Pierre bergé
Faire l’esquisse, sur une
page, d’un homme aux mille et une facettes, d’un
homme aux mille et une passions, c’est un peu comme
vouloir saisir d’un seul regard les mille et une couleurs
du jardin Majorelle. Mais ne nous perdons pas dans cette
palette de nuances et dessinons à grands traits la
silhouette de ce personnage hors du commun et pourtant bien
de notre temps. Pierre Bergé est un homme qui investit
et qui s’investit sans compter, avec force et conviction,
tour à tour homme d’affaires, patron de presse,
défenseur de causes humanitaires ou politiques, directeur
de théâtre, administrateur de scène
lyrique, amateur d’art, bibliophile, collectionneur…
Alors, boulimique, Monsieur Bergé ? Non, juste à
sa place, discrètement, sincèrement, loyal
envers ses aspirations et ses rencontres de coeur.
Élevé à La Rochelle par des parents
épris de musique et de littérature, très
jeune il « sait » intimement que sa vie sera
empreinte du domaine de la création. Est-ce la certitude
d’un destin viscéralement lié à
l’art qui lui attirera les amitiés et les collaborations
des plus illustres artistes et écrivains de son temps
? Moins d’un an après son arrivée à
Paris, et âgé d’à peine vingt
ans, il fréquente, entre autres, Giono et Cocteau,
qui nourriront sa passion pour la littérature et
avec lesquels il restera lié jusqu’à
leur mort. Bernard Buffet lui ouvrira les portes de son
atelier et il gèrera sa carrière pendant huit
ans, jusqu’au mariage du peintre avec Annabel. Mais
une autre rencontre choc l’attend : celle d’
Yves Saint Laurent. Ensemble, ils fonderont en 1961 la maison
de haute couture Yves Saint Laurent, qui deviendra, grâce
à ses talents de financier et à son sens aigu
des affaires, une multinationale du luxe. En 1966, il lance
Saint Laurent Rive gauche, selon une nouvelle formule du
prêt-à-porter de luxe : les modèles
sont réalisés par un industriel extérieur
et diffusés dans des boutiques franchisées.
Parallèlement, il dirige le théâtre
de l’Athénée-Louis Jouvet jusqu’en
1981, soutient François Mitterrand dans sa campagne
présidentielle de 1988, année au cours de
laquelle il est nommé président de l’Opéra
de Paris, poste qu’il occupera jusqu’en 1994.
Les années 1990 le verront s’engager pour des
causes humanitaires : il est ambassadeur de bonne volonté
de l’Unesco, co-fondateur et président d’«
Ensemble contre le Sida ». Il publiera également
deux livres, dont une biographie : Liberté, j’écris
ton nom (éditions Grasset, 1991). Yves Saint Laurent
Couture ferme en 2003, mais les deux amis décident
de prolonger l’histoire de la maison et créent,
dans leurs anciens locaux rénovés de l’avenue
Marceau à Paris, la Fondation Pierre Bergé
- Yves Saint Laurent, qui accueille rétrospectives
et expositions, et où, un jour, leurs propres collections
d’objets d’art prendront place…. En l’an
2000, enfin, il décide avec Yves Saint Laurent de
restaurer le jardin Majorelle à Marrakech, apportant
sa sensibilité artistique à cette oasis de
rêve et de mystère qui porte peut-être
en elle, qui sait ?, outre toute la palette de son jardin
secret, une nuance du bleu de l’île d’Oléron…