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| Dossier |







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Silence
on tourne… Et de cinq ! Preuve qu’il
se pérennise, le Festival international du film de
Marrakech (FIFM) va, pour la cinquième année
consécutive, attirer de tous les continents, stars,
journalistes, attachés de presse et autres passionnés
du 7e Art. À commencer par Jean-Jacques Annaud, monstre
du cinéma français et international, et son
prolifique confrère américain Martin Scorcese,
le réalisateur de Kundun et de la très controversée
Passion du Christ, tournés au Maroc.
C’est l’occasion pour « Couleurs Marrakech
» de présenter cette édition qui se déroulera
du 11 au 18 novembre, mais surtout de revenir sur la naissance
et le cheminement du festival de cinéma probablement
le plus « pétillant » du Sud et assurément
le plus ambitieux du Maghreb. Pleins feux également
sur les têtes
de l’opération, d’une part, et sur quelques-uns
des acteurs et réalisateurs
qui incarnent le potentiel du cinéma marocain, d’autre
part.
Enfin, en plat de consistance de ce dossier, sera contée
une histoire de la cinématographie au Maroc, depuis
le débarquement d’un reporter de guerre caméra
au poing jusqu’au succès de certains films marocains
des années 2000, en passant par de mémorables
tournages étrangers.
Action !
Ci-dessus : S.A.R. Le Prince Moulay Rachid recevant de Marisa
Berenson le Prix Fellini décerné par l’UNESCO,
lors du FIFM 2004.
Ci-contre, en haut : Morjane Alaoui dans Marock, de Laila
Marrakchi ; Une scène de
La dernière tentation du Christ,
de Martin Scorcese.
En bas : Le film marocain À la recherche du mari de
ma femme, de Mohamed Abderrahman Tazi.
flashback
L’irrÉsistible ascension
d’un festival du sud…
Etonnant cheminement que celui du Festival
de Marrakech ! Boycotté, au moins par les Américains
au début pour cause de 11-Septembre, il accueille royalement
la deuxième année Coppola, parmi d’autres
étoiles du 7e art, et depuis lors ne cesse de gagner
en notoriété et en qualité….
Une déferlante de caftans ; un ballet
marocain de talons-aiguille ; une débauche de tajines
; des explosions de trilles berbères rituelles ; un
dîner royal à la bougie et au son du plus pur
jazz américain, sous un ciel étoilé…
Autant de souvenirs, d’impressions, de réminiscences
d’une atmosphère spécifique à l’événement
culturel le plus prestigieux et le plus couru du Maghreb.
Car le Festival de Marrakech, outre un grand rendez-vous international
du cinéma, est une ambiance. Difficile, pour les concepteurs-créateurs
de l’opération, de dire s’ils avaient imaginé
que les ingrédients de cette mégafête
du 7e art, une fois mélangés comme ceux d’un
cocktail, allaient produire un pareil effet. Daniel Toscan
du Plantier, le médiatique et aristocratique pionnier
de l’événement, n’est plus là
pour répondre.
Toujours est-il que l’idée d’un tel festival
était dans les tiroirs du Palais dès les années
1990. Cependant, la volonté
politique – royale, donc – n’aboutit qu’à
l’aube du 21e siècle. Mohammed VI croit en une
telle manifestation et la patronne. Quoi de mieux que le cinéma,
en effet, pour contribuer à donner une image nouvelle
et pétillante du royaume ? Le Festival international
du film de Marrakech (FIFM) ne s’inscrit-il pas alors
dans un courant multiforme : la libéralisation politique
et sociétale du pays,
l’expansion – notamment immobilière –
de Marrakech, l’objectif « 10 millions de touristes
à l’horizon 2010 », l’essor spectaculaire
de la presse, l’accélération du changement
des mœurs, l’appropriation des technologies dites
nouvelles par un nombre sans cesse croissant de Marocain(e)s
?
Les stars répondent présent au FIFM, pour le
plus grand plaisir du public. Fausse note passagère
et involontaire : la première édition a lieu
peu après les attentats-suicides de New York…
Mais le prince Moulay Rachid – président de la
Fondation du FIFM –, Daniel Toscan du Plantier et André
Azoulay tiennent bon. Le conseiller royal apporte son carnet
d’adresses, entre autres aides appréciables,
jusqu’en 2003.
