Samira Haddouchi, l’émancipation
à la pointe de l’aiguille
Symbole d’une tradition immuable
transmise de mère en fille, le caftan troque peu
à peu ses lignes droites pour des influences plus
modernes. Samira Haddouchi fait partie de cette génération
de créateurs qui opèrent cette douce révolution.
Pieds nus, vêtue de noir et de vert, Chimène
Badi entre en scène sous les applaudissements d’un
public casablancais doublement conquis : la chanteuse porte
ce soir, avec fierté, ses origines maghrébines.
Elle a choisi pour cette occasion un caftan signé
par l’une des stylistes les plus courues du moment
: Samira Haddouchi. Jeux d’épaules, roulements
de hanches… les youyous fusent. Surprise et amusée,
Chimène Badi joue de cette réaction suscitée
par sa tenue. Chacun de ses mouvements se termine dans un
froufrou d’étoffes.
Lignes souples couleurs chatoyantes, les caftans de Samira
Haddouchi confèrent une grâce tout orientale
à celles qui les portent, qu’elles soient marocaines
ou… stars égyptiennes, telles l’actrice
Ilham Chahine et la réalisatrice Inès Dgidi,
séduites elles aussi par les créations de
la jeune styliste.
« Le caftan fait partie intégrante de nos tra-ditions.
Pas un mariage, une fête familiale n’a lieu
sans que les fem-mes n’en commandent un pour l’occasion.
Ce rituel immuable, nous sommes quelques créa-teurs
à le faire évoluer en proposant des tenues
plus modernes. La femme, au Maroc,
s’émancipe. Il est nor-mal que ce qu’elle
porte suive ces chan-gements », explique ainsi Samira.
Pas question, pourtant, de s’éloigner de certaines
conven-tions. « Les femmes d’aujourd’hui
se battent pour leurs droits et
pour que les choses évoluent. Elles veulent être
modernes sans pour autant bousculer les traditions. C’est
ce que j’essaye de leur proposer : des tenues parvenant
à concilier les deux. » Samira va
même plus loin : elle vient de créer sa propre
ligne de prêt-à-porter, pour une mode maro-caine
de tous les jours. « Le caftan n’est pas un
habit que l’on peut mettre quotidiennement.
En revanche, il mobilise un important savoir-faire qu’il
me paraissait important d’exploiter. Pourquoi ne pas
mettre de la sfifa sur de jolis chemisiers ? Là encore,
c’est une façon de préserver une certaine
tradition tout en la rendant moderne et adaptée à
la femme d’aujourd’hui. » Après
un premier showroom à Casablanca, Samira a l’intention
d’ouvrir bien-tôt d’autres points devente
à Dubaï, Bahreïn, au Koweït, en égypte,
des pays où les femmes sont également friandes
de ce métissage.
« J’ai grandi à Tanger, face à
l’Espagne… face à une Europe qui nous
faisait tous tant rêver. Et même si nous parlions
espagnol couramment, nous restions très jaloux de
notre culture et de nos traditions. à travers mes
créations, ce que je veux transmettre, c’est
cet univers ouvert,
mais riche des codes très particuliers dans lequel
j’ai évolué. »
