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Moteur… ouarzazate ÇA TOURNE !
Saint-Exupéry est passé par Ouarzazate. Lawrence d’Arabie aussi, mais seulement pour le cinéma, et sous les traits de Peter O’Toole. Et, plus récemment, Maximus, le valeureux Gladiator, ainsi qu’Astérix, Obélix et l’ineffable architecte Numérobis…
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Au rendez-vous de tous les illénaires
et de tous les orients
Du Tizi-n-Tichka perché à 2 260 mètres, la route descend vers Ouarzazate en serpentant mollement entre les rochers. Apparaît une première kasbah et son village soudé à ses remparts en lambeaux. Au loin, aux rives d’un désert de pierres, Ouarzazate, grise, brune et ocre. Plus loin encore, la silhouette du Jbel Saghro, l’Anti-Atlas…
Escale sur la route de Tombouctou, à 52 jours de chameau de la mythique cité caravanière, Ouarzazate-la-silencieuse, centre militaire stratégique sous le protectorat, marque le point de départ de la route des oasis. Bâtie à la confluence de trois fleuves, le Drâa, qui creuse son lit jusqu'à Agadir, le Dadès, issu du Haut-Atlas, et le Ziz, qui nourrit l'immense palmeraie du Tafilalet avant de se perdre dans les sables de Taouz, elle compte aujourd’hui 450 000 habitants, et mêle les cultures berbères et sahariennes. Déserts minéraux, steppes, vallées veloutées de vert et d’ocre, ksour sortis des entrailles de la terre, la région regorge de panoramas exceptionnels sur fond de crêtes enneigées de l’Atlas.
Rien d’étonnant à ce que ces paysages aient séduit des générations de metteurs en scène, d’Orson Welles à Jacques Becker, en passant par Pier Paolo Pasolini, David Lean, Michael Douglas, Martin Scorsese, Ridley Scott, Raoul Ruiz ou Serge Moati, et que des superproductions aussi fameuses que La Bible, Cléopâtre ou Kundun y aient été tournées.
En un siècle, c’est à un bon millier de films - longs ou courts métrages, reportages, documentaires, clips musicaux, spots publicitaires - que le Maroc a prêté la splendeur de ses décors naturels. C’est ainsi qu’en 1897, Louis Lumière y installe en pionnier sa caméra et en ramène Le Chevalier marocain.
L’appel du Grand Sud a fait naître une esthétique qui joue sur l’horizontalité de l’espace sans limite, en opposition avec la verticalité des labyrinthes urbains. Le cinéma ne va pas se priver, dès les années Trente, d’exploiter cette « Arabie occidentale », ramenée aux conventions de quelques lieux essentiels, venelles sombres d’un souk, kasbah veillant aux portes du désert ou ombres secrètes d’une oasis... L’expérience de John Huston, tournant en 1975 une bonne partie de L’homme qui voulut être roi, supposé se passer aux confins de l’Afghanistan, ne restera pas
isolée. Ainsi, Ouarzazate, Erfoud et Merzouga vont-elles à plusieurs reprises être retenues comme figures emblématiques non seulement d’une Arabie imaginaire - Lawrence d’Arabie de David Lean - mais également de la Judée antique - Jésus de Nazareth de Franco Zeffirelli et La dernière tentation du Christ de Martin Scorsese.
Sous le soleil, exactement
Au début des années 90, c’est au tour des grandes « majors » américaines - Paramount, Warner, Lux et Dagham Films - de découvrir ou de redécouvrir les atouts du Grand Sud marocain : sa luminosité qui exalte les couleurs et fond les ombres, son soleil généreux, souvent capricieux, parfois insaisissable, avec lequel il faut ruser, jouer en permanence. Tout comme le climat pré-saharien qui offre des conditions idéales de tournage : mi-saisons interminables de douceur, ciel bleu, lumière… Avec toujours une dose d’impondérable : les gens du pays ne disent-ils pas qu’ « à Ouarzazate, il y a quatre saisons par jour ! ».
Certes, le succès que rencontre Ouarzazate ne tient pas qu’à la beauté de ses paysages et au climat de l'Atlas. La main-d'œuvre bon marché et les grandes facilités accordées par les autorités y sont pour beaucoup. C’est grâce à des coûts de production inférieurs de 50 % à ceux pratiqués aux États-Unis et de 30 à 40 % à ceux de l'Europe que le Maroc est devenu la nouvelle coqueluche d’Hollywood, et que les grands producteurs tournent le dos aux destinations cinématographiques traditionnelles, comme l’Amérique latine, la Tunisie ou l'Égypte - qui vient d’ouvrir une gigantesque “ Media City ” -, devant les rétributions exorbitantes qu’elles réclament aujourd’hui.
