Casa Lalla La tête dans les étoiles
Rares sont les maisons
d’hôtes,comme Casa Lalla, où l’on
se sent attendu comme un ami et qui donnent l’impression
de retrouver un chez-soi. La sobriété du décor,
la courtoisie de l’accueil doublé d’un
service à la fois professionnel et décontracté,
qui ne laisse pas droit de cité à l’anonymat,
confèrent aux lieux une âme incontestable,
celle que leur ont donné Sophie et Richard Néat
Chef britannique de
renommée internationale, formé par Joël
Robuchon et Raymond Blanc, Richard, au look d’éternel
adolescent, est un enfant prodige de l’art culinaire.
« Le Pied-à-Terre », son premier restaurant
londonien, doublement étoilé par Michelin,
fait éclater son talent au grand jour. Après
un congé pas vraiment sabbatique en Inde, au cours
duquel il oeuvre à l’ouverture du « Longchamp
», restaurant du luxueux hôtel « Taj Mahal
» de New Delhi, ce nomade de la restauration, toujours
efficacement épaulé par son épouse
et complice Sophie, crée « Neat » sur
la Croisette à Cannes. Quelques mois plus tard, il
peut se targuer d’être le premier chef anglais
étoilé en France. En 2002, le jeune couple
découvre Marrakech et… c’est le coup
de foudre ! Dès lors, ils n’auront de cesse
d’y revenir. En juin 2004, avec pour tous bagages
quelques effets personnels, deux tableaux et un seau à
champagne, ils jettent leur dévolu sur Casa Lalla,
un riad récemment rénové.
Au cœur de la médina, Casa Lalla se cache derrière
d’épais murs sans prétention. Pourtant,
la place Jemaa El Fna et les souks ne sont qu’à
quelques encablures. Une imposante porte cloutée
en bois, un couloir étroit à l’éclairage
tamisé et, comme au théâtre, une épaisse
tenture
écrue se lève sur un univers de sobriété
aux lignes épurées. Une décoration
minimaliste et naturelle contribue à créer
une atmosphère apaisante. Oliver, un boxer —
pièce maîtresse du décor — trône
au milieu du patio sur sa méridienne teintée
de coton rose et réserve aux visiteurs un accueil
placide.
En cette fin d’automne, une douce chaleur enveloppe
la demeure. Le patio, où les citronniers jouent à
cache-cache entre d’élégantes arcades
mauresques, se couvre l’hiver d’un velum pour
le bien-être des convives. Une alcôve toute
en longueur abrite un coin détente où Sophie
et Richard aiment à converser ou jouer aux cartes
avec leurs hôtes. Un dessin au fusain d’un artiste
indien, Archana Rassole, et une exposition de Gabriel Martel,
créateur de la photo-graphique ornent les murs. Quant
à la cheminée en tadellakt gris où
crépite une bonne flambée, elle invite à
la détente et à la méditation. Une
bibliothèque éclectique, où les philosophes
anglais occupent une place de choix sans que l’histoire
— passion de Richard — ne soit en reste, s’offre
généreusement aux amoureux de la lecture.
Les beaux livres consacrés à la décoration
et à la peinture côtoient Nietzsche, Gogol,
Dostoïevski, Fukuyama ou Freud et son « Interprétation
des rêves ». Et, c’est d’ailleurs
bien à un voyage onirique que nous invitent les deux
chambres et la suite situées au rez-de-chaussée,
et baptisées Rêve d’Orient, À
l’Ombre des Orangers et Songe d’une Nuit d’été.
Dans une niche, une toile chatoyante du jeune peintre Irannah
témoigne de l’aventure indienne des maîtres
des lieux. À l’étage, tout le long de
la coursive aux murs en tadellakt ciselé, délimitée
par une balustrade en bois sculptée, la rêverie
se poursuit avec Perle d’Ambre, Couleur Cannelle,
Nuit étoilée, Chants des Dunes ou Galant de
Nuit.
Points communs à toutes ces chambres : un luxe discret,
une décoration simple et un confort haut de gamme.
Chacune d’entre elles affiche sa singularité
au travers de couleurs, de détails architecturaux
et
d’éléments de décoration qui
lui sont propres. Les tons, proches de la terre, se déclinent
du beige au marron en passant par diverses gammes d’orange
et de rouille. Les étoffes sont de lin, de coton
ou de sabra. L’une possède une mezzanine, l’autre
une douche ornée de colonnes et d’arcs en ogive,
une troisième encore un puits de lumière avec
un plafond en cèdre rouge, alors que celui de sa
voisine est conçu en tataoui, dans la plus pure tradition
berbère.
Du sommet, la terrasse domine les innombrables toits de
la médina et offre une vue à couper le souffle
sur les sommets de l’Atlas. À l’exception
des mois d’hiver et sauf rarissime caprice d’une
météo généralement idyllique,
les petits-déjeuners et dîners y sont servis.
Et l’on hésitera souvent entre ce solarium
de choix, où transats et parasols en toile beige
invitent au farniente, la fraîcheur du jacuzzi niché
dans le patio et les vapeurs du hammam traditionnel en mosaïque
verte attenant à une salle de massage divinement
cosy. La cuisine est l’antre de Richard, le lieu où
il revisite inlassablement les classiques de toutes nationalités
pour imaginer les créations qui lui sont propres,
aux confins des influences française, asiatique et
marocaine. Le tajine peut se parer de foie gras ou de cailles
aux dattes, la pastilla être de lotte et le couscous
accompagné de fruits. Renouvelé quotidiennement,
le menu dégustation surprise, composé de sept
plats, peut aussi s’inspirer uniquement de la mer,
de l’Orient ou encore du terroir, selon les produits
frais glanés au marché et l’humeur du
chef. La présentation des plats, véritables
œuvres d’art, est d’abord un plaisir pour
les yeux avant d’en être un pour le palais.
Limitée à seize couverts, cette table magique,
sans nul doute l’une des meilleures de la ville, vaut
à elle seule le détour.
Vous l’avez compris : dans ce « foyer où
l’on est heureux de voir les autres heureux »,
il n’y a pas de clients, seulement des amis.