En 2001, si les vedettes américaines annulent leur
venue,
le FIFM se déroule normalement, avec une flopée
de professionnels connus et reconnus : Claude Lelouch, Charlotte
Rampling, Yamina Benguigui… Cette dernière reçoit
le Grand Prix pour Inch’Allah dimanche. |
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La deuxième édition reprend, si besoin était,
du tonus.
En témoignent le nombre de célébrités
– dont Coppola, Lynch, Jeanne Moreau – et celui
des journalistes candidats à la couverture de l’événement.
Des projections « populaires », comme celle
d’Astérix et Cléopâtre sur la
place Jemâa el Fna, coexistent avec les soirées
mondaines. « Marrakech 2002 » récompense
en particulier Go, du Japonais Isao Yukisada.
La vocation internationale du FIFM s’affermit lors
de l’édition 2003, de même qu’est
rappelée son identité de festival du Sud.
C’est ainsi que des pointures d’horizons aussi
divers qu’Alain Delon, Oliver Stone, l’Egyptienne
Yousra et l’Indien Amitabh Bachchan sont honorées.
L’année suivante, à nouvelle équipe,
nouvelle philosophie.
Un recentrage est opéré, et ce, au profit
de la dimension cinéma et aux dépends du côté
strass-paillettes et animations. Un hommage est rendu à
Claudia Cardinale, Youssef Chahine et Sean Connery. Sideways
reçoit l’Étoile d’or. Preuve de
la qualité du travail de programmation du FIFM, le
film sera ensuite nommé quatre fois aux Oscars.
Compte tenu de son jeune âge, le FIFM fait son chemin
avec une étonnante rapidité. Quand on sait
le nombre quasi-exponentiel de personnes souhaitant y être
accréditées ou invitées, on peut affirmer
que ce festival agit comme un aimant… Il trouve peu
à peu sa place parmi les grands, au côté
de Venise, Cannes, Berlin ou Deauville…
Remise de l’Étoile d’Or
pour Sideways
travelling
Le Maroc, nouveau royaume
du cinéma
On connaît Hollywood et Bollywood…
Sans doute faudra-
t-il trouver bientôt un surnom de ce type au Maroc,
tant le cinéma tient une part croissante dans son
économie. Qualité de la lumière, studios
remarquablement équipés – ceux de Ouarzazate
en particulier - faible coût de la figuration, tout
contribue à attirer les grands réalisateurs
étrangers et à favoriser l’essor du
cinéma national. Ajoutons que le savoir-faire des
artisans marocains est un atout particulièrement
important. C’est ainsi que pour le film Kingdom of
Heaven a été construit le plus grand décor
du monde… Sur l’année écoulée,
l’industrie cinématographique a dégagé
800 millions de Dh, intégralement dépensés
sur le territoire marocain. Le tournage de certaines scènes
de films à grand spectacle ont rassemblé jusqu’à
3 000 figurants et acteurs, 400 à 700 d’entre
eux étant employés sur des productions importantes
jusqu’à une année entière. Le
nombre des emplois induits est plus difficile à estimer,
mais entre la préproduction, la production et la
postproduction, de très nombreux secteurs, parmi
lesquels les assurances, les transports, les banques, le
cattering, les fournisseurs de bois ou de ciment ainsi que
certains métiers artisanaux, bénéficient
de retombées importantes.
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Les tournages en cours
Nombreux sont les films tournés ou en cours de tournage
au Maroc. Côté américain : Babel, The
Hills Have Eyes, Real Premonition, The Situation, Untitled
History Project. Côté français : C’est
Gravida
qui vous appelle, Gorgas Negras, L’Anniversaire,
OSS 117, Je suis l’Autre. Cinq autres films européens
sont à signaler : Women without Men (Allemagne) ;
Amants et secrets, L’Étrangère (Italie)
; The Wild and Wycked Life of Brian Jones et Fighting for
Strangers (Grande-Bretagne). Pour le cinéma panarabe,
il s’agit d’Al Marssa wa al Bahare (Égypte)
et de Moulouk Attaouaif et Youssef ben Tachefine (Syrie).
Les films marocains sont Cœurs brûlés,
d’Ahmed el-Maanaoui, Colère, d’Abdelhaï
Laraki, Corps dérobés, d’Abdel-kader
Lagtaa, Deux Femmes sur la route,
de Farida Bourquia, la suite d’Elle est diabétique,
hypertendue… mais elle refuse de crever, de Hakim
Noury, Kho-Rambo, de Mohamed Chbihi, La Symphonie marocaine,
de Kamal Kamal, L’Appel
du roi, d’Abdel-lah Mesbahi, Moroccan Dream, de
Jamel Belmejdoub. Enfin, les films de franco-marocains sont
J’ai vu tuer Ben Barka et L’Étranger.