Les autorités locales et nationales ont pris la mesure de l’impact de l’industrie cinématographique sur le développement économique de la région.
eur mobilisation permet ainsi de tourner des scènes impossibles à organiser ailleurs. À titre d’exemple, depuis 1995, la procédure d’importation temporaire des armes et des munitions utilisées pour les films d’action - comme pour Le Légionnaire, avec Jean-Claude Van Damme, en 1997 - a été considérablement assouplie. Les Forces Armées Royales, la Gendarmerie Royale, la Sûreté nationale sont mises à la disposition des productions étrangères pour les besoins de figurants en uniforme. Les moyens humains - figurants, artisans qualifiés, techniciens… - et les avantages fiscaux ont de quoi séduire : le Centre Cinématographique Marocain (CCM) prévoit l’exonération de la TVA pour tous les biens et services acquis au Maroc, d’importantes remises sont consenties sur le transport aérien et le dédouanement du matériel de tournage est assuré dans la journée. Enfin, les visas de tournage délivrés via le CCM sont obtenus en un temps record - souvent pas plus d’une semaine - et l’accès aux sites et aux monuments historiques bénéficie d’une tarification symbolique. Conséquence : les budgets investis en dollars américains ont augmenté exponentiellement au fil des années, passant de 12 millions en 1997 à
140 en 2001.
Les commodités mises par la ville de Ouarzazate à la disposition des équipes de tournage étrangères constituent un autre de ses attraits : aéroport international assurant des liaisons avec le reste du monde, vingt-huit hôtels et cinq mille lits. À quoi s’ajoutent deux studios, Atlas Corporation Studio et Andromeda. Le premier, Atlas Corporation Studio, se situe à trois kilomètres au nord de la ville, et ses trente hectares sont très prisés pour leurs décors soit naturels - la frange déchiquetée des sommets de l’Atlas et à perte de vue, une immense steppe où sont mises en scène les batailles -, soit construits sur place par la main-d’œuvre locale. Long-métrage « oscarisé » en 2000, l’épique Gladiator, y a été tourné, de même qu’Astérix et Obélix, mission Cléopâtre, et l’on pourrait, depuis Le Diamant du Nil en 1984, citer au moins une superproduction par an. Atlas Corporation Studio, réputé pour la qualité de ses ateliers et de ses constructions, offre de nombreux décors hérités des productions précédentes : palais de César, bateau et allée de Cléopâtre (Cleopatra, 1998), rue d'Alexandrie (Astérix, 2000), marché juif, temple égyptien, pagode tibétaine (Kundun, 1997)…
Un hôtel et deux studios couverts de 1 500 et 500 m2 complètent le dispositif. Le second, Andromeda, est installé au sud de la ville, face à la mythique kasbah de Taourirt, dans l’enceinte du complexe artisanal.
Les intérieurs de plusieurs épisodes de La Bible ont été tournés dans son église, sa bibliothèque et sa salle du trône en carton-pâte.
Le tournage des productions étrangères génère annuellement un chiffre d'affaires supérieur à cent millions de dollars et crée des milliers d’emplois. Plus de quatre-vingt-dix mille personnes - artisans, figurants, techniciens, hôteliers, commerçants - vivent de cette manne. Pour la région, l'enjeu est donc considérable. Ici, chacun vit au rythme du passage des grosses productions hollywoodiennes, voire françaises depuis Astérix, premier blockbuster non anglophone à planter ses caméras dans le Sud marocain. Des mois de préparation, quatorze semaines de tournage, deux mille cinq cents figurants et neuf cents techniciens mobilisés… Le souvenir reste vif : les retombées socio-économiques
ont été plus que substantielles, surtout quand on sait qu’un salarié fait vivre jusqu’à dix personnes.
