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Histoire secrete













Le langage costume…

du chez les Aït Atta

Le costume est l’une des expressions qui caractérisent une société et la différencient de sa voisine. Au sud du Maroc, chaque tribu des Aït Atta a sa façon de tisser
ses vêtements, d’arranger sa coiffure et de porter ses bijoux. Les femmes se revêtent de couvertures de laine dont les motifs à rayures les identifient aussi sûrement qu’un drapeau. Elles sont enveloppées d’étoffes de
khent teintes à l’indigo et arborent de hautes coiffes triangulaires parées de lourdes parures.
Les Aït Atta forment une vaste confédération de tribus berbères, subdivisée en cinq khoms, eux-mêmes fractionnés en tribus semi-nomades qui occupent les hauteurs de l’Anti-Atlas et le pays pré-saharien entre Drâa et Tafilalet. Certains sont tenus pour les descendants des Sanhajas qui fondèrent la dynastie des Almoravides, au XIe siècle. Avant
la « pacification » des années 1930, une part de leur activité consistait à défendre les oasis des convoitises des autres tribus nomades. En échange de cette protection, ils y détenaient des terres et percevaient des redevances annuelles. Du coup, leur influence est très forte dans tout
le Sud marocain. La particularité de leur costume relève souvent de simples détails que seul le connaisseur est capable d’identifier.

Haïk, khent et ahendir

Le monde arabe connaît plusieurs catégories de vêtements, du dessous ou du dessus, cousus ou non-cousus. Les femmes Aït Atta sont drapées dans un voile de corps qui
les recouvre jusqu’à la tête. Cette étoffe nommée khent, cotonnade très fine, noire ou violacée, teinte à l’indigo, venait autrefois de Guinée. Longue de quatre mètres cinquante, elle est retenue à la taille par une ceinture de laine aux couleurs de la tribu et agrafée aux épaules par une pièce d’orfèvrerie appelée fibule. Ces fibules, tissernat, vont généralement par paires, reliées par une chaîne d’argent.
Elles sont réservées aux femmes mariées et témoignent de leur richesse, mais en cas de répudiation, elles sont restituées à l’époux. L’usage des pantalons s’est généralisé tardivement, après la pacification. Quand il fait froid, les montagnardes portent sur leurs épaules des couvertures de laine rectangulaires appelées ahendir. Ces sortes de mantes aux rayures blanches, brunes, bleues ou noires, parfois grenat et vertes dans les régions septentrionales, sont comme l’insigne de la tribu. L’été étant réservé aux transhumances, elles sont tissées à la maison pendant les mois d’hiver. Les Sahariennes s’enveloppent d’un voile de cotonnade noire appelé lgna, brodé de fils de laine multicolores ou de perles. Comme les rayures des ahendir, les différents motifs de ces broderies distinguent à coup sûr les appartenances tribales. Dans les villages, les femmes portent des pantoufles de cuir teintées ou brodées. Dans les campements, elles vont pieds nus ou sont chaussées de naïls, simples semelles de cuir ou de caoutchouc retenues par une cordelette d’alfa qui passe entre au creux du gros orteil et s’attache à la cheville.
Les hommes des Aït Atta portent une tunique droite et échancrée (gandoura unisexe), ou une longue chemise de coton (qamis) descendant jusqu’au niveau du genou, toujours ouverte sur l’épaule droite et attachée par un cordonnet. L’été, cette chemise est leur seul vêtement. Dessous, ils portent éventuellement un pantalon de coton ample et bouffant, d’origine iranienne et appelé seroual.
Au-dessus, ils se couvrent l’hiver d’une djellaba, d’un burnous ou d’un haïk de laine. Le haïk est une grande pièce d’étoffe portée indistinctement par les hommes et les femmes, dans les milieux urbains ou ruraux. De coton, de laine ou de soie, il indique la position sociale de l’individu et varie selon les époques de l’année. C’est un vêtement du dessus : on ne le porte que pour sortir. Lourd et laineux, il protège des frimas de l’hiver. Léger et en coton, il abrite du soleil. S’il rappelle les drapés romains, son origine reste incertaine, compte tenu de la complexité des réseaux d’échanges pendant l’Antiquité. Ce genre d’habit devait exister partout dans le monde méditerranéen, avec des variantes régionales. La djellaba descend jusqu’à la cheville et comporte manches longues et capuchon. Elle est échancrée en pointe pour permettre le passage de la tête et fendue sur les côtés. Des boutons ferment le col. Le burnous, appelé aussi selham, lourd vêtement en laine doublée, est une sorte de cape fendue sur le devant et dont on rejette les pans sur les épaules afin de conserver une liberté de mouvement des avant-bras. Le capuchon est orné d’un gland de laine ou de soie. Enfin, les hommes portent, en bandoulière, une sacoche en cuir (aqrab) et quelquefois un poignard à lame recourbée. Dans leurs sacoches, quelques menus trésors font leur
fierté : un peu de monnaie, une aiguille et du fil, une pipe et un petit paquet de tabac, peut-être une lettre froissée.