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Le FIFM 2005
Honneur au cinéma espagnol ! Planifié du
11 au 19 novembre, le FIFM 2005 va mettre cette cinématographie
sous les feux de la rampe. Cette initiative accompagne le
réchauffement des relations diplomatiques maroco-espagnoles
depuis le changement de gouvernement à Madrid…
Parmi
les stars espagnoles présentes devrait figurer en
bonne place la pétulante Victoria Avril, qui est
déjà familiarisée avec le Maroc et
le cinéma marocain, puisqu’elle a joué
dans Et Après…, de Mohamed Ismaïl.
Plus originale et carrément inédite, la démarche
qui va consister à proposer, à partir du 7
novembre, un atelier de perfectionnement cinématographique,
avec deux grandes pointures des cinémas respectifs
de l’Occident et de l’Orient comme formateurs,
l’Américain Martin Scorcese et l'Iranien Abbas
Kiarostami. Les 16 « stagiaires » seront pour
moitié Marocains et New-Yorkais. Reconduits en mai
dernier à la tête de l’organisation et
de la programmation du festival, Nour-Eddine Saïl,
Fayçal Laraïchi, Mélita Toscan du Plantier,
Bruno Barde (et son équipe du Public Système
Cinéma)
ont pour mission,
selon le FIFM, de
« poursuivre la quête de nouveaux talents, de
découvrir des territoires méconnus et de faire
du festival un lieu incontournable, point de rencontre des
cinémas du Nord
et du Sud et
vitrine d’un art
sans frontières ».
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Grosplans
Mélita Toscan du Plantier
La première dame du festival
Lorsque Mélita Nicolitch, épouse Toscan
du Plantier, devient la directrice des Relations extérieures
et du Protocole du FIFM, dès la première
édition (2001), elle découvre, comme nombre
d'Occidentaux, un Maroc capable d'accueillir un grand
événement en l'honneur du 7e art.
La femme du célèbre producteur-réalisateur
assimile progressivement les subtilités d'une opération
qui exige professionnalisme et détermination. Dotée
d'une forte personnalité, elle creuse son sillon
et demeure
en place lorsque Daniel Toscan du Plantier disparaît
entre
la 2e et la 3e édition.
Avec l’étroite collaboration du Maroc, Mélita
et
l'ensemble d'Europa Cinéma Édition –
société chargée de l'organisation
du FIFM – mettent sur pied un hommage à la
défunte figure charismatique. Une partie non négligeable
de la jet-set internationale se presse à la soirée
dédiée
à ce dernier. « Dans le monde du cinéma,
déclare-t-elle, Marrakech fait connaître
chaque année davantage sa vocation fraternelle,
sa mission d'exception : montrer, partager, réunir.
Daniel est parti, mais [...] nous lui devons de réussir
son pari, le nôtre, le vôtre, afin que le
Festival
de Marrakech prenne la place qui lui est destinée
sur la mappemonde des rendez-vous de la cinéphilie
universelle. »
Devenue directrice déléguée, Mélita
Toscan du Plantier
est plus que jamais le pilier féminin, la première
dame
du festival. L'année suivante, c'est avec Le Public
Système qu'elle est mandatée pour organiser
la manifestation cinématographique numéro
un du Maghreb.
Nour - Eddine Saïl
Le “ Monsieur Cinéma” du Roi
La tête pensante la plus cinéphile du FIFM
est indéniablement Nour-Eddine Saïl. L'avoir
nommé vice-président en charge de la programmation
n'est que rendre justice à ce Tangérois
d'apparence austère et pourtant passionné,
directeur général du Centre cinématographique
marocain (CCM) depuis 2004. À ce double titre,
il fait figure de « Monsieur Cinéma »
du Roi.
Tout d’abord professeur de philosophie, il devient
parallèlement critique de cinéma et fonde
en 1973, puis dirige pendant dix ans, la Fédération
marocaine des ciné-clubs. Il quitte l'enseignement
quand, en 1993,
cette discipline est autoritairement supprimée
des programmes. Il rejoint alors la télévision
nationale et au poste de directeur des programmes de création,
innove en programmant des films comme Citizen Kane ou
La Strada. Lorsque Basri devient le – puissant –
numéro 2 du Royaume, cette période d'ouverture
faste est interrompue. S'en suivra l'écriture de
scénarios…
C'est en France qu’au cours de la décennie
1990, il renoue avec le petit écran. Canal + lui
confie la responsabilité de développer le
réseau international de la chaîne cryptée.
