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Vertiges
Ciel et montagne, le Maroc
vu d'en haut
Parapente
On connaît les méharées, les randonnées
muletières dans les vallées du Drâa ou
du Dadès, les treks dans le Haut-Atlas. Ce que l’on
sait moins, c’est que pour les amateurs de sensations
fortes ou d’escapades originales, l’hiver est
au Maroc la saison idéale pour pratiquer le ski, le
parachutisme, le parapente, la montgolfière, la moto,
le planeur, l’escalade ou le quad !
Léger et peu encombrant, il tient dans un sac à
dos ; déplié, il permet de décoller d’un
simple promontoire et d’effectuer des vols de plusieurs
heures. Composée de deux surfaces - l’intrados
et l’extrados - reliées par des cloisons verticales,
l’aile du parapente permet de s’affranchir de
la pesanteur. Et de réaliser un rêve millénaire
: voler pendant des heures, accompagné du seul bruit
du vent dans la voile...
PRATIQUE
Au Maroc, l’activité
commence à se développer. S’adresser à
Partner Aventure, dont la base est installée au barrage
du lac Lalla Takerkoust. Les vols se font surtout au départ
d’Aguergour et de Ouarzazate, en fonction de la demande
et des conditions aérologiques. Possibilité
d’effectuer des baptêmes, des vols d’une
heure ou des stages. 400 Dh le vol découverte (350
Dh à partir de trois personnes) et 600 Dh le vol d’une
heure. En juillet et août, les courants ascendants sont
trop puissants pour voler sans risque. Les vols n’ont
donc lieu que de septembre à juin. Partner Aventure,
avenue Allal Al Fassi, Guéliz Marrakech. Tél.
: 00 212 (0) 44 48 41 80 ou 00 212 (0) 70 65 26 00. Fax :
00 212 (0) 44 48 41 64
e-mail : contact@partneraventure.com
Site web : www. partneraventure.com
Où dormir
?
Le Relais du Lac, comme son nom l’indique,
est situé au bord du lac Lalla Takerkoust. Il propose
deux formules d’hébergement : à l’auberge
ou en bivouac sous tente berbère. Comptez 400 Dh par
personne en demi-pension pour l’auberge et 300 Dh en
bivouac. À signaler qu’il est possible de déjeuner
ou de dîner sans y séjourner. Le menu (excellent)
est à 130 Dh. Tél : 00 212 (0) 44 48 49 24 et
43. Fax : 00 212 (0) 44 43 81 41
Parachute
En 1783, Louis Sébastien Lenormand saute d’une
tour et arrive en bas sans encombre grâce au parasol
qui retient sa chute. L’ancêtre du parachute est
né ! S’il est resté un irremplaçable
outil de sauvetage pour aviateurs en péril, le parachute
est aujourd’hui surtout utilisé à des
fins plus ludiques. Chute libre, voltige, figures à
quatre, cinq, dix ou deux cents, tout est permis pourvu qu’il
y ait le plaisir de défier les lois de la pesanteur.
PRATIQUE
Du 10 décembre au 31 mars, les centres français
de parachutisme de Lille etde Soulac se délocalisent
à Béni Mellal, à deux heures de Casablanca
et de Marrakech. En partenariat avec le Parachute Air Club
de Marrakech, des sauts et des stages sont proposés.Vous
pouvez choisir entre trois formules : - le saut en tandem
à 4 000 mètres avec un moniteur. 1 900 Dh tout
compris (licence, assurance, matériel). Ajoutez 500
Dh si vous souhaitez garder un souvenir vidéo de votre
saut. - la progression accélérée en chute
(PAC) comprend six sauts sur quatre ou cinq jours.Vous sautez
seul, accompagné cependant de deux moniteurs qui vous
guident dans votre chute libre. À la fin du stage,
vous devez atteindre une autonomie totale. Environ 11 000
Dh les six sauts.- PAC découverte. Même formule
que la PAC si ce n’est que vous effectuez un seul saut,
accompagné bien entendu de deux moniteurs. 2 700 Dh.
Parachute Air Club de Marrakech.Tél. : 00 212 (0) 65
18 31 78 ou 00 212 (0) 61 14 97 99 e-mail : info@pacma.ma.
Site web : www.pacma.ma
Où dormir
?