Entre 1997 et 2001, trois cent quarante tournages ont rapporté un total de près de 1,4 milliard de Dh - dont 97 % grâce aux longs-métrages - et créé quatre-vingt-douze mille emplois* (artisans pour les décors, comédiens, techniciens, personnel administratif et interprètes…). À titre d’exemple, lors de son dernier passage, la Lux et Dagham Films a employé trois cents personnes de différents corps de métier, ce qui correspond à une masse salariale de 300 000 Dh par semaine, auxquels s’ajoutent 250 000 à 300 000 Dh par semaine pour les figurants.
Le CCM, créé en janvier 1944, exige l’association de producteurs, de techniciens ou d’acteurs marocains dans les films tournés sur le territoire du Royaume. Cette condition est précieuse, car elle favorise
à la fois l’apprentissage des opérateurs aux nouvelles techniques de cinéma et la création d’un marché important pour les sociétés marocaines prestataires de services.
Autre bénéfice pour le Maroc, les superproductions étrangères transmettent une image du pays qui peut faire d'un spectateur lointain un touriste potentiel. Un film tourné au Maroc, primé, « oscarisé » ou « césarisé » représente un vecteur de rayonnement plus important qu’une campagne de publicité.
Mais le cinéma est une industrie fragile. C’est ainsi que la guerre en Irak a failli faire annuler le tournage de la superproduction hollywoodienne Alexandre le Grand, le plus gros budget de l’histoire du cinéma après Titanic, avec 150 millions de dollars dont 60 devaient être consacrés au Maroc. Fox et Universal envisageaient de construire, pour l’occasion, un studio de deux cents hectares dans la région de Ouarzazate… De même, ont été remis en question les tournages de Troy de Wolfgang Peterson, et de Le royaume magnifique de Ridley Scott.
Une première baisse d’activité s'était déjà produite après les événements du 11 septembre : nombre de projets américains avaient alors été retardés ou délocalisés, au Mexique notamment, pour cause d’envolée des prix des assurances, les compagnies refusant de couvrir les risques, notamment ceux du transport. À partir de janvier 2002 pourtant, la reprise s’est amorcée, avant de se confirmer au cours de l’année : en neuf mois, le CCM a ainsi octroyé plusieurs centaines d’autorisations pour des courts et des longs-métrages, des téléfilms et des spots publicitaires. Après plusieurs mois de flottement, l’industrie cinématographique, très sensible, à l’instar du tourisme, aux événements internationaux, semble être de nouveau dans les starting blocks. Les bonnes nouvelles affluent : Ridley Scott devrait finalement installer ses caméras à Ouarzazate courant 2004, et Oliver Stone a retrouvé le chemin du Maroc : il est en cours de casting pour Alexandre le Grand, dont le premier coup
de manivelle est prévu pour le 22 septembre 2003 dans la région
de Marrakech. Enfin, les repérages pour une autre production de Paramount, Sahara, viennent de débuter.
Ces tournages sont de bon augure pour le Maroc. Et plus que jamais, le pays ambitionne de se positionner comme l’une des plaques tournantes du cinéma mondial. À ce titre, le Festival International du Film de Marrakech devrait avoir, cette année encore, un effet de « contagion positive » auprès des producteurs, américains ou européens, et les encourager à renouer confiance avec le Sud marocain.
*source CCM
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Au rendez-vous des stars
Tous les grands du cinéma ont goûté aux petits plats de Dimitri. Son livre d’or a immortalisé le passage de Ben Kinsley, d’Anouk Aimée, d’Orson Welles, de Lino Ventura, de Gérard Depardieu, de Timothy Dalton, de Géraldine Chaplin...
Quel destin que celui de Dimitri qui, pour émigrer aux États-Unis, quitte sa Grèce natale à l’âge de quatorze ans. Sur la route, le bateau fait escale à Casablanca et l’adolescent met pied à terre. Après un court séjour à Oued Zem, il prend la direction de Ouarzazate, où il travaille dans une épicerie-bar tenue par un compatriote. Le samedi, la boutique se transforme en salle de bal, où se donnent rendez-vous les mineurs et les légionnaires. Après quelques années de labeur, le jeune commis acquiert un hôtel de l’autre côte de la route, puis rachète l’épicerie, qui est aussi pompe à essence, bureau de poste, cabine téléphonique, guichet de transport, salle de bal et enfin restaurant, le premier à ouvrir dans la région…
Tous les acteurs et les réalisateurs de films - ou presque - en tournage à Ouarzazate ont été les hôtes de Dimitri. Des artistes de passage y ont accroché leurs œuvres, comme ce prisonnier allemand de la Seconde Guerre, auteur d’une extraordinaire carte de situation militaire. Des photos dédicacées tapissent les murs de la salle en souvenir de ces illustres clients – dont Hillary Clinton - qui passèrent quelques heures à l’une des tables les plus célèbres du Sud marocain…
Chez Dimitri, 22 avenue Mohammed V, Ouarzazate. Tél. : 00 212 (0) 44 88 26 53
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Comme des châteaux de sable...
