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Rêve de maison: villa, riad et maison d'hotes à Marrakech

















Jnan Lotf, jardin subtil…

le nom ne pouvait être mieux choisi. Une subtilité qui n’étonne guère quand on a la chance de croiser
sa créatrice, Nadia Benmoussa Chami, architecte, décoratrice et adepte du feng shui.
Il y a quelques années, le projet de réaliser cette maison a germé. De trois hectares de terrain en friche, sur la route de l’Ourika, elle a fait
avec amour et patience un petit paradis.

La partie commune, conçue en forme d’étoile, permet de jouir d’une vue à 360°.
La chambre « Ethna », d’inspiration africaine et aux lignes sobres.
Des bracelets africains sur les portants du lit à baldaquin d’« Ethna »...
Avec ses petits galets, la « Gal’Art» rend hommage à la Terre.

Un paradis sans jardin ne serait plus un paradis. Nadia commence par diviser ce vaste terrain en trois carrés. Le premier est planté d’oliviers d’Espagne — pour le goût particulier de ses fruits — et du Maroc — pour ses olives mais surtout pour sa beauté. Dans le deuxième, elle plante, toujours en carré, des arbres fruitiers à fleurs blanches, entourés d’oliviers. À leur pied, de la luzerne pour le bétail des villageois et un potager — tomates, aubergines, petits pois, variété de légumes miniatures et allée d’herbes aromatiques — pour la cuisine qu’elle veut entièrement bio. Un peu plus loin, une collection d’agrumes surprenants, comme ces pamplemousses en forme de petits citrons, ou roses, juste
pour la couleur. Sur la droite, elle donne vie à ses souvenirs de voyage : flamboyants d’Afrique, tulipiers du Gabon, palmiers d’Australie et de Cuba…
Le troisième carré est entièrement construit. Passé la porte d’entrée, une allée de quatorze tours de hauteurs décroissantes — 0,9 fois plus petite que la précédente — trace le chemin jusqu’à la maison d’un rouge orangé lumineux. Au sol, des galets, du cèdre, des pierres de l’Ourika, du gypse et
des sculptures africaines. S’annonce ainsi le thème de chacune des cinq chambres. Le bâtiment principal, aux angles surmontés de roches volcaniques de Meknès sculptées en fleur de lotus, a été pensé selon les principes du feng shui, cet art ancestral chinois basé sur l’harmonie des énergies dans l’habitation. Les perspectives ont été réalisées dans l’objectif de laisser entrer la lumière mais non le soleil, qui n’effleure que discrètement les pièces.
Au rez-de-chaussée se situe la chambre « Terre Ourika ». Brute ou travaillée, la pierre de la région y est omniprésente : à la tête du lit — sculptée et peinte de nuages tibétains —, en guise de poignées de porte et d’armoire, pour soutenir les miroirs, dans la salle de bains — taillée pour le sol de la douche, autour de laquelle court une seghia — brute pour former la vasque du lavabo… À cette pierre, Nadia a associé du bois africain pour les armoires, des œufs d’autruches pour agrémenter les embrasses de rideau en graines, du tissu indien brodé main pour le couvre-lit…
On trouve au même niveau la « Gal’Art », une chambre qui rend hommage à la Terre. Partout des petits galets, au sol, sur les murs… Quant au hammam beldi, symbole de l’union entre la terre et l’eau, il reconstitue en quelques mètres carrés le cycle de la vie. La seule fantaisie de cette chaambre épurée réside dans ce rouge apposé par petites touches dans la salle de bains, à la tête du lit, sur l’armoire en bois d’Afrique noire. Son lit très bas, recouvert d’un couvre-lit plié selon une technique japonaise, achève de compléter l’ambiance très zen de la chambre.
La dernière chambre du rez-de-chaussée, la « Cristal Gypse » doit son nom à ce minéral du sud du Maroc que Nadia a utilisé brut, charmée par sa transparence et sa fragilité. Elle en a recouvert la cheminée, en a fait des luminaires, une table basse, des portes d’armoire... Le couvre-lit et les coussins autour de la cheminée sont en angora de chèvre mélangé à du lin, les tapis en feutrine rouge, couleur encore ici très utilisée, en particulier pour les accessoires. La baignoire, encastrée dans le sol, en tadellakt beige clair, a vue sur les oliviers et la piscine.
À l’étage — on y accède par un escalier en tadellakt gris foncé aux marches recouvertes de dalles en pierre de l’Ourika — se trouvent les deux dernières chambres, agrémentées comme les autres de terrasses privatives.

