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Rêve de maison
Horizons Marrakech
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Rêve de maison

Dar El Assafir

La maison des oiseaux
texte Sophie Vaïsse - Photos jean-bernard Yaguiyan

Restauré il y a une vingtaine d’années par un entrepreneur suisse qui en a fait son lieu de villégiature, Dar El Assafir est ouvert depuis quatre ans au tourisme. La décoration est très personnelle, mêlant style marocain et meubles du Vieux Continent. Dans des cages et des volières, perruches, perroquets et canaris sifflent et pépient…

 

Dar El Assafir

Grand salon,
côté jardin

Dar El Assafir

La “Douiria” (la petite maison), actuellement
l’appartement “Les hirondelles”

 

Dar El Assafir
Théière d’Aladin, émail et cuivre

Dar El Assafir

Coffre ancien en bois peint, vase et bougeoirs de cuivre

Dar El Assafir

La chambre “Tourterelle”, côté jardin

Dar El Assafir

Le grand salon
fauteuil en moucharabieh et portrait du Glaoui

L’atmosphère d’une maison
de famille…

Bab Doukkala, l’une des portes ouvrant sur le monde bruissant de la médina de Marrakech... Une ambiance de fin de sieste plane sur les ruelles. Derrière murs et portes closes se devine une torpeur qu’on se plaît à laisser un peu durer avant l’agitation du soir. Ici le temps s’est arrêté. Dans le labyrinthe des ruelles ombragées et presque fraîches, le soleil ne pénètre que par coupes vives, diagonales dessinant des symétries brutales sur les murs aveugles.
Situé en lisière de ce monde à part, Dar El Assafir fait la jonction avec
« l’autre Marrakech » : ses fenêtres s’ouvrent d’un côté sur les ruelles étroites de la médina, de l’autre sur une esplanade où, autrefois, s’étendaient des champs de citronniers. Le regard accroche quelques éclats rouge vif, celui des fleurs d’hibiscus qui illuminent tous les jardins des villes marocaines. Voilà pour l’extérieur.
Une fois passée la porte en métal vert de Dar Al Assafir, ce n’est pas un riad que l'on découvre, mais deux, auxquels s’accote une petite maison. Trois lieux, trois histoires… Construits au début du XXe siècle, ils ont été habités jusque dans les années 50, puis laissés à l’abandon. Ils ont connu durant une quarantaine d’années des destins bien différents : l’un abritait jusqu’à la fin des années 1980 un atelier de tapis ; on imagine encore sans peine les silhouettes de femmes assises des heures durant devant leur métier à tisser. L'autre, avec ses murs et son jardin recouverts par les ronces et la vigne vierge, sombrait peu à peu dans la décrépitude ; enfin, la petite maison appartenait à un juge qui y officiait : il y plane l’ombre des destinées scellées à coup de paraphes, des mariages rompus ou des affaires conclues, des litiges et des arrangements pesés aux balances de la justice.
C’est grâce à un homme d’affaires suisse que seront réunis les trois lieux. Restauré, réaménagé, ce vaste espace est alors doté de tout le confort. Quelques murs sont percés, faisant communiquer les différents lieux et donnant du cachet à l’ensemble : couloirs étroits débouchant sur des patios, jardin coupé symétriquement en quatre îlots de verdure, galeries courant derrière les volutes en fer forgé des balustrades. Cette architecture si particulière mêle intimement intérieur et extérieur, puisqu’on ne cesse de passer de l’un à l’autre, ombre des couloirs, lumière des patios, lumière des terrasses, ombre des salons… Recoins, pièces en longueur, irrégularité des marches qui conduisent par des escaliers dérobés à des pièces insoupçonnées, stuc… Le charme opère.
Le lieu doit son nom à l’amour inconditionnel que le maître de maison porte aux oiseaux. Un amour qui s’exprime par la multitude de tableaux les représentant et que l’on trouve accrochés partout. Espèces rares et exotiques, aux noms latins tracés d’une main élégante, cacatoès, perroquets colorés à crêtes flamboyantes, becs recourbés et serres crochues, petites perruches et flamants roses, tous posent dans leurs cadres de bois à marie-louise vert sombre. Dans le bureau situé près de l’entrée, deux oiseaux en bois sculpté observent le visiteur du haut de leur perchoir, et chaque année, de juin à septembre, la vigne vierge qui recouvre un mur extérieur abrite une colonie de moineaux.
Les deux patios distincts, communiquant par une volée de marches, font tout le charme de Dar El Assafir : d’un côté, surplombée par un petit kiosque d’une blancheur immaculée, la piscine, cerclée de zelliges ;
de l’autre un jardin planté d’orangers et de solandras.

Côté jardin

La douceur du lieu tient en partie aux banquettes et aux fauteuils en moucharabieh disposés tout autour du jardin. On rêve d’y passer une après-midi à lire tout en contemplant les coulées de lumière à travers le feuillage… Donnant sur le jardin, une salle à manger de style européen mâtiné de touches orientalistes donne le change. De lourdes chaises Louis XIII entourent une table de belle dimension et un vaste canapé occupe la largeur de la pièce. Deux statues de jeunes Turcs enturbannés et porteurs de lampes apportent une note un peu kitsch. L’effet de cocon est donné par une multitude de tapis dans des tons de rouge profond et d’épais rideaux. Pour ceux qui souhaitent profiter du jardin, une longue table en bois des années 40 est installée sous une gloriette. Attenant à la salle à manger, un salon doté d’une cheminée, d’une bibliothèque et de quelques chinoiseries accueille la seule télévision du riad. Au mur, une toile représentant un Touareg, des tableaux marocains, quelques dessins à l’encre rapportés du Japon. À l’étage, le plafond des coursives est en stuc sculpté à la mode marocaine, comme celui de l’une des quatre chambres qu’abrite cette partie du riad. Des fenêtres dotées de volets intérieurs en bois donnent sur la ruelle qui rejoint le labyrinthe de la médina.

Côté piscine et côté maison

La piscine est l’un des pôles d’attraction de Dar Assafir. Des petites tables, des tapis colorés, des chaises longues sont disposées ici et là, et le kiosque permet d’alterner les envies d’ombre et de soleil. Jouxtant la piscine, on trouve un petit salon à cheminée et grands miroirs dorés. Des chaises torsadées à l’assise capitonnée s’alignent autour d’une table où l’on prend ses repas. À l’étage, deux chambres se font face, reliées par une longue galerie.
Cette même galerie permet d’accéder à la maison du juge, composée d’un salon et de trois chambres. Une énorme lanterne s’accroche à un impressionnant dôme en tadellakt, donnant au salon une luminosité sereine. Meubles en moucharabieh, banquettes, portes en bois sculpté, volets intérieurs, et aux murs, quelques tissus africains… L’endroit baigne dans la fraîcheur et le calme. Un escalier très raide descend vers une petite porte qui s’ouvre sur la médina, comme une sortie dérobée.
Dar El Assafir est conçue dans l’esprit de ces châteaux que le public visite tandis que les propriétaires déjeunent à l’étage, entourés de portraits et de souvenirs de famille. Les martinets zèbrent inlassablement le ciel de leurs ailes noires, leurs cris stridents retentissent dans l’air fraîchissant d’une fin d’après-midi. Bientôt, les moineaux prendront leurs quartiers d’été dans la vigne vierge qui s’élance le long des murs de Dar El Assafir.