Une expérience bénéfique à
plus d’une titre : le Maroc de
l'an 2000, en pleine effervescence, le rappelle pour
diriger la chaîne 2M.
Au sein de la vice-présidence déléguée
– bicéphale – du FIFM, Nour-Eddine
Saïl tente de concilier les exigences d’un
festival marocain et celles d’un rendez-vous intercontinental.
Un exercice d’équilibriste s’il en
est…
Fayçal Laraïchi
Un gestionnaire féru d’images
Si, au sein du tandem de la vice-présidence déléguée
du FIFM, Nour-Eddine Saïl est en charge de la programmation,
Fayçal Laraïchi est responsable de l’organisation.
À ses yeux, le FIFM est une sorte de grande école
pour les cinéastes du royaume et une excellente
plate-forme de promotion des opportunités offertes
par le Maroc à l'industrie cinématographique
internationale. La mission de ce fringuant décideur
au festival sied à son profil de gestionnaire et
d'homme de l’audiovisuel.
Nommé par le Roi, directeur de la Télévision
en 1999, il est promu successivement directeur général
de la Radio-Télévision marocaine (RTM) en
2003 et P.-D.G. de la
récente Société nationale de radio-télévision
(SNRT) en 2005. Il a la charge de mettre en place le processus
de réforme et de modernisation visant à
libéraliser le secteur audiovisuel et à
encourager l'initiative privée.
Auparavant, il lance en 1989 Sigma Technologies, entreprise
spécialisée en postproduction, images de
synthèse, production et multimédia. Son
début de parcours ne le prédispose cependant
pas à cette nouvelle orientation. Il est, en effet,
directeur chargé de la restructuration et de la
réorganisation de la Société chérifienne
des travaux africains, de 1987 à 1988. En revanche,
cette nomination-là est une suite logique de ses
études en France et aux États-Unis : il
est ingénieur diplômé de l'École
spéciale des travaux publics de Paris et de l'université
de Stanford.
Fayçal Laraïchi est récipiendaire du
Friendship Award, en reconnaissance de sa contribution
à la résolution d’épineux problèmes
– au niveau éducatif et culturel –
relatifs à l'Accord de libre-échange maroco-américain.
Bruno Barde
Le maestro en coulisses
Être directeur artistique du Festival international
du film de Marrakech, c’est plutôt occuper
un siège éjectable que bénéficier
d’une sinécure ; ceux qui ont assumé
cette responsabilité lors des premières
éditions en savent quelque chose… Intégré
en 2004, Bruno Barde a pourtant été reconduit
dans ses fonctions en juin dernier, en même temps
que son équipe, pour une période de trois
ans.
La structure dont il est le directeur général,
le Public Système Cinéma, s’est forgé
une expertise du 7e art grâce aux festivals qu’elle
organise à travers le monde depuis 1995.
Sa propre expérience du secteur remonte à
l’année 1977. Comme attaché de presse
cinéma, il a pu faire la rencontre de grands metteurs
en scène tels que Fellini, Coppola
et surtout Tarkovski, qui le « marque à jamais
». Comme directeur de publicité, il a assuré
la promotion de Vivement dimanche, de François
Truffaut et du film
Les Compères, de Francis Veber.
Il décide de voler de ses propres ailes en 1986,
fondant une société de lancement publicitaire
et de relations presse de films et de festivals. «
Durant neuf ans, raconte-t-il, j’ai travaillé
sur toutes les cinématographies […], ce qui
préparait, sans que je le sache, mon regard de
futur directeur de festival. »
Durant son baptême du feu marocain, il « travaille
tellement » et se montre « si stressé
que tout prend des proportions dramatiques ! ».
À ceux qui, depuis 2001, soulignent les dysfonctionnements
du FIFM,
le directeur artistique réplique « sans la
moindre
gêne que le Festival de Marrakech est mieux organisé
que le Festival de Venise ».
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casting
Nabil Ayouche
L’enfant gâté de l’écran
S’il est une valeur sûre dans le secteur du jeune
cinéma marocain, c’est bien Nabil Ayouche. On
aime ou on n’aime pas son style, mais une chose est
sûre : son profession-nalisme rigoureux, doublé
de son sens poétique, sert le cinéma arabe et
universel.
