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Le
Maroc… avant l’islam
Alors que le lustre de la civilisation marocaine rayonne
par-delà les mers et les déserts, l'histoire
de la période antéislamique du royaume
est partiellement occultée. L'Atlas recèle
pourtant des squelettes de dinosaures, tandis que plus
de trois cents sites attestent d’implantations
humaines remontant au néolithique, puis du passage
successif des Phéniciens, des Carthaginois et
des Romains, et qu’enfin le Sahara garde le souvenir
de royaumes païens, juifs et chrétiens depuis
longtemps disparus. Comme l'Europe, le Maroc a en effet
connu un formidable brassage de populations. Il a subi
durant des siècles l’influence des civilisations
méditerranéennes et a connu plusieurs
vagues de migrations venues d’Afrique et d’Orient
qui toutes ont laissé des traces...
C’eux que les Européens
ont appelés « Berbères » et
qui se nomment « imazighen », que l'on traduit
improprement par le terme d'« hommes libres »,
sont tenus pour les peuples autochtones de l'Afrique
du Nord. L'usage de leur langue s’est particulièrement
maintenu dans les zones montagneuses, réparti
en trois grands dialectes : tachelhit à l’ouest,
tamazight à l’est et tarifit au nord. À
ces populations blanches s'ajoutent les flux qui ont
vu migrer, depuis le néolithique, les Noirs de
l’Afrique sahélienne vers le monde méditerranéen.
Traditionnellement affectés à la culture
des oasis et désignés sous le nom de «
harratines », ils se distinguent des anciens esclaves,
« 'abîd », ramenés du Soudan
depuis le Moyen Age. Enfin, le Maroc saharien comptait
une importante population juive qui, bien avant l'arrivée
des Arabes, marqua profondément la culture du
pays et joua un rôle économique important
dans les activités minières et métallurgiques.
L'histoire de leur migration fait l'objet de péculations.
Qu'ils se soient installés sous les règnes
de David et de Salomon ou après la première
destruction du Temple de Jérusalem, de vieux
manuscrits attestent en tout cas qu'ils constituaient,
aux VIe et Ve siècles avant J.-C., deux royaumes
très puissants au Drâa et à Ifrane,
dans l'Anti-Atlas. Celui du Drâa ne sera d'ailleurs
renversé qu'au XIe siècle de notre ère
par les musulmans.
Les traces d'occupations phénicienne, carthaginoise
puis romaine sont nombreuses et du plus haut intérêt.
Tanger, Sala (actuel site du Chellah de Rabat), Lixus
et Mogador attestent d'une présence phénicienne
cherchant davantage à établir des comptoirs
maritimes et marchands qu'à pénétrer
dans l’arrière-pays pour soumettre les
populations à leur domination politique. L'occupation
romaine, plus offensive, trace une grande voie de pénétration
intérieure menant à Volubilis, élevée
au rang de métropole en 42 après J.-C.
Excepté le capitole de Volubilis, les tombeaux
phéniciens de Tanger et le quartier des temples
de Lixus, les sites archéologiques du Maroc sont
encore peu connus du grand public, mais différents
musées en exposent les principaux vestiges. L'influence
de Rome ne modifia pas profondément la composition
fondamentale de ces populations. On en trouve un certain
nombre de traces, comme l'usage dans les campagnes du
calendrier julien pour les travaux agricoles. Dans le
sillage de l'occupation romaine, le nord du pays fut
en partie christianisé : au IVe siècle,
l’Afrique du Nord comptait des centaines d’évêchés
avec parfois à leur tête des prélats
berbères, dont le plus célèbre
fut saint Augustin.
Après la conquête arabe (682 de notre ère),
la langue arabe se diffusa à partir des villes
et des grandes mosquées.
La contrée fut alors désignée sous
le nom de Maghreb, "pays du soleil couchant"
et les Berbères s’islamisèrent progressivement.
Mais le Maroc continua de compter, pendant treize siècles,
d’importantes communautés non musulmanes
de juifs et de chrétiens qui ne quittèrent
massivement le Maroc qu'après la constitution
de l'État d'Israël, en 1948, et à
l'Indépendance, en 1956. En dépit de
la difficulté à vivre ensemble, le legs
patrimonial partagé
– musique, costumes, bijoux – témoigne
de la symbiose des cultures populaires des deux communautés
juive et musulmane. Les Juifs assuraient notamment la
vitalité d'activités artisanales ou commerciales
interdites en principe aux musulmans, tandis que les
Berbères gardaient un rôle important dans
l’agriculture et la vie politique.
Une histoire plus ancienne que l’Histoire
Mais le Maroc a également conservé
de nombreuses traces des périodes préhistorique
et protohistorique. C’est ainsi que de nombreux
fossiles de dinosaures ont été mis au
jour dans l’Atlas. En 1999, des scientifiques
ont découvert le squelette d’un atlasaurus
vieux de 165 millions d’années
dont le moulage est exposé au Musée des
Sciences de la Terre, à Rabat. Tout récemment,
en 2003, il se pourrait bien que le Haut Atlas ait livré
le plus ancien dinosaure du monde, âgé
de 180 millions d’années. Baptisé
« Tazoudasaurus naïmi » (du nom du
village de Tazouda où il a été
découvert), il mesure neuf mètres de long
et s'impose comme l’ancêtre des sauropodes
d’Amérique du Nord, âgés quant
à eux de seulement 140 millions d’années.
Le Maroc est également un centre de civilisation
préhistorique de première importance,
certains vestiges remontant à plus de deux millions
d’années. Les gisements archéologiques
sont particulièrement nombreux au Sahara, qui
connut deux grandes périodes d’humidité,
la première au paléolithique inférieur,
la seconde au néolithique. Tout au long des vallées,
chasseurs, pêcheurs puis pasteurs ont laissé
des traces de leurs activités : haches polies,
pointes de flèche en silex taillé, meules
et broyeurs, poteries, gravures et peintures pariétales.