Ouarzazate, ainsi que les vallées du Draâ et du Dadès, offrent les plus beaux exemples de ces admirables architectures de terre.
Établies le plus souvent sur des pitons rocheux ou en bordure de falaise, les kasbahs contrôlaient les oasis et leurs voies d’accès, servaient de points de ravitaillement pour les habitants du désert et défendaient les caravanes contre les pillards.
La kasbah de Tiffoultoute, située à cinq kilomètres au nord de Ouarzazate, offre une vue splendide sur l’oued Ouarzazate et la vallée du Saghro. Construite il y a deux siècles et demi, elle a appartenu à la famille du Glaoui avant d’être transformée en restaurant. Son cadre a servi de décor à Lawrence d’Arabie et à Jésus de Nazareth. Les Italiens ont élevé à proximité une Jérusalem en carton-pâte, avec temple de Salomon et église byzantine.
Un peu plus loin de Ouarzazate, dans la direction de Zagora, on peut découvrir la très ancienne et très belle kasbah de Tamesla (la Cigogne), en mauvais état, mais pleine de charme et, ce qui ne gâte rien, encore peu visitée par les touristes. À l’intérieur, les décors d’un énième film sur Jésus ont été abandonnés en vrac : restes de temples gallo-romains, tribunal de Ponce Pilate…
La plus cinégénique des kasbahs, Aït Ben Haddou, site grandiose aux allures de château de sable, a vu se succéder les tournages les plus prestigieux, tels que Lawrence d’Arabie,
Le diamant du Nil, L’homme qui voulut être roi ou Gladiator… Chef-d’œuvre en péril, elle était menacée d’une ruine complète, comme hélas la plupart des autres kasbahs.
Si les intempéries jouent un rôle non négligeable dans ce désastre - les pluies exceptionnellement abondantes des dernières années ont effrité leurs murs de terre et de roseaux - la responsabilité des gens de cinéma, qui laissent souvent après leur passage les lieux de tournage dans un état pitoyable, est aussi lourdement engagée.
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Mahjoub chasseur des serpents
Chez Mahjoub, le visiteur est reçu avec simplicité et chaleur. La maison est proprette, rafraîchie par les courants d’air qui la balaient. Nous sommes à Tamassint, petit village
des faubourgs nord de Ouarzazate, non loin des studios Atlas Corporation. Comme autrefois son aïeul Aït Ben Abderrahman et bientôt, inch Allah, son fils Si Mohamed, Mahjoub parcourt le Maroc de village en village, donnant en représentation les pratiques ancestrales de sa confrérie, les Issawa : exposition au feu, perforation du corps avec des broches et des épées… Mais à l’occasion des tournages, il devient officiellement « ramasseur » des animaux indésirables qui s’invitent sur les plateaux : serpents, scorpions et autres intrus rebutants. Pour écarter tout danger, les productions étrangères l’engagent dès la construction du chantier afin de « nettoyer » chaque décor de ces importuns. Et parfois de fournir quelques figurants un peu spéciaux : cafards, rats, couleuvres, vipères…
Des insectes et des reptiles, Mahjoub en a toujours plein ses poches… et sa maison. Sous le poste de télévision, dans la salle de séjour, quatre serpents assoupis dans une cage attendent un petit rôle, voire, au pire, la visite du représentant d’un laboratoire pharmaceutique. La semaine dernière, Mahjoub a ainsi vendu 3 000 Dh un cobra à un laboratoire suisse. Une somme précieuse pour la famille en ces temps de vaches maigres. Grâce à ses collaborations régulières avec les équipes de tournage – Gladiator, Astérix, Samson et Dalila, Salomon and Sheba - ses revenus étaient ces dernières années réguliers et abondants, de 700 à 1 500 Dh par semaine. Mais la crise est passée par là… Alors, en attendant que l’activité cinématographique renaisse, Mahjoub a repris ses tournées avec ses broches et ses épées. Mais avec un téléphone portable à la ceinture, tout de même…
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Les intermittents
du désert
Ouarzazate puise une bonne part de ses ressources dans le Septième Art. Ses habitants en font autant : le métier de figurant les a attirés un à un. Des familles, des quartiers entiers vivent de ce petit métier, certes épisodique, mais plus nourricier que bien d’autres. Halim,
12 ans, a même quitté l’école pour s’y consacrer entièrement, même si la raréfaction des tournages le contraint en ce moment à vendre des détergents au détail pour subvenir aux besoins de sa famille. Il ne regrette pas sa décision de vivre du cinéma : les bons jours, il peut gagner jusqu’à 500 Dh, une somme que son père peine parfois à gagner en un mois. Voilà pourquoi, depuis quatre ans, il passe plus de temps sur les plateaux des studios que sur les bancs de l’école.