En atteste le nombre de ses films qui ont voyagé et
reçu des prix à travers le monde. Ainsi, Ali
Zaoua, prince de la rue, un conte moderne à propos
des enfants des rues, fait en 2000 un demi-million d’entrées
dans le royaume, reçoit des prix dans une quarantaine
de festivals et est classé comme l’un des «
1001 films qu’il faut avoir vu avant de mourir »
par les Leading International Critics…
Moins primé, Mektoub attire tout de même quelque
350.000 spectateurs marocains en 1997-1998. Quant à
ses courts-métrages, ils sont presque tous récompensés
aussi. Aux yeux de certains, ce parcours sans faute dérape
en 2002 avec Une Minute de soleil en moins. Ce film policier
comprend une scène « osée », qui
subit les foudres de l’autorité marocaine de
contrôle. Les islamistes mènent alors la lutte
en faveur de la censure du film… La parenthèse
à demi refermée, le réalisateur fonde
la Coalition marocaine pour la diversité culturelle
et, à travers sa société Ali’n
Production – fondée en 1999 – encourage
de plus belle la découverte de talents cachés.
Son prochain projet cinématographique s’appelle
La Légende d’Ahraz. L’héroïne,
Leïla, débarque dans le Maroc de sa famille et
y démêle les fils de son histoire.
Laïla Marrakchi
La fille du Marock
Voici sans nul doute l’une des jeunes cinéastes
marocaines les plus prometteuses. La fraîcheur du regard
de Laïla Marrakchi sur la réalité de son
pays tranche avec la vision de nombreux réalisateurs
qui, délibérément ou inconsciemment,
ont privilégié, des décennies durant,
un Maroc en marge et plus ou moins figé, au risque
d'entretenir les préjugés occidentaux sur un
monde arabo-berbère qui n'est pas seulement celui «
folklore » et du sous-développement.
Son premier long-métrage, Marock, jette précisément
la lumière sur Casablanca dans ce que cette métropole
a de plus moderne. Une modernité certes mal digérée
et un brin m'as-tu-vu, celle du milieu dépeint : la
jeunesse dorée. Or, souligne tranquillement la réalisatrice,
« ce Maroc-là, certains voudraient le cacher.
C'est le Maroc des privilèges, de l'insouciance, et,
parfois, des excès. J'ai grandi dans ce milieu hypocrite,
partagé entre des traditions fortes et l'envie de s'émanciper
».
Marock est tellement réaliste que, lors d’une
projection au Festival de Casablanca l'été dernier,
Laïla a été acclamée par les jeunes
spectateurs, ceux qui fréquentent assidûment
les mêmes lieux que les personnages…
Avant la réalisation de ce film, la cinéaste
avait mis en scène dans ses courts-métrages
« l'autre » Maroc, notamment celui des clandestins
qui traversent le détroit de Gibraltar au risque de
leur vie – c'est l'Horizon perdu – ou celui des
mystères qui se cachent Derrière les portes
du hammam.
Rachid el Ouali
L’acteur fétiche
Il lui est déjà arrivé de présenter
trois films dans un même festival. Rachid El Ouali collectionne
les rôles dans les films de long et court métrage,
les téléfilms, voire les films publicitaires.
La coqueluche du cinéma marocain n'a pas de gêne
à reconnaître que c'est grâce à
la publicité qu'il a pu s'offrir une maison en bord
de mer… Dès le début de sa carrière,
il s’impose comme la révélation du 5e
Festival national de cinéma de Tanger en 1995. Il y
décroche le Prix du second rôle pour Voleur de
rêves de Hakim Noury.
Il récidivera en 2000 en obtenant le Grand prix du
Festival national de cinéma à Oujda pour Et
Après.., l'un de ces films à la frontière
des problématiques « société »
et « politique » dont le comédien est volontiers
partie prenante. Cela étant rappelé, l'artiste
a défini une limite :
il oppose un « non » catégorique lorsqu'on
lui propose de jouer dans un film relatant les Années
de plomb.
De même, ce père famille se refuse à accepter
un rôle dans un film outrageant la morale. Néanmoins,
il peut accepter un scénario abordant les problèmes
de vie privée avec finesse, humour, comme c'est arrivé
pour celui d'Elle est hypertendue, diabétique... mais
elle refuse de crever, de Hakim Noury. Rachid El Ouali vient
précisément de participer à la deuxième
partie de ce film à succès, très attendue.