Hôtel Ouzoud, 290 Dh par personne
en demi-pension, prix spécial pour les parachutistes.
Tél. : 00 212 (0) 23 48 10 87 Hôtel de Paris,
plus modeste que le précédent, mais assez confortable.
150 Dh par personne en demi-pension. Tél. : 00 212
(0) 23 48 22 45
Planeur
De drôles d’oiseaux aux ailes démesurées
évoluent gracieusement dans le ciel de l’Atlas
avec pour seule source d'énergie les forces atmosphériques.
Dès que le soleil du matin a résorbé
le refroidissement nocturne, vers 10 ou 11 heures, le planeur
peut entamer son vol et parcourir la région jusqu'à
la tombée de la nuit... Au départ de Béni
Mellal et de Ouarzazate, grâce à une aérologie
propice liée aux courants chauds de ces régions,
on peut survoler tout le Haut Atlas, du Jbel Aoulime près
de Taroudannt jusqu'au Jbel Ayachi non loin de Midelt, ou
l'Anti-Atlas dans la région de Tafraoute, en passant
par les confins du désert saharien vers Zagora. Soit,
avec le retour, parfois plus de 1 000 km !
PRATIQUE
Au Centre Royal de Vol à voile
de l’Atlas (Béni Mellal), le vol d’initiation
avec instructeur qualifié est à partir de 250
Dh. Renseignements et réservations au 00 212 (0) 61
41 98 59 (Marc Nombret). Un aéroclubvient d’être
créé à Ouarzazate. Il est équipé
de deux moto-planeurs de nouvelle génération,
Lambada et Samba, et propose des vols de découverte.
À partir de 350 Dh le vol d’initiation de 45
mn. Réservations auprès de Gérard Bocage
au 00 33 (0) 6 80 64 32 35.
e-mail : g.bocage@sudmarocaero.com. Site web : www.sudmarocaero.com
Montgolfière
Palmeraie
de Marrakech : étrange scénario que celui qui
se déroule tous les jours aux aurores. Une petite troupe
scrute le ciel où flotte un ballon d’hélium.
Pour ces candidats aux sensations fortes, le moment est venu
de passer à l’action : préparer la montgolfière
à bord de laquelle ils vont survoler le Grand Sud marocain.
L’énorme bulle d’air chaud s’ébranle,
puis s’élance. Pour ceux qui sont restés
au sol, le spectacle est fabuleux. Pour les passagers, l’instant
est fascinant d’intensité. Les palmiers, Marrakech
et enfin le désert s’offrent à eux. Silence
dans la nacelle, puis premières exclamations. «
Ce n’est pas du plaisir, c’est du bonheur ! »
s’était exclamé en 1783 le physicien Charles
lors du premier vol en ballon...
PRATIQUE
Ciel d’Afrique propose depuis treize ans des vols au
départ de Marrakech et de Ouarzazate. Horaires de vol
: entre 6 h du matin et 12 h, une heure de vol (et trois heures
de préparation, rangement du matériel compris),
entre 200 et 1 000 mètres d’altitude. Itinéraires
: selon les vents.Autour de la Palmeraie et d’Aït
Ben Haddou. Toute l’année sauf juillet et août,
jours de pluie, orage ou vent supérieur à 20
km/heure. Adultes et enfants à partir de 3-4 ans. Compter
1 950 Dh le vol. Réservations auprès de Maurice
Otin
au Tél : +212 24 43 28 43, Fax
: +212 24 43 28 47, GSM : +212 61 13 70 51, Site web : www.cieldafrique.info,
E-mail : contact@cieldafrique.info
Air Magic Maroc, nouvellement installé au Maroc, propose
également des vols touristiques. Temps de vol : une
heure à basse et moyenne altitude, plus deux heures
de préparation et de rangement. Itinéraires
: dans un rayon de 10 kilomètres autour de Marrakech.
Au départ de Ouarzazate pour les circuits itinérants.
Toute l’année sauf juillet et août, et
jours de pluie, orage ou vent supérieur à 20
km/heure. Adultes et enfants à partir de 7 ans. Compter
environ 1 300 Dh/vol (1 000 Dh pour les résidents).
