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D'une KASBAH l'autre...
Randonnee muletière dans la vallée du Dadès

De montagnes pelées en jardins généreux, de canyons sauvages en plaines souriantes, suivez-nous sur les chemins oubliés de l’Atlas. Ils ne sont certes pas pavés de roses, comme pourrait le laisser croire le nom de la région, mais ils ont le goût de l’aventure et de la découverte.

Sept heures du matin. Il est temps de risquer un œil à travers le volet qui assombrit la pièce où nous venons de passer la nuit. La lumière distillée par les fentes du bois ne laisse aucun doute. Le soleil est là. Miracle ! La veille, la pluie ne nous avait pas lâchés. Parti de Marrakech sous un ciel menaçant, le minibus avait pris la direction de l’est, vers notre point de départ, un hameau perdu au bord de la vallée du Dadès. Surchargé de sacs, de matelas pour le couchage et de toutes nos provisions pour cinq jours de marche, il avait courageusement escaladé de col du Tizi-n’Tichka, bravé les averses et le froid. Même les marchands de cailloux, géodes et autres fossiles vrais ou faux qui squattent habituellement les lacets menant au « col des pâturages » avaient déclaré forfait. À Taddert, le thé à la menthe bouillant, premier d’une longue série, avait fait figure de meilleur moment de la journée avant d’attaquer les dernières pentes et d’atteindre, enfin, les 2 260 mètres qui font de ce passage la plus haute route du Maroc. Car la décision allait se faire là-haut. Les heures passant, les randonneurs faisaient connaissance et, petit à petit, dévoilaient leurs précédentes aventures. Un mot revenait sans cesse : le vent. Il fallait voir d’où venait le vent… Certes, le temps était bouché, le paysage poudré de neige, mais de l’autre côté, il y avait l’espoir habillé en coin de ciel bleu. Hélas, de l’autre côté de la montagne fâchée, Ouarzazate nous attendait sous une chape de nuages essorant à leur tour un quota d’eau inattendu. La journée s’était ainsi passée, à rouler dans des paysages quasi-désertiques, et à guetter une improbable éclaircie. Le bus nous avait finalement abandonnés à la tombée du jour à Aït Youl, quelques maisons basses et carrées plantées au-dessus d’un oued revigoré. Toute la soirée, accroché à son portable, Mohammed, notre guide, avait pris des nouvelles de la météo. Hussein, le cuisinier, s’était chargé de remonter le moral des troupes avec un tajine à faire oublier les intempéries. Puis chacun avait trouvé sa place pour la nuit dans la petite pièce qui nous servait d’abri.
À peine réveillé, tout le monde veut ausculter le ciel en montant sur la terrasse d’où l’on domine la vallée. Un ruban vert de cultures borde une rivière et le petit matin fait rougeoyer les montagnes environnantes. Ouf ! Dans la cour de la ferme, la latérite détrempée colle aux semelles de nos chaussures de marche encore vierges. Les âniers sont déjà là, essayant de partager équitablement les charges entre les bêtes qui, de toutes façons, porteront, on se demande comment, une centaine de kilos chacune. Lorsque le coq se décidera à chanter, bien après l’heure légale et sous un ciel bleu foncé, nous ferons nos premiers pas dans l’Atlas que nous sommes venus découvrir à pied.