« Terre Ourika », « Cristal Gypse », « Cèdr’Atlas »...
Trois chambres, trois ambiances.
La « Cédr’Atlas » a été conçue avec des troncs millénaires de l’Atlas : tête de lit — en cèdre et laiton, rehaussée d’un poème en arabe classique —, table, console, plinthes, porte-serviette, coffrage dissimilant les tringles des rideaux… et, puisqu’ici rien ne se perd, les chutes ont servi à créer une frise qui borde au sol toute la chambre. Le dessus-de-lit et les rideaux sont r’bati, brodés au fil de soie, les tables de chevet en gypse et les embrasses de rideau en billes de bois emprisonnant un œuf d’autruche.
Une vaste terrasse commune mène à la chambre « Ethna », d’inspiration africaine, aux lignes sobres, enduite, au sol comme au mur, de tadellakt gris foncé. Des bracelets africains surmontent les portants du lit à baldaquin, recouvert d’une étoffe en fil de coton brodée. Masques africains en cuivre martelé, coussins en peau, cornes de bois sculptées et statuettes complètent cette ambiance ethnique. Dernière touche : la baignoire de tadellakt gris et rouge, conçue en porte-à-faux, qui surplombe le jardin et les oliviers, face à l’Atlas.
La vaste piscine à débordement, d’où semble partir la seghia qui fait le tour du jardin, sépare ce premier bâtiment de la partie commune. Conçue sous la forme de deux carrés emboîtés en forme d’étoile, elle permet de jouir d’une vue à 360 ° et, comme le précise Nadia, de permettre à l’air de circuler librement. On y retrouve les matériaux qui dominent dans le premier bâtiment : cèdre, gypse, pierre de l’Ourika, galets, masques africains… C’est ici que Nezha, la cuisinière et gardienne de ce temple si serein, fait goûter ses potions secrètes. Mélanges de fruits et de légumes — du jardin ! —, ses jus surprennent tout autant qu’ils ravissent. Bonheur des yeux,
Jnan Lotf l’est aussi du palais… Ceux qui auront la chance d’y séjourner découvriront que c’est bien plus encore. Mais il est des plaisirs que l’on ne saurait décrire sans les dénaturer…

 



 












Hôtel des Arts
Rencontre du 3e type

Inclassables pour les uns, trop avant-gardistes pour les autres… Certains tours de force déconcertent au premier abord… Ainsi en est-il de cet ovni hôtelier surgi
de l’imagination d’un visionnaire...
De Londres au continent sud-américain, de la Catalogne à l’Océanie, des Indes à Casablanca, de Warhol à Botero,
l’Hôtel des Arts invite à un déroutant voyage dans un monde onirique…

Hôtel, village international d’artistes, musée de création contemporaine, galerie d’exposition, spa, centre de congrès… C’est à un vagabondage planétaire qui gomme les frontières et fait bouger les lignes que nous convie Aziz Lazrak, architecte visionnaire, designer et sculpteur, lauréat du prix Aga Khan d’architecture 1986.
Il semble ici avoir voulu tutoyer la quadrature de son propre cercle. L’Hôtel des Arts est, en effet, une autre manière de voir, un espace à géométrie variable qui, sans pasticher le passé, nous propulse dans une modernité ludique, à l’antipode des diktats du « bien-bâtissant ».
Ils n’auront sans doute pas été les seuls, les habitants de la petite commune balnéaire de Dar Bouazza, située à une vingtaine de kilomètres au sud de Casablanca, à s’ébahir et à s’interpeller au spectacle de l’enracinement de cet audacieux patchwork de couleurs, de matériaux, de formes… Et comment, en effet, ne pas se sentir fasciné par l’architecture du spa Les Cinq Sens, du Centre de congrès et du Centre d’art, avec leurs puits de lumière, leurs verticales sans fin, leurs passerelles et leurs respirations végétales ? Qu’on l’aborde du côté pile ou du côté face, le kaléidoscope de cette nébuleuse universelle et multi-dimensionnelle garde cependant une unité de sens, sans laquelle on s’égarerait. Comme si le soin de ne rien laisser au hasard était le pendant naturel de la liberté d’être et de créer…

Des harmonies que l’on aurait
jurées impossibles...