Réservations au 00 (212) 70 01 33 08 / 00 33 (0) 6
20 55 40 70
e-mail : info.air-magicmaroc@menara.ma/info.airmagicloirevalley@wanadoo.fr
Site web : http://monsite.wanadoo.fr/air_magicloirevalley
Glisse
Des fresques représentant des hommes chaussés
de longues planches de bois, datant de plus de 4 000 ans avant
J.C., ont été découvertes en Suède.
Mode de déplacement purement utilitaire durant des
millénaires, le ski n’est devenu un loisir qu’au
siècle dernier. On le croyait réservé
aux pentes des Alpes, des Pyrénées ou des Montagnes
Rocheuses. Erreur ! Ivresse de la glisse et de la vitesse,
goût des sensations fortes ou bonheur paisible d’admirer
des paysages enneigés, cette passion occidentale a
depuis peu conquis le Maroc.
PRATIQUE
Il existe deux stations de ski au Maroc. La plus importante,
l’Oukaïmeden, à 80 km de Marrakech, est
la station la plus haute d’Afrique avec son télésiège
qui conduit à 3 273 m d’altitude et ses six téléskis
de 50 à 200 mètres de dénivelé
donnant sur des pistes adaptées à tous les niveaux.
Pour les amateurs de ski de fond, l’Ouka offre de très
belles balades de 6 à 8 km, sur le plateau, dans les
vallons de l’Asif-n-Ait Irene et de l’Assif Tiferguine.
La station est le plus souvent ouverte de janvier à
avril, mais parfois de novembre à mai. La seconde station,
Mischliffen - à 17 km d’Ifrane - est plus modeste,
mais ses forêts de cèdres lui offrent un cadre
somptueux. Ouverte de janvier à mars - suivant l’enneigement
- elle dispose de deux téléskis, de quatre pistes
de ski alpin (jaune, bleue, rouge et noire) et de quatre pistes
de ski de fond.
À consulter
Fédération royale marocaine de ski et montagne
Parc de la Ligue arabe, BP 15899, Casablanca Tél. :
00 212 (0) 22 20 37 98 Délégation du tourisme
d’Ifrane.Tél. : 00 212 (0) 55 56 68 21 Refuge
de l’Ouka.Tél. : 00 212 (0) 44 31 90 36
Où dormir ?
À l’Oukaïmeden Chez Juju. Ambiance familiale
dans cette auberge charmante et confortable. 240 Dh par personne
en demi-pension et en chambre double. Tél. : 00 212
(0) 44 31 90 05 Kenzi Louka. L’hôtel organise
des activités sportives et des randonnées encadrées
par des guides agréés. Piscine chauffée
et feux de cheminée. 800 Dh la chambre double. Tél.
: 00 212 (0) 44 31 90 80
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À
Mischliffen
La station ne disposant pas d’une réelle infrastructure
hôtelière, il est préférable de
profiter du charme de la petite ville d’Ifrane. Le Mischliffen.
Hôtel chic qui domine le centre ville. À partir
de 690 Dh la chambre double. Tél. : 00 212 (0) 55 56
66 25 Le Perce-neige.550 Dh la chambre double. Tél.
: 00 212 (0) 55 56 63 50
Location de skis
De 100 à 140 Dh par jour pour chaussures, surfs et/ou
skis.
À l’Oukaïmeden
Hôtel Kenzi Louka. Location de skis, de raquettes, de
luges, de surfs et
de monoskis.
Le Sportif de l’Ouka. Location-vente de matériel
et d’équipement.
Tél. : 00 212 (0) 44 31 90 19
À Ifrane
Hôtel Chamonix. Location de skis de piste et de fond.
Tél. : 00 212 (0) 55 56 60 28
Escalade
Pour atteindre les sommets, un baudrier, des chaussons, une
corde et quelques mousquetons suffisent. Si le but est d’arriver
en haut, le plaisir est ailleurs : maîtrise du corps,
découverte de la petite faille qui va permettre de
progresser de quelques centimètres… Falaises
de grès et de calcaire, gorges abruptes et sommets
parfois inviolés, le Maroc offre de multiples possibilités,
en particulier aux plus avertis puisque de nombreuses voies
restent encore à ouvrir.
