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Les
égyptiens lui prêtaient jadis des pouvoirs
divins. Dans leurs écrits, les médecins
chinois de la ynastie Han mentionnaient ses bienfaits
près de trois siècles avant notre ère.
Le clou de girofle, à la fois véritable
panacée et ingrédient culinaire à
l’arôme puissant, fait aujourd’hui
partie de ces épices dont la pharmacopée
continue de faire usage, et dont aucune cuisine ne saurait
se passer.
Le Clou de girofle, trésor de
« l’île aux épices »
Originaire des Moluques, dans l’archipel
indonésien, que les navigateurs anciens baptisèrent
« Îles aux Épices », le clou
de girofle s’apparente, comme son nom l’indique,
à un petit clou d’environ douze millimètres
de long, orné d’une tête de quatre
millimètres de diamètre. Cette épice
à la saveur tenace, âcre et piquante est
le bouton floral séché du giroflier, une
plante de la famille des myrtacées. Les habitants
des Moluques plantaient autrefois un giroflier pour
célébrer la naissance d’un enfant.
L’arbre était censé porter bonheur,
et l’enfant portait à son cou un collier
de clous de girofles pour chasser les mauvais esprits.
Les momies égyptiennes étaient parées
d’un collier identique. Quant aux clous de girofle
qui ornaient récemment encore le nez ou les lèvres
de certains Indiens, ils étaient eux aussi censés
écarter le mauvais sort.
Déjà importée en Europe sous l’Antiquité,
cette plante devint l’un des ingrédients
les plus appréciés de la pharmacopée
médiévale et fut utilisée comme
protection contre les épidémies. À
partir du XIIIe siècle, les Français décidèrent
de briser le monopole exercé par les Hollandais
sur le commerce des épices dans le Sud-Est asiatique
et demandèrent à Pierre Poivre d’introduire
le giroflier, loin de sa terre d’origine, dans
les colonies françaises. Le giroflier se propagea
plus tard en Tanzanie, en Indonésie, au Brésil,
à Ceylan ainsi qu’à Madagascar et
aux Comores.
La culture de cet arbre à feuillage persistant,
qui peut atteindre à maturité quinze à
vingt mètres de haut, exige un climat tropical.
Ses fleurs composées de quatre pétales
blancs et quatre sépales rouges exhalent un délicieux
parfum, proche de celui de l’oeillet. La cueillette,
effectuée à la main pour ménager
les récoltes futures, a lieu au moins quatre
fois par an. Les clous du giroflier, qui sont en réalité
des boutons de fleurs, sont récoltés lorsque
l’arbre est âgé de six à huit
ans. Cueillis avant la floraison, les boutons sont fumés
sur des claies avant d’être séchés
au soleil pendant plusieurs jours. Ils perdent alors
leur couleur rosée et passent progressivement
du brun roux au brun foncé.
Le clou de girofle, à la saveur chaude, sucrée
et légèrement piquante, est connu pour
ses vertus culinaires. Incontournable dans la gastronomie
marocaine, il parfume bouillons, marinades, viandes
et pâtisseries… Conservée au frais,
à l’abri de la lumière, l’épice
est moulue au fur et à mesure des besoins afin
de préserver son arôme. Le clou de girofle
entre aussi dans la composition du ras-el-hanout, du
cinq-épices chinois, des poudres de curry indiennes
et du garam masala indonésien. En Europe, on
l’associe à la cannelle pour aromatiser
les vins chauds, les pains et les gâteaux. On
marie
son arôme pénétrant avec celui
de la pomme pour rehausser la saveur des tartes et des
marmelades. également utilisées
par les femmes marocaines pour parfumer le linge, les
« pommes d’ambre » — des oranges
piquées de clous
de girofle — sont suspendues dans les armoires
pour protéger les tissus et rafraîchir
les vêtements. Autrefois,
on jetait sur les braises d’un « kanoun
» de la poudre de
clou de girofle diluée avec de l’eau de
rose pour
embaumer et désinfecter les pièces de
la maison.
Les vertus du clou de girofle sont largement plébiscitées
par les herboristes qui lui prêtent de nombreuses
propriétés médicinales. Utilisée
en aromathérapie, l’huile essentielle extraite
des boutons de fleurs est un dynamisant cérébral
et physique, connue aussi pour son action antivirale
et anti-infectieuse. L’huile de girofle, obtenue
par distillation des clous, des feuilles et des tiges,
a également des pouvoirs désinfectants,
cicatrisants et anesthésiants. Les hauts dignitaires
chinois qui rendaient visite à l’Empereur
croquaient l’épice pour purifier leur haleine
et le frottaient contre leurs gencives pour soulager
les douleurs dentaires. Reconnu depuis des siècles
pour ses multiples vertus, le clou de girofle continue
d’entrer dans la composition de nombreux médicaments,
tant dans la médecine occidentale que dans les
médecines orientales. Mais nul doute que c’est
aux gourmets du monde entier qu’il doit d’être
depuis vingt-cinq siècles l’une des épices
les plus convoitées…
Une épice chaude comme les tropiques
à travers l’histoire..
C’est en 334 après J.-C. que le clou de
girofle fait son entrée en Europe occidentale.
Le nom de cette épice est mentionné pour
la première fois dans un texte établissant
la liste des cadeaux offerts par l’empereur romain
Constantin le Grand à saint Sylvestre, évêque
de Rome, avec entre autres trésors, 150 livres
de clous de girofle. En 1519, Antonio Pigafetta, lieutenant
de Magellan, débarquait aux Moluques. Il sera
le premier à décrire le giroflier
avec précision dans son journal retrouvé
à la Bibliothèque Ambrosienne de Milan.
Fondée en 1602, la Compagnie hollandaise des
Indes orientales, soucieuse d’obtenir le monopole
du commerce des épices, restreint la culture
du giroflier aux îles Moluques. Ce n’est
qu’en 1773 que Pierre Poivre, aventurier et botaniste
français, implantera
le giroflier loin des célèbres «
Îles aux Épices ».
Tagine Makfoul
1,5 kg de gigot et épaule d’agneau 1 verre
à thé d’huile d’olive mélangée
à l’huile de table, 1/2 cuil. à
café de poivre blanc, 1 cuil. à café
de gingembre, 2 sachets de safran, sel,
3 clous de girofle, 1 bâtonnet de cannelle, 1
oignon émincé, 1 verre d’eau.
Pour le Makfoul (oignons et tomates caramélisés)
1,5 kg d’oignons, 1 kg de tomates, 1 cuil. à
café de cannelle poudre (1/2 + 1/2), 4 cuil.
à soupe de sucre.
Rincer les morceaux de viande, les
placer dans le tagine, ajouter l’oignon émincé,
sel, poivre, gingembre, safran, le bâtonnet de
cannelle, les clous de girofle et l’huile. Bien
mélanger le tout, mouiller avec le verre d’eau
et faire revenir
10 mn environ sur feu modéré.
Placer les oignons coupés en rondelles sur la
viande, saupoudrer d’une 1/2 cuil. de cannelle.
Ajouter les rondelles des tomates épluchées
sur
les oignons, et saupoudrer du reste de cannelle. Ajouter
le sucre et couvrir jusqu’à cuisson complète.
Cette recette nous a été
aimablement fournie par Lalla Halima, cuisinière
du restaurant Al Fassia à Guéliz.
À savoir :
Le climat
du Maroc n’est
pas propice
à la culture
du giroflier.
L’usage du clou
de girofle
ne s’est répandu
au Magreb qu’après la conquête arabe.
Texte Catherine
Vidémont
Photos Cécile Tréal & Jean-Michel
Ruiz
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