Son tout dernier tournage en date est Moroccan Dream de Jamel
Belmejdoub, une comédie qui mêle la thématique
du sport à celle de l’émigration. Mais,
plus que jamais, « le beau gosse du cinéma marocain
» souhaite aborder une étape déterminante
de sa carrière : passer de l’autre côté
de la caméra. Un avenir bien engagé, puisque
comme réalisateur, il a déjà à
son actif trois courts-métrages...
Amina Rachid
La doyenne
Parvenue à l’âge de la sagesse, Amina Rachid
poursuit sa brillante carrière. La doyenne des actrices
marocaines a dernièrement participé au tournage
de Des Marocaines de Jérusalem d’Abdallah Masbahi,
un film qui décrit le drame de la Palestine et la lutte
palestinienne. Une thématique sérieuse, comparée
à celles des films qui ont immortalisé la comédienne,
à commencer par À la recherche du mari de ma
femme et de Lalla Hobbi, de Mohamed Abderrahman Tazi. L’artiste
y incarne le personnage le plus marquant de sa carrière
et l’un des plus populaires du cinéma marocain,
la femme répudiée d’un riche bijoutier
polygame de Fès.
« Dans mon imaginaire, se souvient le réalisateur,
le personnage de Lalla Hobbi correspondait parfaitement à
cette comédienne que j’avais observée
longtemps au théâtre et à la télévision
: un visage expressif, des moues significatives, une agilité
surprenante, une vivacité permanente, sans parler de
son élégance et de sa distinction ».
Mêmes qualités dans Elle est diabétique,
hypertendue… mais elle refuse de crever, de Hakim Noury.
Elle y représente formidablement la belle-mère
tyrannique crainte de tous… Dernièrement, elle
a tourné dans Pourquoi pas ? de Mohamed Ismaïl.
Elle y campe une mère veuve dans une trame mélodramatique
et sociale.
Amina Rachid est également une actrice-phare du petit
écran : elle a participé à plus de 600
œuvres télévisuelles, films, pièces
dramatiques, feuilletons… Elle a en outre laissé
son empreinte dans d’autres médias que la télévision,
jouant dans plus de 3.000 pièces radiophoniques !
Son parcours et sa personnalité lui ont valu un hommage
bien mérité lors d’une soirée spéciale
du FIFM 2003. |
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Zoomarrière
Un siécle de cinéma au Maroc
Arrivé au Maroc
avec le colonisateur, le cinéma y a souvent été
qualifié de « colonial », parfois de façon
totalement réductrice. Il faudra attendre 1941 pour
voir le premier film arabe et marocain. Mais, déjà,
Orson Welles, Fernandel et Hitchcock avaient élu le
Maroc comme terre de tournage privilégiée, avant
que ne leur succèdent Alexandre Arcady, David Lean
ou Martin Scorcese... Parallèlement, des réalisateurs
donneront leurs lettres de noblesse au cinéma marocain
décolonisé, notamment Hamid Benani, Souheil
Ben Barka, Hakim Noury et Abdelkader Lagtaa.
Tout comme dans le reste
du Maghreb, les Frères Lumière tournent au Maroc.
Leurs premières réalisations sur ce territoire,
plusieurs petits films, datent de 1896. L’année
suivante, ils organisent les premières projections
au palais royal de Fès. L’un des opérateurs
les plus fameux de l’équipe des Frères
Lumière est l’Algérois Félix Mesguich.
Il filme en 1907 l’action militaire française
destinée à faire
du Maroc un protectorat. Dès lors, les reporters cinématographiques
y affluent.
Le premier étranger à avoir l’idée
d’y tourner une fiction est Camille de Marlhon. Il s’agit
d’une série de films de piètre qualité
« scénaristique » ; cependant, ce sont
les premiers à avoir pour cadre les décors naturels
du Maroc. Il faut attendre 1919 pour que soit réalisé
le premier véritable long- métrage colonial
du pays, Mektoub, de Pinchon et Quintin. Le premier spectacle
cinématographique, si l’on peut dire,
a lieu en 1912 à Fès, avec un immense «
écran » tendu sur un
rempart. Les années 1920 sont marquées par une
ruée cinématographique sur le Maroc. Les films
de l’époque aiment à raconter des histoires
liées à des enlèvements. Moins «
colonial » que le Sang d’Allah ou Dans l’ombre
du harem, La Bandera de Jean Duvivier, avec Jean Gabin, raconte
en 1935 une histoire valorisant l’esprit légionnaire.