« Dar Bouazziste » de la première heure, c’est après de longues années de patience qu’Aziz Lazrak acquiert face à l’Atlantique ce lopin de terre, où se dresse un four à chaux du XVIIIe siècle qui sera l’épicentre du projet architectural et culturel, la pierre angulaire de cette Villa Médicis d’un nouveau genre. Il abritera le musée d’Art contemporain, au voisinage direct de la très « gaudíenne » résidence pour artistes migrateurs venus séjourner dans l’un des quarante appartements. Au sous-sol lumineux s’articuleront, modulables à l’envi, les ateliers collectifs ouverts à toute forme de création, l’auditorium et la galerie d’exposition.
Mais très vite s’impose à lui l’idée d’une structure hôtelière luxueuse. Ce sera alors une débauche de créativité et
de technologie, aboutissant à
des harmonies que l’on aurait jurées impossibles entre l’anguleux et le galbé, le bois et l’acier, le verre et la roche,
le béton et la mer… Où le « dedans » se jouerait du « dehors ». Où le « dessous » se serait affranchi de l’emprise du « dessus ». Un sanctuaire pour les couleurs aussi, qui sont, comme son créateur le rappelle invoquant Luis Barragán, un matériau de construction à part entière. Ainsi en est-il de la réception, en apparence froide et au modernisme sans concession, où s’allient le rouge vif et le gris anthracite, et qu’égaye un lustre tentaculaire aux filaments électriques multicolores. Le restaurant des « Cinq Vénus », du nom de ces sculptures façonnées par le maître des lieux dans le goût de Botero, voit parader les cinq continents sous la forme de femmes aux proportions généreuses. Loin de voler la vedette à cet espace orné de parois de verre, de bois peint, de structures métalliques, elles lui donnent comme un supplément d’âme. À l’autre extrémité, l’escalier circulaire menant aux terrasses et aux salles de séminaire se joue de la saillie en équerre sertie des rectangles de lumière dans laquelle il s’insère…
Par la rue des Arts, au détour du bar « Le Repos du Guerrier » et du jazz club, au dépouillement sophistiqué, on accède au bâtiment « corbuséen » de l’hôtel, ses vingt-deux chambres, ses onze suites junior et les superstars que sont ses douze suites ethniques qui, chacune, ouvrent sur un micro-jardin rappelant le pays qu’elle représente. Citons la « Bollywoodienne » indienne au fauteuil Louis XVI peint à la bombe, l’Africaine, avec sa hutte intérieure et son jardinet en terre battue, l’exubérante Catalane qui ne déplairait pas à un Pedro Almodóvar de passage, l’Océanienne dont les parquets, le lit en mezzanine et la cheminée encastrée dans un mur de pierre aux motifs tribaux ont eu la préférence de Michel Jonasz. Ou encore l’Anglaise, version pop’art à la Andy Warhol avec son pouf de piscine en plastique mauve fluo. Enfin, si tant est que l’ensemble puisse répondre à une logique ambulatoire déterminée, on empruntera l’ascenseur panoramique menant au toit de l’édifice, où l’on découvre une piscine suspendue entre ciel et océan, et où un dragon fantastique fait un clin d’œil à l’œuvre de Niki de Saint Phalle. C’est de là, devant un horizon qui s’offre à 360°, que l’on comprend mieux le savant dessin du parc déployé en contrebas, qui laisse aux promeneurs, malgré sa modeste superficie, une impression de vagabondage sans limites. On devinera, à son orée, la verrière chapeautant le bassin du spa, d’où sortent des curistes peut-être rajeunis et embellis, en tout cas ressourcés.
L’Hôtel des Arts et l’ambitieux projet dont il est le centre de gravité n’a pas fini de fasciner et d’intriguer. Sur son orbite culturelle, il a initié une révolution esthétique, à la fois vivante et cosmopolite. Et en nous offrant d’explorer d’autres voies, il a élargi notre champ des possibles.

Vénus callipyges
à la Botero, ou cheminée sculptée
de mains aborigènes...

Hutte africaine, clin d’oeil à Gaudi ou à Niki de Saint Phalle, l’Hôtel des Arts rend hommage à toutes les sensibiltés artistiques...