Le
maillechort, ou la couleur de l’argent
Le maillechort est un alliage de métaux blancs
qui imite l’argent, mais dont l’entretien
est beaucoup plus facile.
À Marrakech, la cinquantaine d’artisans
marocains de TM Design le travaillent selon les techniques
ancestrales
de la dinanderie. Ils en obtiennent des tables, des
coffres, des commodes, des flacons ou des lustres
qui s’imposent comme autant d’objets précieux.
Les ateliers de Thierry Matalon occupent l’ancienne
zone industrielle de Marrakech qui, désertée
au profit de la plus récente Sidi Ghanem, a
gardé un charme désuet. On y accède
par la route d’Agadir, en franchissant des voies
de chemin de fer désaffectées. Face
à un terrain vague digne de quelque film des
années cinquante, le bâtiment lui-même
semble surgi d’un autre temps. Une haie d’arbres
et de végétaux le dérobe aux
regards peu attentifs. On s’y guide à
l’oreille, au son des burins qui rythment le
labeur de cette ruche de l’artisanat marocain.
Un show-room teinté de patines ocre et habillé
de tentures grenat expose les modèles, qui
allient le maillechort au bois, le cuivre
au fer forgé, le cuir aux tadellakts et aux
zouaqs.
Du « tout fait main »
Pour garantir des objets de grande qualité,
aux finitions parfaites, TM Design façonne
entièrement sa production, depuis le gros œuvre
de menuiserie jusqu’aux finitions. Cinq maâlems
encadrent chacun des ateliers de menuiserie, de peinture
— tadellakt et zouaq — de dinanderie,
de ferronnerie, de gravure et de polissage. Cinquante
artisans s’y activent, tous vêtus d’une
blouse grenat assortie à la couleur des établis,
qui scient, rabotent, martèlent les matériaux
traditionnels. Trente d’entre eux sont affectés
à l’atelier de dinanderie. Assis sur
des tabourets, les pieds légèrement
surélevés par des cales en bois, ils
découpent, martèlent, cisèlent…
C’est un incessant jeu de burins, certains au
son clair et léger, d’autres plus lourds,
qui étouffent la musique diffusée par
un petit transistor.
Alliage de cuivre, de nickel et de zinc, le maillechort
imite parfaitement l’argent sans en présenter
les inconvénients, en particulier, celui de
l’oxydation. Sa qualité dépend
de sa teneur en nickel. Celui qu’achète
Thierry Matalon provient d’Allemagne et ne nécessite
aucun entretien. Les feuilles sont d’abord chauffées
à 800 degrés dans une forge prévue
à cet effet. Elles sont ensuite martelées,
soudées, ciselées, gravées, trempées
dans un bain d’acide, enfin polies. Comme dans
la dinanderie traditionnelle, la gravure est effectuée
au pointeau. Les burins et les enclumes sont de tailles
et de formes différentes et réalisées
sur place, en fonction de la pièce à
créer. Les soudures sont faites à l'argent,
ce qui les rend invisibles. Les objets sont ensuite
polis aux tours électroniques pour leur assurer
un fini et un brillant impeccables. Ils passeront
ainsi successivement au tour à la brosse métallique,
au papier de verre, au chiffon et enfin au cuir.
Les ateliers ont ouvert en 1997 et travaillent essentiellement
sur commande, à partir des quelques modèles
exposés dans le show-room. Thierry Matalon
s’appuie sur le savoir-faire des maâlems
marocains mais il en adapté le style. Sorti
de la prestigieuse école Camondo, il a exercé
à Paris la profession de décorateur
pendant vingt ans. Si ses objets présentent
une touche orientale — les ajours reprennent
les formes des zouaqs traditionnels — il tient
à les « démarocaniser »
et ne cache pas son admiration pour les meubles de
style et les lignes Art-Déco. La dinanderie
de maillechort requiert du temps et de la minutie.
Pour confectionner un simple cache de verre de thé,
sept personnes travaillent successivement pendant
quatre à cinq heures. Une lampe, par exemple,
requiert environ cent cinquante heures de travail.
Les articles, haut de gamme, s’adressent à
une clientèle de prestige. Ils sont exposés
à l’hôtel Amanjena. Une gamme de
cadeaux sera diffusée, en partenariat avec
la Maison de Bali, à la toute prochaine Maison
de l’Orient.
Des créations de prestige
Abdel Fatah, maâlem dinandier
Abdel Fatah, quarante-cinq ans, travaille dans les
ateliers TM Design depuis plus de sept ans. Il a commencé
à apprendre le métier à l’âge
dix ans, auprès d’un maâlem de
la médina de Marrakech, aujourd’hui décédé.
Quatre à cinq années de formation lui
ont été nécessaires
pour maîtriser la technique de la dinanderie
(martelage, montage et finitions), et ce n’est
qu’après vingt ans d’apprentissage
qu’il est devenu maâlem à son tour.
Il a déjà formé trois artisans.
Quinze personnes travaillent sous sa direction. N’ayant
qu’une fille, il regrette
de ne pouvoir transmettre son savoir à sa descendance
: la dinanderie n’est pas un métier de
femme.