L’une des conséquences les plus spectaculaires
de la mondialisation est l’accroissement continu
des flux touristiques. Paradoxalement, alors que
le nomadisme n’est plus qu’un mode de
vie résiduel, l’homme urbain et sédentarisé,
au moins celui des pays développés,
semble éprouver un besoin d’ailleurs
plus impérieux que jamais. Cette «
nomade attitude » a concerné l’année
dernière plus de 700 millions de nos contemporains,
qui pour la plupart n’ont pas franchi les
frontières de leur propre pays. Mais 5,6
% de ceux qui ont voyagé à l’étranger
ont choisi pour destination le Maroc. On ne peut
que se réjouir de l’engouement des
Occidentaux pour les villes impériales, les
randonnées dans l’Atlas, les méharées
dans le désert ou les événements
culturels, tels que le prochain Festival international
du Film de Marrakech. L’ampleur du phénomène
pose cependant problème. Comme la langue
d’Ésope, le tourisme peut être
la meilleure et la pire des choses. Bénéfique,
il crée des emplois, participe à l’échange
des civilisations, favorise les métissages
culturels et, en conduisant à une meilleure
connaissance de l’autre, fait progresser la
tolérance. Destructeur, il entraîne
le bétonnage, le tarissement des réserves
d’eau, l’enlaidissement des paysages,
l’abâtardissement des cultures en simples
folklores et, quand il confronte des niveaux de
vie trop différents, peut être vécu
par les peuples d’accueil comme une véritable
agression. Alors que l’objectif des «
Dix millions de touristes à l’horizon
2010 » apparaît comme un objectif plausible,
le temps de la réflexion s’impose.
Le Maroc est à un tournant : le tourisme
l’a embelli, enrichi – qui n’est
pas ébloui par la Marrakech souriante et
fleurie d’aujourd’hui ? – et lui
a permis de faire connaître au monde son art
de vivre et ses valeurs de civilisation. Il en a
tiré jusque-là le meilleur. Mais le
danger guette : il suffit de voir ce que sont devenues
la Costa Brava, l’Adriatique italienne ou
une partie de la Côte d’Azur française
pour comprendre à quels désastres
paysagers et humains peut conduire un développement
touristique mal maîtrisé…