L'art de passer un gué

Notre troupe s’engage dans le cours d’un oued très large et mystérieusement à sec alors que son voisin continue de charrier des eaux toutes neuves. Les caillasses arrondies abritent quelques coulées de boue d’où s’échappent des petits crapauds, et les touffes de lauriers roses sont à peine assez épaisses pour nous barrer le chemin. De temps en temps, surgi de nulle part, apparaît un homme appuyé sur un bâton ou une ombre montée sur un âne qui semble glisser sur l’horizon. L’altimètre de Mohammed annonce
1 760 mètres. Des sources brillent sur les pentes arrondies dépourvues de végétation, juste rayées par le passage des troupeaux de chèvres. Trouant les bords de l’oued, des grottes devant lesquelles sèchent quelques hardes annoncent l’habitat de bergers invisibles. On grimpe en silence, avec l’impatience de la découverte... La vallée de Tam Glouna se rétrécit au fur et à mesure de la montée jusqu’à ce qu’on se faufile entre des falaises dont les reliefs dessinent d’étranges silhouettes propices à une foule de légendes. Après la pause déjeuner, ce sera la descente dans une nouvelle vallée. Au-dessus du torrent, les jardins semblent suspendus, piqués d’amandiers et de figuiers aux feuillages vert tendre. À l’approche d’un village, des enfants nous suivent en silence. Des garçons… Les filles, elles, s’activent autour des réserves de bois, ou plutôt de brindilles, qu’elles ont glanées dans les environs et qu’elles calent dans la pente avec des pierres. Lorsque nous retrouvons la rivière, elle vire à angle droit. Il faut traverser les jardins et les marécages avant de gagner le chemin caillouteux qui nous conduit en surplomb du village d’Imghren, assoupi dans une espèce d’oasis. Une foule de gamins nous accompagne avec la litanie habituelle : « Donne-moi un stylo, donne-moi un bonbon, donne-moi un dirham… » Ce n’est pas toujours facile à faire, mais les spécialistes conseillent de répondre
par un sourire… C’est donc en cortège que nous nous dirigeons vers notre halte du soir, à la sortie du village. Hélas, le terrain est tellement détrempé qu’il est impossible d’y planter les tentes. On décide de passer la nuit au gîte qui se trouve de l’autre côté de l’oued en crue. Sous les yeux d’une foule amusée, certains passeront le gué à pied, non sans quelques frayeurs… Les moins téméraires attendront les ânes. Une patience récompensée puisque la caravane improvisée montera directement au village, les exemptant du dernier kilomètre de marche. Le soir, les âniers prendront leurs tambours, Mohammed son banjo déglingué pour improviser un concert de bienvenue avant un dîner bien chaud et une nuit presque confortable.
C’est le lendemain que les choses sérieuses commencent. À la sortie du village, le sentier longe un canal d’irrigation puis attaque sérieusement la falaise. Une heure et demie de grimpette nous attend pour un dénivelé d’un peu plus de trois cents mètres. Ce sera l’épreuve la plus violente de notre escapade. Le but atteint, chacun reprend un souffle coupé autant par la montée que par la vue. Tandis qu’un aigle dessine des ronds au-dessus de nos têtes, l’œil peut récapituler le chemin parcouru. Au loin, on devine les maisons d’Imghren nichées dans la verdure. À nos pieds, l’oued gronde en sourdine au fond du canyon. Entre l’eau et la muraille de pierre, une ferme isolée semble abandonnée tandis qu’alentour des cultures alignées avec soin prouvent exactement le contraire. De l’autre côté du décor, la montagne est couverte de tables de schiste piquées d’une maigre végétation. Quelques chemins dessinés tout en courbes descendent pour se perdre au fond des vallées et, dans le lointain, la montagne bleutée de brume semble inaccessible : l’Ouaougalzate culmine autour de 3 600 mètres et l’Eziti Aitimi de 3 200 mètres. Après le pique-nique, bien chaud comme tous les jours, l’étape, trop courte au goût de certains marcheurs invétérés, nous conduit vers l’immensité du plateau d’Alam Doum où deux ou trois fermes s’abritent comme elles peuvent de tous les vents. Occupé à refaire son toit, des lamelles de bois posées côte à côte et patiemment recouvertes de terre, le propriétaire descend de son échelle pour accueillir ses visiteurs. Le traditionnel thé de bienvenue sera servi au « salon », une petite pièce de terre battue couverte de rabanes dont les murs portent pour unique décor une vieille publicité vantant les charmes de la télévision et de la voiture. Ensuite, ce sera le montage des tentes au cours duquel les enfants de la ferme se révéleront plus doués que certains campeurs.