PRATIQUE
Deux très beaux sites sont à recommander aux
passionnés d’escalade : l’Oukaïmeden
et les gorges du Todra. L’Oukaïmeden offre les
plus belles voies équipées. Il suffit de passer
au refuge de l’Ouka pour connaître leur emplacement
et leur niveau de difficulté. Les gorges du Todra s’étendent
de Tinerhir jusqu’a Tamtatouchk, sur 20 km, à
250 km de Ouarzazate en passant par la vallée du Dadès.
À certains endroits, deux murailles de granit rose
se font face sur plus de 300 mètres de hauteur. Ces
larges parois abruptes, tout autant que les paysages splendides
qui les entourent, ont tout pour séduire les amateurs
d’escalade. Un conseil, cependant : emportez votre propre
matériel car celui qui est proposé sur place
n’est pas toujours très fiable.
Club Alpin Français de Casablanca
Tél. : 00 212 (0) 22 27 00 90
Refuge de l’Ouka. Tél. : 00 212 (0) 44 31 90
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Où dormir ?
À Tinerhir
Casbah Lamrani. Une excellente adresse à 460 Dh
en chambre double ou 380 Dh par personne en
demi-pension et chambre double.
Tél. : 00 212 (0) 44 83 50 17
Site web : www.casbahlamrani.com
Dans les gorges du Todra
Hôtel-restaurant les Roches. Rustique mais
confortable, cet établissement propose aussi des
initiations à l’escalade. 200 Dh la chambre double.
Tél. : 00 212 (0) 44 89 51 34
À l’Oukaïmeden
(voir « Ski »)
Moto
Sortir des routes balisées, se lancer dans le hors
piste pour découvrir un Maroc sauvage... La moto se
fraye un chemin là où les quatre roues ne passent
pas, elle grimpe les pentes abruptes et emprunte les sentiers
que seuls connaissent les muletiers.
PRATIQUE
Rand’Atlas, basé au lac Lalla Takerkoust, propose
des circuits d’une semaine dans le Haut Atlas, dans
la région d’Asni et d’Amizmiz, des sorties
d’une journée ou d’une demi-journée,
des stages d’enduro… Environ 1 500 Dh la journée,
tout compris (moto Suzuki 350 DR, équipement intégral).
Permis moto obligatoire. Rand’Atlas, barrage Lalla Takerkoust
Tél. : 00 212 (0) 44 48 49 29 Palm Road, le spécialiste
de la randonnée en moto, dispose de sept Honda Transalp
XL 650. Pour une demi-journée ou quinze jours, un circuit
est adapté à votre demande : alentours de Marrakech,
Grand Sud, dans les gorges du Todra et du Dadès, côte
atlantique... À titre indicatif : 1 290 Dh l’escapade
d’une journée, 5 890 Dh les trois nuits et quatre
jours, 9 990 Dh les sept nuits et huit jours. Le permis moto
est obligatoire. Palm Road, N6, route de l’aéroport,
Marrakech. Tél. : 00 212 (0) 44 36 07 54 ou 00 212
(0) 61 15 66 53. Fax : 00 212 (0) 44 36 07 56 e-mail : contact@palm-road.com.
Site web : www.palm-road.com Atlas Cross s’adresse aux
jeunes ou à ceux qui n’ont pas le permis moto.
Sur un circuit fermé, les enfants apprennent à
piloter des 50 cc (à partir de 6 ans) ou des 80 cc
(plus de 9 ans). Les adultes peuvent aussi se lancer aux commandes
de 80 et 125 cc, sur circuit ou sur piste. Atlas Cross, Douar
Oulad Belaaguid, à 13 km de Marrakech, à droite
après le carrefour entre la route de Casablanca et
le boulevard Mohammed V. Tél. : 00 212 (0) 61 34 01
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Quad
Surprenante machine que le quad : comme la moto, il se dirige
avec un guidon mais comme la voiture, il a quatre roues. Plus
stable que la moto, il permet, même aux débutants
de franchir tous les obstacles. Ludique et ingénieux,
ce drôle d’engin est le véhicule idéal
pour sortir des sentiers battus en toute sécurité.
PRATIQUE
Maroc Quad propose des séjours à la carte d’une
ou plusieurs journées dans le sud du Maroc, avec hébergement
dans des riads, des auberges ou sous tentes caïdales.
