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Le
5inq Lorsqu’un restaurant,
affublé du très cosmétique vocable «
lounge », nous est chaudement recommandé par
la nomenklatura locale, notre visite gastronomique prend vite
un tour d’enquête méticuleuse : méfiants,
nous aiguisons par deux fois notre sens critique, nos papilles
sont au garde-à-vous et notre odorat se met à
l’affût.
Une première inspection des lieux ne révèle
aucun maquillage douteux, bien au contraire. Sur un fond sonore
teinté d’un jazz quasi spectral, l’unique
et vaste salle de réception se pare d’une suite
d’arcades serties de pierres taillées conférant
à l’ensemble une agréable solennité.
Le côté « intérieur design »
joue avec élégance la carte du zen contemporain
grâce à un mobilier fait de bois sombre côtoyant
de confortables banquettes et chauffeuses pourpre, chocolat
et ocre fauve. L’éclairage a, lui aussi, le beau
rôle. Les abat-jour tissés de lin aux dimensions
spectaculaires sont signés Johnatan Amar, un décorateur
bien connu dans le milieu pour avoir fait ses preuves au Costes
à Paris et au Comptoir-Darna à Marrakech. De
fil en aiguille, le sentiment d’avoir affaire à
un vrai professionnel se précise…
Si pour Anne-Marie Teillou, solide Parisienne native du Pays
basque espagnol, le souci esthétique est légitime,
il ne saurait faire oublier que l’essentiel est ailleurs…
Et cet ailleurs justement, nous en avons un parfait avant-goût
dès la mise en bouche : duo de champignons vraiment
de Paris et de copeaux de parmesan réellement de Parme
! Un détail, certes, mais qui a son importance. Car
si notre toque est une farouche partisane des produits locaux,
elle ne peut concevoir un jambon Serrano made in Casablanca.
À chacun son métier, à chaque région
ses spécialités, nous dit-elle. Le ton est donné.
Les faussaires n’ont qu’à bien
se tenir. Avec une mère autrefois chef de cuisine au
Georges V et – malgré ? - un passé d’enseignante,
elle avoue que c’est en goûtant aux meilleures
tables de l’Hexagone, et peut-être aussi par atavisme,
qu’elle s’est enfin décidée à
entrer dans la carrière. Après avoir ouvert
une brasserie dans le 9e arrondissement de Paris et un bar
à vins rue de la Roquette, son insatiable curiosité
l’a fait passer, le temps d’une saison, entre
les mains expertes de Martin Berasategui, un complice de renom
qui aime ouvrir des pistes… Toujours en recherche créative,
joviale, jamais avare de paroles et foncièrement exigeante,
surtout envers elle-même, Anne-Marie exècre la
routine. Quand elle n’est pas dans « son labo
» ou sur les marchés, elle s’asseoit volontiers
à la table de confrères pour scruter, sentir,
toucher, tester et, par-dessus tout, échanger. Sans
doute a-t-elle pu rire à notre vue : deux espions s’échinant
à vouloir faire parler une araignée émiettée,
gratinée, servie sur son dos et accompagnée
d’une vraie purée de pommes de terre fumées,
puis livrant à une enquête poussée un
œuf cocotte au bleu et parmesan. Interrogatoires inutiles
: ces mets auront très bien parlé d’eux-mêmes.
Ils sont à l’image de leur créatrice :
gourmands, sans concession aucune et savoureusement communicatifs.
Minuit sonne, le moelleux au chocolat et son coulis tiède
de caramel au lait fait son entrée en scène
: tout seul, tout chaud, tout noir, pour le dernier acte d’une
pièce mise en scène et jouée
à la perfection…
Les plus
Un chef omniprésent en cuisine
L’atmosphère chic et décontractée
Le moelleux au chocolat
Le 5inq
7, rue Youssef El Fassi, Essaouira. Tél. + 212 (0)
24 78 47 26. Email : annemariett@hotmail.com
Uniquement le soir. Fermé le mardi. Réservation
recommandée.
N’accepte pas les cartes de crédit.
Compter entre 50 et 100 Dh pour les entrées ;
de 80 à 130 Dh pour les plats ; de 25 à 50 Dh
pour les desserts.
Grande carte de cocktails, vins et spiritueux (vins au verre).
