L’homme qui parle le langage des plantes
C’est l’histoire d’un
petit garçon amoureux de la nature qui, devenu grand,
a gardé son regard doux et ses rêves d’enfant
: avoir un beau jardin et rendre le monde meilleur...
Il vous accueille,
chapeau vissé sur la tête, dans un grand éclat
de rire. Jalil Belkamel a la chance de plaire tel qu’il
est : gai mais tout en retenue, dilettante et pourtant sérieux,
en totale intimité avec la terre qu'il foule pieds
nus.
Il vit à Marrakech où il est né et
a grandi. Origine populaire, un père commerçant
en vêtements traditionnels, une mère au foyer,
une éducation ouverte... Le gamin est très
tôt captivé par les odeurs des plantes dont
il percera « quelques secrets » vingt ans plus
tard, à la lumière de la science. «
Enfant déjà, je ressentais la nature comme
un tout, un ensemble d’éléments imbriqués
les uns dans les autres. Dès lors, mon défi
a été de chercher à en savoir le plus
possible, sans toutefois tout découvrir. Je tiens
en quelque sorte à rester sur ma faim, à rester
dans le mystère… »
Une carrière de chercheur toute tracée ? Peut-être
pas… L’enfant veut aussi faire comme cette faune
et cette flore en perpétuel mouvement autour de lui.
Il veut les imiter, chanter, danser, s’exprimer :
il voudrait être acteur…
« mais ce sera dans une autre vie, peut-être
! »
Artiste, Jalil le sera tout de même, à sa manière.
Ses plus beaux rôles : universitaire, membre fondateur
d’association, jardinier, docteur ès arômes,
guide prolixe... La scène, il l’a imaginée
lui-même : un jardin, un hectare de terre perché
dans le Haut Atlas, à 840 mètres d’altitude.
Le scénario est écrit : ce sera l’histoire
aux cent actes divers d'une pépinière de plantes
aromatiques et médicinales. Jalil se démène
dans son rôle de producteur.
« Trouver les fonds nécessaires au projet,
quel parcours du combattant ! Pas une banque n’a voulu
me suivre. » Fattah, son jeune frère pharmacien,
l’assiste. Quelques mois de tracasseries et le petit
bout de terre brune
se métamorphose en oasis de feuilles odoriférantes
rigoureusement biologiques. « Ce jardin n’est
pas un simple lieu de promenade ; il est d’abord un
espace de rencontre autour de la plante, qui se raconte
et raconte la région. Il est le cadre idéal
pour faire passer des messages sur les thèmes de
l’alimentation saine, de la santé, tout en
dégustant par exemple des infusions biologiques ».
Le bio, c’est le dada de Jalil. « À travers
les visites, nous cherchons à sensibiliser aux dangers
du chimique. L’agriculture non polluante n’a
rien d’une utopie, elle devient une nécessité
et les Marocains commencent à en prendre conscience
». Un signe encourageant : les séances d’éveil
pour les plus jeunes, très réceptifs, donnent
d’excellents résultats.
Homme de conviction, Jalil Belkamel va plus loin encore
dans son engagement : il veut placer son jardin au cœur
d’un immense programme de recherche et de développement
autour de l’aromathérapie. « Le Maroc
déborde de potentialités, malheureusement
peu exploitées, dans le domaine des plantes aromatiques.
Et les recherches à leur sujet restent le plus souvent
théoriques. Mon ambition avec ce jardin est de les
amener du tiroir au terroir, de les mettre en application.
»
L’étape suivante sera de faire connaître
à l’étranger les plantes bio de la parcelle
- plus de quarante-cinq espèces - ainsi que les huiles
essentielles qui en sont extraites, puis de créer
une demande. Cela pour intégrer la population de
l’Ourika à la culture de ces plantes à
forte valeur ajoutée. « Cet aspect de développement
durable et de création d’emplois est fondamental
pour moi. »
Jalil déborde d’enthousiasme, les idées
fusent, « la nuit surtout ! ». Son rêve
le plus fou : élaborer un langage de communication
entre l’homme et la plante ! Impossible ? Certainement
pas pour cet être à part qui sait, mieux que
personne, comprendre le langage des plantes.