La Rose, la Rose ! C'est ainsi que plusieurs
personnes m'ont gentiment interpellée cet été
à Paris, à la suite de la rediffusion à
la télévision marocaine de L'Histoire d'une
Rose, d'Abdelmajid R'Chich ». Asmaâ Khamlichi,
les yeux en amande et la trentaine épanouie, nous
a raconté cette anecdote à son retour des
États-Unis, l'un des trois pays, avec la France et
bien sûr le Maroc, entre lesquels elle partage sa
vie.
Compterait-elle s’y installer ? Tout juste avoue-t-elle
souhaiter perfectionner son anglais... “ On ne sait
jamais “, lâche-t-elle d’un ton sybillin.
“ En Amérique, enchaîne-t-elle, on me
prend fréquemment pour une hispanique, mais rarement
pour une Arabe ”. Et il est vrai qu’avec son
allure sportive, sa taille élancée et ses
cheveux noirs et lisses, cette Marocaine pur jus ne cadre
pas - contrairement par exemple à une Nozha Khouadra
- avec le stéréotype de la Maghrébine
que les productions franco-françaises s’acharnent
à nous présenter. Mieux encore : Berbère
issue du Rif rebelle, Asmaâ incarne au plus haut degré
l’image de la Nord-Africaine dans ce qu’elle
peut apporter de nouveau au cinéma en termes de dynamisme,
d’élégance et de féminité.
Habituée des festivals de cinéma, Asmaâ
connaît bien celui de Marrakech. On l'y avait surtout
remarquée lors de la première édition,
alors qu'elle co-présentait Mona Saber. Bien qu'elle
n’y ait pas eu le rôle-titre, la presse marocaine
l’avait mise en avant toute… Il faut dire que,
dans ce film d'Abdelhaï Laraki, elle interprétait
le rôle d’une jeune Marocaine émancipée
au point de vivre en concubinage et d'entretenir son saheb
(compagnon). Deux tabous, encore puissants dans le monde
maghrébin, étaient ainsi transgressés
: celui de l’union libre et celui, non moins puissant,
de l’image de l'homme comme pourvoyeur de revenus.
Aussi Asmaâ sera-t-elle apostrophée à
la suite de la Biennale de Cinéma de l'Institut du
Monde Arabe, à Paris en 2002. « Êtes-vous
sûre que votre personnage corresponde à une
tendance au Maghreb ? », lui lance, dérangée
par tant d'audace, une Algérienne. Mais qu'aurait
pensé cette spectatrice si elle avait également
vu Elle est hypertendue, diabétique... mais elle
refuse de crever ? Dans ce film réalisé par
Hakim Nouri en 1999 et qui a battu Titanic en chiffre d'entrées
dans le Royaume, Asmaâ incarne une Marocaine séductrice
et, de surcroît, maîtresse d’un homme
! Certains, au pays, n'ont pas manqué de s'étonner
en voyant sur grand écran une femme arabe découvrir
certaines parties de son corps et se caresser les jambes
en parlant au téléphone... « J'ai une
formation de danseuse », réplique Asmaâ.
« Les gestes qui peuvent être perçus
comme sensuels sont pour moi inhérents au personnage.
»
C’est en effet par la danse qu’Asmaâ est
venue au métier de comédienne. Dix ans durant,
elle a fait partie de la compagnie de ballet-théâtre
- au succès international - de Lahcen Zinoun. Auprès
de cet exigeant chorégraphe, elle s'est notamment
exercée à l'art de la danse orientale, laissant
un souvenir impérissable avec sa Danse de Salomon.
Et en 1990, c’est grâce à une pièce
chorégraphique qu’elle est remarquée.
Elle recevra très vite des propositions pour la télévision
et le cinéma, ce qui est parfaitement mérité,
car Asmaâ, outre son intelligence et sa généreuse
présence à l'écran, a des dons multiples
qui expliquent sa prestance physique. N'a-t-elle pas en
effet été membre de l'équipe du Maroc
de gymnastique de six à quinze ans et de celle de
plongeon de quinze à dix-huit ans ? Pour être
complet, il faudrait ajouter qu’elle est bonne cavalière
et que la conduite à moto n'a plus de secrets pour
elle.
Dès le début de sa nouvelle vie professionnelle,
Asmaâ se fait remarquer en chorégraphiant pour
Paula Abdul le clip de “ My Love is for Real ”.
En 1993, elle se lance dans le Septième Art en enchaînant
La Règle de l'homme, avec Virginie Ledoyen, et la
grande série La Bible de Roger Young.
Depuis 2001, notre Casablancaise cosmopolite et farouchement
indépendante a pris un certain recul.
Non qu’elle souhaite s’éloigner du cinéma.
Elle continue d’ailleurs d’examiner des propositions
de cinéastes dont elle nous a demandé de ne
pas publier les noms.
Dommage, mais modestie oblige...