La décennie 1940 semble augurer d’un cinéma
crédible et solide pour le Maroc. Des structures professionnelles
apparaissent, comme en 1944 à Rabat, les studios et
laboratoires privés Souissi. La même année,
le ministère de l’Information crée le
Centre cinématographique marocain (CCM). Entre autres
objectifs : contrecarrer l’expansion du cinéma
égyptien et prévenir le risque de voir le grand
écran favoriser la propagation au Maroc d’un
nationalisme arabe. Parmi les cinéastes qui marquent
ces années figure André Zwobada. Ex-assistant
de Renoir, il est le premier à s’inspirer d’authentiques
contes marocains. C’est ainsi que Noces de sables, en
1948, est distingué au Festival de Venise. Une autre
fiction étrangère est primée hors des
frontières, et ce, au Festival de Cannes de 1952, sous
les couleurs marocaines, qui plus est. C’est le chef-d’œuvre
d’Orson Welles, Othello.
Le cinéma « maroco-marocain » fait ses
premières armes à cette époque. Celui
qui ouvre la voie, en l’occurrence, est au départ
un amateur, Mohamed Ousfour. Il tourne des sketches et des
petits films inspirés par tout ce qui sort des grands
studios. Tarzan devient Ibn el Ghaba ; Charlot, Joha ; et
Robin des Bois, Aïssa de l’Atlas ! |
Quelques
années plus tard, en 1944, sort un film-culte de la
comédie. C’est Ali Baba et les 40 voleurs, de
Jacques Becker, et avec Fernandel. L’un des comédiens
marocains est Abdou Chraïbi, qui va endosser le rôle
du meurtrier sur la place Jemâa El Fna dans L’Homme
qui en savait trop, d’Alfred Hitchcock, en 1955. Dans
cette œuvre marquante du cinéma anglo-saxon du
20e siècle, le Maroc n’est pas qu’un décor
naturel. On y entrevoit les coutumes locales.
Or, plus que jamais, les productions européennes et
américaines au Maroc privilégient alors la thématique
de l’aventure, au détriment de la prise en compte
de la réalité sociale et culturelle. Jean Fléchet
fait exception. Ce Français marocanophile réalise
pour l’Unicef, en 1953 et 1954, des films à caractère
médico-social et à vocation éducative.
Si l’on peut, globalement, fonder de sérieux
espoirs sur l’essor du cinéma au Maroc, de la
Seconde Guerre mondiale jusqu’au début des années
1950, l’accession du pays à l’Indépendance
en 1956 bouleverse la donne. D’un côté,
le Royaume doit bâtir les fondations d’une production
nationale ; de l’autre, il souhaite ne pas perdre cette
capacité à attirer les tournages prestigieux
de cinéastes étrangers.
Ce n’est que douze ans après la décolonisation
que le CCM produit des longs-métrages réalisés
par des cinéastes marocains, en l’occurrence
Vaincre pour vivre, de Mohamed B.A. Tazi, et Quand mûrissent
les dattes, d’Abdelaziz Ramdani et Larbi Bennani. D’une
façon plus générale, durant cette décennie
1960, le 7e art bénéficie d’une plus grande
attention de la part de l’État chez le voisin
algérien qu’au Maroc. Une situation qui profite
à l’activité privée, donc occidentale…
Presque au même moment sont tournés sur place
des films d’anthologie, dont le plus fameux est Lawrence
d’Arabie, de David Lean, en 1962.
1970 voit arriver une nouvelle génération de
cinéastes « locaux ». Regroupés
dans le collectif Sigma 3, ils interpellent la réflexion
du public, bousculant les normes d’écriture.
Leur premier film, Wechma (maladroitement traduit par «
Traces »), est une référence. Son réalisateur,
Hamid Benani, y brise nombre de tabous et signe là
l’un
des meilleurs films de l’histoire du monde arabe.
De même, après la première vague de cinéastes
formés essentiellement en France, dès les années
1950, à l’IDHEC
— dont Mohamed Abderrahman Tazi et Latif Lahlou ---débarquent
des réalisateurs passés par des écoles
de
cinéma d’autres pays occidentaux et d’Orient.