D'oued en oued, de jardin en jardin…

Au petit matin, le silence et la fraîcheur enveloppent le paysage. Et ce qui pourrait passer a priori pour un désert s’éveille à la vie. Une jeune fille se rend au puits, une femme cueille quelques légumes dans son jardin, une famille sort de sa maison. Au loin, un homme passe sur son mulet, puis de l’autre côté d’autres hommes sur leurs chevaux laissant deviner sur la terre vide d’imperceptibles chemins.
Du plateau, nous redescendons dans la vallée vers le village d’Alam Doum installé au bord d’une vaste plaine verdoyante. Dans le creux du village, un grenier communautaire en ruine, vieille bâtisse de terre et de bois... De l’autre côté de la plaine qui offre de saisissants points de vue sur les montagnes, le village de Taourirt, perché sur un rocher aux allures de mille-feuille, se prendrait presque pour une forteresse. Les femmes en descendent en file indienne pour aller battre leur linge à la rivière. Une rivière qui s’étire paisiblement et coule des eaux claires, contrairement à celles que nous avons rencontrées précédemment. Quadrillées comme des rizières, les parcelles cultivées donnent de l’orge pour les hommes et la luzerne pour les animaux. Après avoir sauté de jardin en jardin au rythme des battoirs, nous atteignons l’entrée des gorges d’Assif Qati. Ce n’est pas la moindre surprise de cette randonnée : chaque jour, et souvent plusieurs fois par jour, elle nous fait traverser des paysages totalement différents. En quelques minutes de marche, la vallée s’étrangle en un goulet où un nouvel oued glisse tout rouge sur ses galets. Tous les cent mètres, il faut y jeter des pierres pour improviser un gué. À la sortie des gorges, la vallée s’élargit pour laisser apparaître les jardins piqués de figuiers et cernés de ces fameuses haies de rosiers qui ont fait la réputation de la région. Le village d’Agouti s’étire sur fond de vert et d’ocre où viennent se fondre les terrasses des maisons en pisé. La Kasbah d’Agouti se détache de cette uniformité chromatique grâce à son surprenant torchis couleur pistache. De son sommet, le regard domine l’ensemble du vallon. La descendance de l’ancien chef du village y perpétue une longue tradition d’accueil et sert le thé dans un vaste salon. L’endroit a dû être plus fastueux. Sur le mur vide une inscription a bravé les siècles : « Toi aussi, tu dois mourir ». Sans doute pour rappeler aux puissants les limites de leur pouvoir… Le soir tombe doucement, fait virer l’ocre au rouge et rassembler les hommes au pied du minaret de la mosquée. Et la marche reprend à travers les jardins. Ce soir nous camperons au pied du village d’Aznag qui semble à moitié abandonné, mais dont jaillissent sans tarder des grappes de gamins. Le lendemain, nos pas nous mènent vers Bouthragar, le seul gros bourg que nous aurons l’occasion de traverser. Son ksar garde l’entrée de la vallée du M’goun. Hélas, les eaux trop hautes nous empêchent de suivre le lit de la rivière. Notre caravane s’étire en empruntant la route qui mène au col pour rejoindre la vallée, de l’autre côté de la montagne. Au sommet, le « chergui », le vent de sable, souffle gaillardement et l’altimètre de Mohammed marque 1 900 mètres. Partis bien après nous, les ânes nous rejoignent et passent leur chemin comme s’ils étaient pressés de retrouver un décor plus clément. Cette fois, la pierraille sera notre terrain d’aventure. On devine à peine le chemin, une timide ligne blanche qui descend en zigzag dans la caillasse. Le pique-nique de midi sera servi dans ce fantastique décor minéral, à l’abri d’un muret qui doit servir d’abri aux moutons.
Ce sera ensuite la dernière étape vers Tabarkacht et son gîte, installé dans une maison ancienne qui nous réservait la suprême récompense : en nous attendant, le propriétaire avait mis quelques bûches sous un minuscule hammam, coincé au fond d’une petite salle d’eau. Bien trop petit pour un marcheur moyennement constitué, mais source d’un plaisir inversement proportionnel à sa taille.
Au petit matin, comme pour fermer la parenthèse, quelques flocons de neige salueront notre départ pour Marrakech…

KASBAH

Mignonne allons voir ...