Comptez 1 500 Dh pour une journée et 14 500 Dh pour
sept jours et six nuits, hébergement, epas, équipement,
essence et encadrement compris. 212, boulevard Mohammed V,
Guéliz, Marrakech. Tél. : 00 212 (0) 44 43 67
82 ou 00 212 (0) 61 31 61 61 Fax : 00 212 (0) 44 43 67 85
Rand Atlas, spécialiste de la moto enduro, propose
aussi des excursions en quad, aux alentours du lac Lalla Takerkoust,
d’une heure ou deux, d’une demi-journée,
d’une journée ou de plusieurs jours sur des pistes
de plateaux, de plaines désertiques et à travers
les forêts d’eucalyptus en direction d’Amizmiz
ou de l’Atlas. À partir de 220 Dh l’heure
et 800 Dh la journée. |
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JOURS
TRANQUILLES À MEKNÈS
La terre est devenue progressivement plus grasse et plus
riche, sa couleur a viré au brun et au rouge. Oubliées,
la poussière et la sécheresse ; c’est
maintenant le verdoiement des cultures, l’ombre
des eucalyptus, des cèdres et des pins d’Alep.
La route franchit un dernier sommet et Meknès apparaît
tout entière, étalée sur un plateau.
De part et d’autre de l’oued Boufekrane, ce
sont en fait deux villes qui se font face. Sur la rive
droite, la ville nouvelle, avec la verticalité
de ses bâtiments polychromes ; sur la rive gauche,
la vieille cité impériale, ceinte de remparts
ocre jaune, avec l’enchevêtrement des maisons
aux toits plats de sa médina, ses minarets, ses
palais, ses jardins...
Comme la Rome antique, Meknès est née du
regroupement de quelques villages disséminés.Si
depuis ses origines, au Xe siècle, elle avait souvent
bénéficié des largesses dispensées
par les sultans almoravides et mérinides, jamais
elle n’avait occupé une place prépondérante
dans l’histoire marocaine. C’est à
la volonté d’un homme, Moulay Ismaïl,
deuxième roi de la dynastie alaouite, aussi fameux
pour sa cruauté que pour son sens politique, qu’elle
doit d’être devenue cité impériale
en 1672, damant le pion à ses concurrentes directes,
Fès et Marrakech, anciennes capitales du Royaume.
La passion du sultan pour Meknès s’explique
sans doute par le fait qu’il en avait été
le gouverneur. Mais la situation de la cité, au
carrefour des grandes artères de communication
- Moyen Atlas, Rif, plaines atlantiques, frontière
algérienne - a plus sûrement encore guidé
son choix. Pendant tout son règne, Moulay Ismaïl
va y faire construire d’immenses monuments : un
palais inspiré directement des plans du Palais
de Versailles, des remparts, des portes aux décors
majestueux, des mosquées, des medersas, des bassins
entourés de jardins… Les travaux sont conduits
suivant un plan rigoureux et les innovations techniques
de certaines constructions, comme les silos à grains,
étonnent encore aujourd’hui par leur ingéniosité.
À la fin du règne de Moulay Ismaïl,
Meknès peut s’enorgueillir d’être
aussi imposante que Marrakech et d’assumer son statut
de ville impériale aussi fièrement que Fès.
Le fils du sultan achèvera l’œuvre de
son père en ajoutant quelques monuments, mais son
petit-fils mettra fin à la prédominance
de Meknès en décidant de retourner s’installer
à Marrakech en 1757. Pourtant, en moins d’un
siècle, la ville était devenue cette merveille
architecturale que l’on connaît aujourd’hui.
C’est par la cité impériale qu’il
faut commencer la visite de Meknès a été
surnommée “ La capitale aux belles portes
” Meknès. On peut y accéder par Bab
Khemiss, l’une des portes principales de la ville,
qui s’ouvre dans la première ceinture de
remparts, et passe pour être l’une des plus
grandes réussites de l’art andalou mauresque.
En forme de fer à cheval, encadrée de deux
bastions, elle est ornée de sculptures et de zelliges
verts. Un poème, « La Porte Heureuse »,
est calligraphié sur la pierre : « Je suis
la porte ouverte à tous les peuples, qu’ils
soient d’Occident ou d’Orient, je suis la
porte heureuse semblable par ma gloire à la pleine
lune dans le ciel. J’ai été construite
par Moulay Ismaïl, la fortune et la prospérité
sont inscrites sur mon front, je suis entourée
de bonheur ». La Porte Heureuse est l’une
des vingt portes qui permettent de franchir la triple
ceinture de remparts de la ville, ce qui a valu à
Meknès le surnom de « capitale aux belles
portes ». Plus on se rapproche de la cité
impériale, plus les murailles se font défensives
et plus les accès deviennent discrets. Le quartier
royal est ainsi entouré d’une fortification
basse dont la simplicité contraste avec les merveilles
qu’elle dissimule.