Reste la question lancinante du manque de moyens propices
à l’éclosion d’une industrie cinématographique…
Face au
vide, l’État s’engage, d’où
la mise sur pied d’une politique
de financement et la création du Festival national
du film (1982). Vrais artistes et pseudo-cinéastes
— « chasseurs de primes » — s’y
côtoient.
Chez les réalisateurs de métier, deux tendances
émergent : l’une, assez intellectuelle, l’autre,
plus commerciale. La première est alors représentée
en particulier par Souheil Ben Barka. Cet ex-assistant de
Pasolini réalise un pamphlet politique, La guerre du
pétrole n’aura pas lieu, en 1974,
et un ambitieux film anti-apartheid, Amok, en 1980. La seconde
démarche est suivie par Abdellah Mesnaoui,
qui s’inspire des mélodrames musicaux égyptiens
dans Silence, sens interdit, en 1973, et qui finit d’ailleurs
par travailler dans les studios d’Égypte.
C’est durant cette même décennie que la
critique cinématographique prend son essor dans le
royaume et que les débats idéologiques et socio-politiques
s’intensifient dans les ciné-clubs, qui connaissent
un nouvel élan sous la houlette du critique Nour-Eddine
Saïl. Les années 1980 apportent leur lot de talents
frais, dont Ahmed Bouânani
(Le Mirage, 1980), Jilali Ferhati (Poupées de roseau,
1981), Mohamed Reggab (Le Coiffeur du quartier des pauvres,
1982). Certains des films de débutants de la décennie
sont confrontés à de sérieux obstacles,
comme la censure
(Le Tourbillon, d’Abdallah Zerouali, 1980)…
Parallèlement à la création, des festivals
se développent, notamment le Festival méditerranéen,
inauguré à Tanger en 1968. Quant au Festival
national du film, il devient pour l’État, via
le CCM, une opportunité d’avoir un forum de projections
et de débats susceptibles de canaliser les actions
propices à un décollage du cinéma national.
Le cinéma occidental continue d’affectionner
le Maroc pour ses tournages en cette fin de 20e siècle,
du Dernier été à Tanger, d’Alexandre
Arcady, en 1987, à Kundun, de
Martin Scorcese, en 1997.
Au début des années 1990, une génération
montante de cinéastes marocains tente de diffuser un
nouveau discours, en dépit des moyens modestes dont
elle dispose. Citons Hakim Noury (Le Marteau et l’enclume,
1990), Jillali Ferhati (La plage des enfants perdus, 1991,
sélection au Festival de Venise), Abdelkader Lagtaa
(Un amour à Casablanca, 1991), Mohamed Abderrahmane
Tazi (À la recherche du mari de ma femme, 1993).
L’orée du IIIe millénaire semble être
prometteuse pour l’activité cinématographique
en terre marocaine. La jeune garde des cinéastes marocains
apporte une fraîcheur bienvenue, et les festivals des
pays riches ne s’y trompent pas, récompensant
Nabil Ayouche (l’hyperprimé Ali Zaoua, 2000)
ou Faouzi Bensaïdi (Mille mois, 2003). Ces deux derniers
ont en commun d’avoir d’abord étudié
l’art dramatique et d’avoir été
remarqués dès la sortie de leurs courts-métrages.
Des femmes, à l’avant-poste desquelles se trouve
Narjiss Nejjar (Les yeux secs, 2003), se distinguent par leur
volonté de desserrer le carcan social et mental.
Une autre tendance « éditoriale » est l’«
urbanisation » accrue des scénarios, de Mona
Saber, d’Abdelhaï Laraki en 2001,
à Les Bandits, de Saïd Naciri en 2003, après
des décennies
de mise en avant du Maroc rural ou ruralisé.
C’est en 2001 que naît le Festival international
du film de Marrakech (FIFM). Lancé quelques jours après
le 11 septembre, il s’honorera de la présence
de monstres sacrés du cinéma comme Francis Ford
Coppola, Youssef Chahine et Jeanne Moreau, plaçant
définitivement le Maroc sur l’orbite cinématographique
mondiale… comme y contribuent les tournages étrangers
dans le pays,
parmi lesquels les superproductions Alexandre, d’Oliver
Stone et Kingdom of Heaven (2004), de Ridley Scott ;
Raja, de Jacques Doillon (2003)…
Scène de Noces
de sable, de André Zwobada, 1948.
Le film d’Alfred Hitchcock l’Homme qui en savait
trop, 1955.
Raja, de Jacques Doillon, tourné à Marrakech,
en 2003. |
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Texte
Dominique Francœur |
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