Selon la légende, ce sont des pèlerins berbères de retour de la Mecque qui auraient acclimaté la rose de Damas dans leurs vallées. C’est au mois d’avril que les roses fleurissent dans les haies encadrant les cultures savamment irriguées. Les fleurs sont distillées dans deux usines dont l’une est située à El Kelaà M’Gouna où a lieu chaque année, en mai, la Fête des Roses. Dans les boutiques de la vallée vous trouverez de l’eau de rose, des parfums et des savons à la rose. Une fleur parée de toutes les vertus puisqu’elle a le don d’éloigner les maléfices.

randonnée

 

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Pratique

Cette randonnée de 8 jours/7 nuits (dont 5 jours de marche), que nous avons accomplie en mars, est organisée par La Balaguère. Elle comprend deux nuits d’hôtel à Marrakech, l’hébergement se fait ensuite sous tente ou en gîte. Tarifs : de 720 à 880 euros selon les dates de départ. Sont inclus les vols A/R Toulouse-Marrakech (compter 30 euros de plus aux départs de Paris, Nantes et Lyon) et la pension complète, sauf les déjeuners du premier et du dernier jour.
Les départs sont garantis à partir de 5 participants et les groupes ne dépassent pas 14 personnes.
Les accompagnateurs sont tous diplômés, originaires de la région et francophones.
Il faut compter de 5 à 7 heures de marche par jour.
Le portage des bagages est effectué à dos d’âne.
Il est possible de jumeler ce voyage avec un autre pour découvrir, par exemple, le Jbel Saghro ou les dunes et les oasis du sud marocain. Le catalogue de La Balaguère, spécialiste du voyage à pied, propose une douzaine de circuits dans l’Atlas, dans le désert
et sur la côte atlantique, du côté d’Essaouira.

Les Plus
Une balade originale à l’écart des grands circuits.
Un itinéraire bien conçu qui varie constamment les paysages.
Un accompagnement aussi discret qu’efficace.
Des repas chauds à la halte du midi.

Les Moins
Peu de rencontre avec les populations locales.
Le confort est annoncé comme « saharien » et
« basique ». Il est trop souvent à la limite de l’hygiénique… La nature étant ce qu’elle est, un minimum d’infrastructures, même le strict minimum, rendrait ce voyage beaucoup plus agréable.

Renseignements et réservations
La Balaguère, Route du Val d’Azun, BP 3,
65403 Arrens-Marsous Cedex
N° indigo : 0 820 022 021
e-mail : labalaguere@/labalaguere.com

Quand y aller ?
De préférence au mois d’avril, la saison des roses.
Les personnes craignant la chaleur éviteront les mois de juin et d'octobre.
La Balaguère ne programme d’ailleurs pas cette randonnée en été.

S’équiper
Cette randonnée s’effectue à des altitudes avoisinant souvent 1 800 mètres. Prévoir des vêtements chauds pour les soirées, et même pour la journée si l’on décide de partir au mois de mars ou en hiver. Prévoir également un sac pour la journée et une paire de chaussures de rechange pour l’éventuel passage des rivières.

Santé
Aucun vaccin n’est exigé pour entrer au Maroc. Une pharmacie de voyage se révèle très utile pour soigner les petits bobos et les ennuis intestinaux qui résultent parfois d’un brusque changement d’habitudes alimentaires.
Indispensable : chapeau, lunettes et crème solaire.