Le tyran bâtisseur
Si le Palais Royal ne se visite pas, le bassin de l’Agdal
donne l’idée exacte de ce que fut la démesure
des constructions voulues par Moulay Ismaïl...
Ce véritable lac - trois cents mètres
de longueur - servait à la fois de réservoir
pour les jardins du palais et de pièce d’eau
d’agrément, surtout pour les nombreuses
femmes du sultan - son harem en comptait près
de cinq cents ! - qui venaient s’y baigner et
s’y divertir. À côté, les
greniers et les silos voûtés de Hri Souani
ne sont pas moins impressionnants. Une petite porte
en cèdre permet de pénétrer dans
cet imposant ensemble en pisé ocre. À
l’intérieur, la fraîcheur humide
saute à la gorge. Sous une voûte de roseaux
et de briques, d’immenses salles se succèdent,
sombres et vides, encadrées par une forêt
de piliers. Dans certaines pièces traîne
une vague odeur de moisi, celle qu’exhalent des
puits profonds d’où l’on tirait l’eau
grâce à des norias actionnées par
des mules.
La climatisation de cet immense ensemble est assurée
par des systèmes d’une confondante ingéniosité
: un réseau de canalisations souterraines court
sous chaque pièce, tandis que les jardins suspendus
sur les toits et l’épaisseur des murs assurent
une température constante. Pour assurer la ventilation,
toutes les portes sont décalées afin de
créer des courants d’air permanents. On
se consolera de ne pouvoir visiter le Palais en se rendant
au Mausolée de Moulay Ismaïl, l’un
des rares édifices religieux marocains ouvert
aux non-musulmans. Au delà de la porte ornée
d’entrelacs, encadrée de piliers en marbre
et surmontée de tuiles vertes, un premier patio
couvert accueille les visiteurs. Pénombre douce,
discrets bruissements des petites fontaines où
les fidèles font leurs ablutions... De hautes
salles se succèdent et l’on arrive dans
une cour blanche où s’ouvre le cœur
du mausolée, une pièce dans laquelle s’alignent
quatre tombeaux. Le plus grand, en marbre blanc, est
celui de Moulay Ismaïl, les autres ceux de son
fils, de sa première épouse et d’un
autre sultan. Stucs finement sculptés, zelliges
géométriques, marbre et cèdre habillent
murs et plafond, tapis colorés et nattes de jonc
couvrent le sol. Le bourdonnement des prières
psalmodiées est rythmé par le balancier
de deux improbables comtoises, cadeaux de Louis XIV
qui espérait ainsi se faire pardonner son opposition
au mariage de l’une de ses filles avec le sultan.
La princesse de Conti évita certes la vie de
femme de harem, mais ce refus mit un terme à
la bonne entente franco-marocaine…
Bab El Mansour, l’une des quatre plus belles
portes du monde Rappeler que ce sultan ne fut pas homme
facile est un euphémisme : il aurait tué
de ses propres mains plus de quinze mille personnes,
souvent par pur caprice. En témoigne également
la prison située en face du Pavillon des Ambassadeurs,
à deux pas du Mausolée. Quand les diplomates
venaient présenter leurs lettres de créance
au monarque dans cette discrète construction
carrée, ils pouvaient entendre les plaintes des
prisonniers enfermés dans un souterrain sous
le parvis du pavillon. On y descend par un escalier
qui aboutit dans une immense salle dont l’architecture
rappelle celle des greniers : voûtes, piliers,
succession de pièces. Humidité, odeur
fade d’enfermement, silence épais…
Seuls quelques rais de lumière venus des bouches
d’aération griffent l’obscurité.