Formule brunch à 130 Dh
les samedis et dimanches; à partir de 12 h,
toute la journée (tapas : de 10 à 50 Dh). |
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Villa
Nomade
L’un des vrais bonheurs d’un
dîner en médina, c’est cette balade dans
le labyrinthe d’un derb à la recherche de l’adresse
convoitée. Quelle surprise nous attend au bout de cette
ruelle, au fond de cette impasse ? Rares sont en France les
restaurants qui ne se signalent pas aux yeux des passants,
de très loin parfois. Ici, le mystère des murs
aveugles reste complet, jusqu’au moment où l’on
pousse une porte qui serait comme les autres si son bois n’était
mieux verni, ses cuivres plus astiqués. Va-t-on se
retrouver dans un patio à l’ombre d’un
bananier, dans une salle ornée de stucs et de zelliges,
sur une terrasse ou sous une tente caïdale ? Tout est
possible, et cette incertitude est un délicieux teasing
qui sollicite la curiosité des papilles.
Passé l’entrée de la Villa Nomade, nous
voici conduits à travers un lacis d’escaliers
de bejmat ponctué de zelliges, le long de parois de
tadellakt couleur sable, où courent des niches ornées
d’objets choisis. L’inspiration ethnique du décor
ne cible pas seulement les arts marocains, mais ceux du monde
entier : artisanat de Chine, d’Asie centrale ou d’Afrique…
Le restaurant est organisé sur deux niveaux grâce
à une mezzanine, sans compter l’immense terrasse
d’où le regard plonge sur le patio arboré
du riad adjacent, centré autour d’un bassin gorgé
de fleurs. Du premier niveau, aux pilastres de bois sculptés
d’entrelacs encadrant des capitons d’un cuir rouge
vif, s’élève une imposante cheminée,
ouverte également en mezzanine, l’ensemble étant
abrité par une verrière.
Un mobilier de bois sombre rehaussé ici ou là
de cuivre travaillé, des couverts au design simple
complètent la mise en scène. La carte est avancée…
Joliment intitulée « Voyage au cœur des
saveurs du monde », elle invite à une circumnavigation
gourmande avec escales, entre autres, en Thaïlande, en
Grèce, en Indonésie, en Inde, aux Caraïbes
ou en Éthiopie. Légitimement, le Maroc se taille
la plus belle part, avec la moitié des vingt-quatre
entrées, plats et desserts proposés, tous de
grands classiques : pastilla de poulet, briouates, tangia
ou couscous. Le chef, en revanche, a débridé
son imagination pour nous initier à quelques saveurs
venues d’ailleurs, choisies pour s’harmoniser
avec celles des mets marocains. Notre choix s’est porté
en entrée sur un délicat « Lhassi baigan
» venu d’Inde – aubergines cuites dans une
vapeur d’épices, salade de menthe fraîche,
sauce yaourt
à la cardamome – et une imaginative « interprétation
» de briouates. Ont suivi une caille grillée
à la coriandre et aux menthes, cadeau goûteux
de la Grèce, et un coquelet « Mhamar »
(mariné aux pistils de safran, citron confit
et pommes Mchouak) aux saveurs parfaitement équilibrées.
Les desserts, un « Markat Ahsina » – soupe
givrée de fruits frais et confits, poivre et menthe
fraîche – et un « Gnoun el Fakiya »
– craquant de fruits de saison, fromage blanc, sauce
cannelle – ont, pour la touche finale, apporté
cette fraîcheur subtilement parfumée indissociable
des nuits de printemps à Marrakech.
Le clavier bien tempéré du chef ont fait de
ce nomadisme gastronomique un beau voyage autour de la
table, dont on découvrirait
bien volontiers d’autres escales encore…
Les plus
Une carte variée.
Un service attentif et souriant.
Une belle terrasse pour les dîners d’été.
La Villa Nomade 7, derb El Marstane, Zaouïa
El Abbassia, Marrakech Médina.
Tél. : + 212 (0) 24 38 50 10.
Entrées : 90 Dh, plats 180 Dh, desserts 80 Dh. Formule
déjeuner : entrée 80 Dh, plat 130 Dh, dessert
70 Dh, au choix. Vins marocains, français, chiliens,
espagnols, portugais et italiens de 160 à 900 Dh
la bouteille (possibilité de vin au verre). Ouvert
du dimanche au lundi,
midi et soir.
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