Ses voisins font aussi partie de la « grande famille du cinéma ». Pour la plupart d’entre eux, la figuration était à l’origine un simple complément de revenu. Aujourd’hui, beaucoup ont attrapé le virus et jouent autant par nécessité que par goût. Alors, dès que la nouvelle de la préparation d’un nouveau tournage se répand, dès qu’un réalisateur est aperçu en repérage, tous viennent aux nouvelles. La chance sera peut-être au rendez-vous, avec un petit rôle, ou à défaut un emploi de manœuvre sur les décors.
Les figurants de Ouarzazate sont rompus aux reconstitutions historiques style péplum. Pour la dernière en date,
Astérix et Obélix, mission Cléopâtre, plus de deux mille avaient été sélectionnés pour des rôles d’esclaves, de centurions ou de simples silhouettes dans la foule. Dès l’ouverture des studios, à 7 h 30, ils étaient des centaines, femmes, hommes et enfants, à se presser aux portes…
Quel que soit le tournage, le rituel est le même. Les assistants de production et
les responsables marocains de casting procèdent des heures durant aux sélections. Pour ces professionnels recrutés localement, choisir cent, deux cents ou mille figurants n’est pas une mince affaire, même s’ils connaissent bien les postulants. Pas facile d’éliminer, surtout… En fonction des rôles à pourvoir, les personnes retenues reçoivent une convocation pour l’essayage du costume et signent un contrat stipulant leurs honoraires et le nombre de jours de travail, deux ou trois, parfois une semaine, rarement plus.
Doukkali, figurant « depuis toujours », nourrit sa bonne humeur de ses souvenirs de plateaux. Après dix-sept films, il ne rêve plus que d’une chose : se voir confier un rôle, un vrai, parlant.
Il se souvient que depuis ses débuts, ses cachets n’ont cessé d’augmenter : 25 Dh par jour en 1968, 120 Dh dans les années 90, 180 Dh en moyenne aujourd’hui. Il a d’ailleurs appris, avec le temps, et sa connaissance de quelques mots d’anglais et d’italien lui est précieuse. Sa « gueule » lui a permis de jouer à peu près dans tous les épisodes de La Bible. Entre deux films, il est ouvrier journalier. Il n’est affilié à aucun syndicat, n’est membre d’aucune association et n’a pas d’intermédiaire. Il se présente spontanément au studio qui accueille un tournage. Le quartier qu’il habite, Taourirt, au sud de Ouarzazate, jouxte les studios Andromeda où ont été joués tous les intérieurs de La Bible. L’endroit est devenu une pépinière de figurants et d’artisans, tout comme Tamassint, en face des studios Atlas. À en juger par son sourire, Doukkali est heureux de faire ce métier, même s’il admet que tout n’est pas rose. Un documentaire intitulé Ouarzazate Movies présentait les figurants comme un « petit peuple des tournages » qui fait la fortune des superproductions américaines, mais subit des vexations et des conditions de travail ingrates, au service de films qu’ils ne verront jamais. Pour son auteur, Ali Essafi, les studios du désert ne sont qu’un mirage pour ces prolétaires du 7e Art ; à Ouarzazate, il n’y a de place pour eux que dans la figuration. Même les deux salles de cinéma de la ville, le Sahara et l’Atlas, ne sont que des décors fantômes aux fauteuils défoncés. Elles sont fermées et à vendre... Mais de tout cela, Doukkali ne se soucie guère. Il attend le prochain casting et pourra quand même apercevoir sa silhouette à la télévision, grâce à la parabole. Le rêve peut continuer…
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