Les sites rupestres sont plutôt localisés
dans la moitié sud du pays, depuis le Haut Atlas
jusqu’aux franges sahariennes.
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Situés à proximité
des oasis et des anciens cours d'eau, dans des zones
de chasse et de trans-humance, ils représentent
le plus souvent des bovidés mais aussi des éléphants,
des rhinocéros, des antilopes, des hippopotames,
des girafes, des panthères ou des lions, parfois
des personnages et des chars, accompagnés de
caractères alphabétiques en tifinagh probablement
antérieurs à la période lybico-berbère.
Exécutée sur un support rocheux, mais
également sur des vases et des amphores, cette
écriture berbère amazighe, verticale et
orientée de bas en haut, n'a pas encore été
déchiffrée par les scientifiques.
À cet art rupestre s'ajoutent des roues solaires
antiques
et de nombreux tumuli datant des époques carthaginoise
et romaine, localisés à Foum er-Rjam,
Tamgrout, Tazarine, Skoura, Taouz et dans le jebel Siroua.
Enfin, quoique les musulmans et avant eux les judéo-chrétiens
aient fait une guerre aux idoles, il demeure un assez
grand nombre de monuments mégalithiques et de
pierres levées ornées
de dessins et d'écritures. Mais sur tous ces
sites, les menaces de dégradation pèsent
lourd et nécessitent la mise en œuvre urgente
d'une politique de sauvegarde.
Ivoire sculpté d’époque
romaine.
Ci-contre, à
gauche :
gravure rupestre d’époque néolithique
représentant un lézard.
Cromlech’
à Asilah, vestige d’une civilisation mégalithique.
Tingis et le littoral Nord
Capitale de la Maurétanie Tingitane à
laquelle elle donna son nom, Tanger a conservé
débris d’aqueducs, morceaux de ponts, chapiteaux
et colonnes. Des fouilles ont révélé
des mosaïques dans les fondations de l’église
espagnole, les vestiges d’une « villa »
dans la partie basse du cimetière juif, une chambre
sépulcrale dans les soubassements de l’ancienne
Légation de France, divers objets de la vie quotidienne
et enfin des inscriptions latines, épitaphes
et dédicaces. Une statue en marbre dite la «
Dame de Tanger » a été découverte
au Petit Socco ainsi que, à proximité
de la ville, une nécropole carthaginoise et une
vaste usine de salaisons comprenant huilerie, maison,
thermes et dépendances. Une fondation romaine
du IIIe siècle avant J.-C. a été
exhumée à Tétouan (site antique
de Tamuda). À Kouass, au nord d’Asilah,
se trouve l’un des plus anciens ateliers d’amphores
ayant transporté des salaisons jusqu’en
Grèce, au IV° siècle avant J.-C. Enfin,
le site de Zilil présente un ensemble de temples,
thermes, maisons, odéon et enceinte, complété
au
IVe siècle d'une basilique chrétienne
qui demeure
le seul vestige paléochrétien du Maroc.
De Lixus à Volubilis
Construite sur une colline face à
la ville actuelle de Larache, la cité phénicienne,
puis romaine, de Lixus possède un théâtre,
une acropole, des temples, des thermes et une usine
de salaisons. Selon la légende, c'est à
Lixus qu'Hercule cueillit les pommes d'or du Jardin
des Hespérides. Mais seuls quelques autels livrent
le nom des divinités romaines, africaines ou
orientales auxquelles on vouait alors un culte. Au nord
de Larache, sur la commune de Sidi El Yamani, se dresse
un grand tertre funéraire datant du néolithique,
encerclé par 167 monolithes. Non loin de Kénitra,
les sites antiques de Banasa et de Thamusida comprennent
des temples, des thermes, des installations artisanales
- en particulier des ateliers de céramiques -
et des maisons d'habitation. Les tombes ont livré
un mobilier important portant la marque d'influences
phéniciennes, grecques et ibéro-puniques
datables des VIe et IVe siècles avant J.-C. Volubilis,
la plus célèbre des cités romaines
du Maroc, présente un ensemble de vestiges architecturaux
étendus sur une quarantaine d’hectares.
Dotée d'un centre officiel et monumental (forum,
basilique), elle comporte également de riches
demeures, des sanctuaires et des locaux à caractère
commercial ou artisanal - huileries, boulangeries -
qui attestent de la richesse agricole de la région.
Les musées, les collections...
Les pièces les plus prestigieuses
des collections provenant des fouilles de Mogador, Volubilis,
Banasa, Thamusida et Sala sont regroupées au
Musée archéologique de Rabat qui expose,
outre des vestiges préhistoriques (outils et
inscriptions libyco-berbères), une splendide
collection de statues romaines en bronze ou en marbre,
avec notamment les bustes de Juba II et de Caton, des
stèles funéraires, des bases de colonnes
et de statues, des autels et des mosaïques. Le
Musée de Larache concentre les vestiges découverts
dans l'important site de Lixus. Sa collection de céramiques,
de monnaies et de bijoux couvre une longue période
allant de l'époque phénicienne jusqu'à
l'époque islamique. Le Musée de Tétouan
rassemble les objets provenant des fouilles entreprises
dans le nord du Maroc. Le matériel archéologique,
riche et diversifié (outils, céramiques,
amphores, mosaïques, inscriptions, stèles
et
monnaies), témoigne de la préhistoire
et des époques
phénicienne, punico-maurétanienne et romaine. |
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