On ne peut s’empêcher de frémir en
pensant aux milliers de malheureux qui vécurent
peut-être là des années, enchaînés
à même le sol de terre battue. La visite
de la ville impériale s’achève en
apothéose devant Bab El Mansour, classée
parmi les quatre plus belles portes du monde. Avec ses
seize mètres de haut et ses deux colonnes géantes,
elle écrase les passants de sa masse. Pourtant,
les entrelacs, les rosaces et les figures géométriques
qui brodent sa pierre lui donnent une étonnante
légèreté. Derrière Bab El
Mansour, la place El Hedim est une sorte de frontière
entre la cité impériale et la médina.
Sur cette Bab El Mansour, classée parmi les quatre
plus belles portes du monde.
Avec ses seize mètres de haut et ses deux colonnes
géantes, elle écrase les passants de sa
masse. Pourtant, les entrelacs, les rosaces et les figures
géométriques qui brodent sa pierre lui
donnent une étonnante légèreté.
Derrière Bab El Mansour, la place El Hedim est
une sorte de frontière entre la cité impériale
et la médina. Sur cette esplanade entourée
de remparts, de souks et de cafés, les passants
déambulent, les taxis klaxonnent pour héler
les clients, les calèches bousculent les piétons…
Cette joyeuse bousculade vaut souvent à la place
El Hedim d’être comparée à
Jemâa El Fna. Il faut prendre le temps d’y
flâner avant d’aller arpenter la médina,
avec ses maisons aux portes peintes, ses galeries qui
enjambent les ruelles, les murs qui dérobent
au regard la vie secrète de ses habitants…
Au cœur de la médina, la grande mosquée
est interdite aux non-musulmans. Mais ses neuf portes,
toutes différentes, et sa bibliothèque
installée dans une galerie surplombant la rue
sont assez curieuses pour mériter le détour.
Tout comme, juste à côté, la medersa
Bou Inania, construite en 1358, avec son patio, orné
de stuc et de zelliges, et sa terrasse d’où
la vue sur la médina est incomparable. À
quelques pas, c’est la pénombre des souks,
leur perpétuel embouteillage humain, les appels
des marchands et les cris des portefaix, le martèlement
dur - métal contre métal - qui fait résonner
les murs des ateliers de damasquinerie. Rien d’agressif,
pourtant, dans ce vacarme et cette agitation, qui n’entament
qu’à peine la paix provinciale de Meknès.
La vieille cité, après un siècle
de gloire, a cédé le devant de la scène
à ses rivales, Marrakech, Fès, puis Rabat
et Casablanca. Désormais loin du bruit et de
la fureur du monde, elle déroule, au milieu des
splendeurs léguées par le plus sanguinaire
et le plus esthète de ses anciens sultans, le
fil de ses jours tranquilles. |
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Pierres
vivantes de Volubilis À
trente kilomètres de Meknès, Volubilis - Oualili
en berbère - a été créée
au IIIe siècle av. J.-C. par les Carthaginois, avant
d’être conquise par Caligula. Ses vestiges sont
les plus étendus et les mieux conservés du Maroc,
ce qui leur a valu l’inscription au Patrimoine Mondial
de l’Unesco en 1997. Sur plus de quarante hectares, les
pierres et les mosaïques racontent une très ancienne
histoire : celle d’une ville qui fut abandonnée
par les Romains, ressuscita, fut successivement chrétienne
et musulmane, avant de mourir à nouveau. Arc de triomphe,
thermes, basilique, Capitole, maison d’Orphée,
maison au Cavalier, maison à l’Acrobate, maison
aux Néréides… Les pierres vivantes de Volubilis
n’en finissent pas de solliciter notre imagination. |
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La
ville sainte
La ville de Moulay Idriss, à
trente-cinq kilomètres de Meknès, est l’un
des lieux de pèlerinage les plus réputés
du Maroc. Chaque année à la fin du mois d’août,
c’est par milliers que les fidèles se rendent à
son moussem et vont se recueillir au mausolée de Moulay
Idriss, qui fonda la plus ancienne dynastie du Maroc. Son nom
reste aujourd’hui encore vénéré par
la population. Moulay Idriss est ouverte aux nonmusulmans depuis
plus de soixante-dix ans, mais ils ne peuvent ni pénétrer
dans les mosquées et le sanctuaire, ni passer la nuit
dans la ville. En revanche, les touristes peuvent admirer l’extérieur
du mausolée, s’essouffler dans les ruelles pentues
et admirer les superbes mosaïques vertes de l’unique
minaret cylindrique du Maroc.
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