes ou encore une salade de
fruits frais.
Tout cela pour un prix réellement honnête. Bravo. Et merci…

Puerto Banus
Rue Ibn Hanbal (en face du Tennis Club), Guéliz, Marrakech
Tél. : 00 212 (0) 44 44 65 34
e-mail : info@restaurant
puertobanus.com
Site web : www.restaurant
puertobanus.com