Avec ce numéro 12, « Couleurs Marrakech
» fête ses trois années d’existence.
Pour un magazine trimestriel, c’est à
la fois la prime jeunesse et un âge suffisant
pour justifier un premier bilan. L’ambition
de la petite équipe qui en 2002, un an avant
la parution du premier numéro, se lançait
dans l’aventure, était d’offrir
une lecture de l’art de vivre marocain autre
que celle généralement proposée
par la presse : rappeler que le Maroc possède
une civilisation dont la vocation universelle ne
s’est pas démentie depuis mille ans,
et qui reste en prise directe sur le monde ; éduquer
le regard des visiteurs étrangers en leur
enseignant que la seule recherche de l’exotisme
et du pittoresque est une démarche réductrice
; montrer que la culture marocaine, à travers
ses principales expressions que sont la littérature,
la musique, l’artisanat ou l’architecture
n’a rien de figé, mais sait au contraire
évoluer, s’adapter et se remettre constamment
en question ; permettre enfin aux Marocains de découvrir
– ou de redécouvrir – leur propre
pays…
Vouloir mettre l’accent sur ce qui fait la
modernité du Maroc ne signifiait pas pour
autant évacuer ce qui fait son principal
attrait : la présence d’un passé
toujours vivant, la pérennité de ses
traditions, l’ancienneté de ses villes,
la splendeur intacte de ses paysages. Ce faisant,
il ne fallait pourtant pas céder à
la tentation des clichés néo-orientalistes
et des cartes postales folkloriques.
Le touriste désire trop souvent qu’un
pays lui renvoie l’image convenue qu’il
en attend. En montrant un Maroc qui est celui des
nomades sahariens, des montagnards berbères,
des fantasias et des moussems, mais aussi celui
des cinéastes, des créateurs de mode
et des festivals de jazz, nous ne faisons pas que
peindre une réalité : nous contribuons,
du moins est-ce notre espoir, à ce que le
voyageur soit de moins en moins un voyeur…