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| Mille
et une nuits |
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Villa Orangers
Dans le quartier très populaire
de Sidi Mimoun, tout près de la nouvelle résidence
royale,
il y a un accès sur l’ailleurs. Comme dans
la nouvelle de Wells, « La porte dans le mur »,
ce passage débouche sur un autre monde. Le couloir
est doucement éclairé par quelques bougies
rondes dorées ; dans des vasques étroites
flottent des pétales de rose qui parfument l’air.
À la réception, on vous accueille d’un
sourire, et tandis que les bruits de la rue s’estompent
derrière vous, on vous donne la clé de ce
coin de paradis que, dans le Coran, on appelle le Riad,
« Le Jardin ». Le patio est typiquement de style
marrakchi, très richement décoré, les
colonnes sculptées, les portes tellement ouvragées
que le regard se perd lorsqu’il essaye d’en
suivre les méandres. Quatre orangers d’un vert
d’eau profonde s’érigent près
d’ une fontaine blanche emplie de roses. Quelques
tables en fer forgé et mosaïque se cachent derrière
d’exubérants flots végétaux.
Un autre corridor mène au deuxième patio,
une merveille de calme, aussi décoré que le
premier, incroyablement harmonieux dans ses proportions
et ses couleurs tranchées, le blanc de la pierre,
le brun du bois de cèdre, et encore le vert des plantes.
Des chambres donnent sur ces deux patios, d’autres
sont au premier étage, d’autres encore –
les suites sur la terrasse – sur la piscine. En tout,
cinq chambres et onze suites dans lesquelles on vit bien
tout de suite, dans lesquelles on habite en prenant ses
marques, comme dans une maison d’amis. Tout est ici
parfaitement conçu, d’un luxe sérieux,
pas un simple vernis, celui d’un art de recevoir appliqué
au moindre détail : les babouches dans la salle de
bain, le peignoir moelleux, les serviettes douces près
de la piscine, les roses partout, les rideaux légers
aux couleurs d’épices qui se balancent à
la brise du soir, le fès que l’on pend à
la porte de la chambre pendant la sieste, les grands
lits confortables, les couettes comme un souffle pour les
nuits plus fraîches. Le service glisse sur des pantoufles
de fée, les jeunes filles tout de blanc vêtues
sont toujours
en train d’arranger quelque chose, une corbeille d’oranges,
un plateau de pâtisseries, une feuille dans un vase.
Quant au dîner, il se passe dans une ambiance charmante,
deux musiciens chantent et jouent avec une sensibilité,
une intelligence telles, que l’on croit comprendre
- et peut-être comprend-on vraiment -toutes les histoires
qu’ils narrent.
Un menu propose des plats classiques - tajine, couscous
- mais l’on peut aussi dîner légèrement
de savoureuses salades. Les garçons savent absolument
tout sur les traditions culinaires marocaines, et il ne
faut pas se priver de les interroger...
La Villa des Orangers est le seul Relais & Châteaux
du Maroc, un critère d’excellence qu’elle
mérite parfaitement.
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Dar Salam
Est-ce que Marrakech palpite d’un
seul cœur, ou a-t-elle un cœur multiple qui bat
dans la Koutoubia, dans la médina, sous la place Jemaâ
el Fna… ?
On le sent souvent frissonner, ce cœur, quand on marche
dans les rues de la ville, à un carrefour envahi de
vélos, d’ânes, de charrettes, de voitures,
de petits taxis… on l’entend dans le silence des
jardins de la Mamounia, dans les cris des hirondelles sur
les remparts… et la nuit dans le souk qui dort, enfin…
L’un de ces cœurs est tout petit, minuscule même,
des chambres blanches creusées de niches, des terrasses
ouvertes sur la mer des toits de Marrakech : Dar Salaam est
né d’une rencontre entre des murs murmurants
et des êtres à l’écoute.
Il y a deux ans, pour Noël, Patrick Pochon donne à
sa femme Anne un sac de voyage très léger. En
tout et pour tout, il ne contient que deux billets d’avion
pour le Maroc. Mais le cadeau ne s’arrête pas
là : à la clé, si l’on peut dire,
il y a l’achat d’une maison dans la médina.
Trente ou quarante visites plus tard, le choix est fait, dans
le quartier de Mouassine, derrière les souks.
Dar Salaam a connu des mois et des mois de travaux qui en
ont fait émerger la pureté, qui l’ont
dénudé pour mieux le rhabiller. Comme les demoiselles
des contes de fée, la maison a émergé
de ses habits de cendre pour s’envelopper de couleurs
et de lumière. Dans le petit patio au sol rose de terre
cuite, une fontaine chante sa musique douce. Deux pièces
à vivre, claires, avec des banquettes amples aux
couleurs aubergine et paprika, s’ouvrent de deux côtés.
Une cuisine, de l’autre côté de la courette,
offre tout le nécessaire aux dîners et petits
déjeuners qu’une bonne cuisinière prépare
pour les hôtes. Les verres, les assiettes, les plateaux,
les couverts, tous les détails qui font d’une
table un art ont été sélectionnés
avec amour.
À l’étage, trois chambres qui jouxtent
de belles salles de bain jouent les filles de l’air,
discrètes, candides, avec à peine une touche
de gaze vieux rose par ci, un coussin à la nuance enflammée
par là.
Les couleurs sonnent merveilleusement juste, les objets, rares,
sont admirables : une boîte en tadellakt prune dans
une alcôve, un meuble
au luxe barbare dans l’entrée.
Tout cela tient dans le creux d’un porche, sous une
voûte, dans une maison qui ne ressemble qu’à
elle-même : Inde, Italie, Provence, Indonésie…
partout où les maisons sont belles, elles ont cette
grâce.
Et tout cela se dérobe derrière une porte qui,
comme les autres, fermée et secrète, laisse
suggérer attente et plaisir.
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