Coiffes, bijoux et tatouages

Pour les hommes comme pour les femmes, il est mal vu d’aller tête nue. Les coiffures constituent le second élément important du costume des Aït Atta et résistent à l’occidentalisation. Les hommes enroulent autour de leur tête un turban en coton d’environ deux mètres. Ce chèche, ou tarzzite, protège leur visage et leur cou des vents de sable. Il symbolise la virilité et le pouvoir masculin. Certains bergers sont plutôt coiffés d’un petit bonnet de laine qui, tout en les abritant des intempéries et des ardeurs du soleil, les rendaient autrefois plus discrets aux regards ennemis. Les femmes recouvrent leur tête d’un mouchoir lui-même enserré dans un autre tissu et auquel on superpose les jours de fête un second foulard, lqtib, généralement rouge vif et damassé, bordé de franges tressées à sequins brillants.

Y sont ajustées des cordelières de soie à pompons et une parure de tête garnie de breloques appelée talgamut, « le petit mors », épinglée sur le devant de la coiffe. Le volume et la qualité de cette coiffe situent la personne socialement et marquent le statut : enfant, jeune fille ou femme mariée. Les parures complètes ne sont portées qu’à l’occasion des mariages, des naissances et des fêtes rituelles. Chaque tribu a sa façon d’arranger les tresses de cheveux, épaissies avec des poils de chèvre, retournées sur la tête et fixées à des postiches formant des sortes de cornes. Une frange courte très rase est laissée au-dessus du front.
Le menton des Aït Atta est parfois orné de motifs gravés à l’aiguille et colorés de pigments divers à base d’antimoine ou d’indigo. Ces tatouages, interdits par la tradition islamique mais qui persistent dans les régions montagneuses, sont peu présents dans les régions présahariennes et de moins en moins fréquents au Maghreb. Au titre des ornements corporels, les paumes des mains, les plantes des pieds et les cheveux sont teints au henné, une plante aimée du Prophète et employée depuis fort longtemps dans le monde arabe. Le regard est souligné de poudre d’antimoine (khol) dont on dit qu’il purifie et même qu’il arrête les larmes. Les pommettes sont maquillées de fard rouge (akar). Des décors peints au safran ou au fard noir, appelé harqus, soulignent les yeux, les tempes ou l’ovale du visage d’un épais pointillé. Les vêtements sont parfumés par fumigation d’essences.
De nos jours, c’est exclusivement à l’occasion des fêtes que les femmes portent leurs bijoux, se fardent et se coiffent avec soin. Le costume de la mariée attaouïa est particulièrement spectaculaire, car sa tête est complètement emmaillotée dans un foulard, suffisamment fin pour que ses yeux voient au travers de l’étoffe. À la coiffe monumentale réalisée en cette occasion, sont suspendues de lourdes parures qui lui recommandent d’adopter une pose hiératique. Outre les fibules en argent très ouvragées qui agrafent le drapé de ses étoffes, elle se pare de toutes
sortes de bijoux : bracelets, parures de front, boucles d’oreille, bagues et colliers qui l’embellissent et la protègent du mauvais œil. Le plus grand de ces colliers, fait de
perles d’ambre, louban, et porté en arrière des épaules,
se retrouve avec quelques variantes dans toutes les tribus
du Sud marocain.

Les fibules

élément décoratif en argent moulé, orné de figures végétales (fleurs, rinceaux, branchages, feuillages), cosmiques (disque, étoile, croissant) ou animales (colombe, passereau, tortue, lézard), les fibules ont une fonction d'amulettes et sont indispensables au costume féminin puisqu’elles servent à épingler, à hauteur des aisselles, les étoffes de cotonnades dont se drapent les femmes. Les Grecques l’employaient déjà pour retenir le peplos au-dessus de leurs épaules. Certaines sont de petites tailles, d’autres atteignent des dimensions gigantesques, jusqu’à recouvrir toute la poitrine. La plupart sont de forme triangulaire, un symbole protecteur dans toute l’Afrique. L’usage s’en est maintenu en milieu rural jusqu’au début du XXe siècle.

L’indigo

Utilisé depuis 2500 avant Jésus-Christ, en Inde mais aussi en Afrique et au Maroc — où la vallée du Drâa en produisait de grandes quantités avant la diffusion
des colorants de synthèse — l’indigo teint les tissus d’un bleu très foncé, brillant et gras comme du papier carbone. Peu importe que les étoffes déteignent sur
le corps. C’est au contraire un signe de prestige
auquel la croyance populaire attribue des vertus prophylactiques. Autrefois, certains se flattaient même de ne porter que les tissus de tel teinturier fameux.
Vers 1900, un indigo synthétique supplanta l’indigo végétal. À base de charbon ou de pétrole, sa production approche aujourd’hui les vingt mille tonnes par an. C’est dire que sa mode est loin d’être passée.

 

 

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