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| Rêve
de maison: villa, riad et maison d'hotes à Marrakech |
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Une
maison entre ciel et mer…
Il n’est guère
de lieux à Tanger où souffle encore l’esprit
des années d’or. Accroché à sa
falaise, veillant sur le Détroit comme une sentinelle,
le quartier Marshan est de ceux-là. Le silence de
ses palais et de ses jardins semble encore résonner
des fêtes inouïes qu’y donnèrent
ses derniers seigneurs, Malcolm Forbes, Barbara Hutton ou
Elizabeth Taylor. Sur les terrasses du Café Hafa
chuchotent pour l’éternité les fantômes
de Paul Bowles, de William Burroughs, de Truman Capote et
de Jean Genet. Entre les tombes de la nécropole phénicienne,
ouvertes sur l’infini de la mer et du ciel, des amoureux
muets se tiennent par la main… Il règnerait
ici un peu de cette tristesse que donne le sentiment d’un
passé à jamais envolé s’il n’y
avait l’inconcevable beauté du paysage, si
ne parvenaient des ruelles populaires toutes proches, celles
mêmes où joua
Tahar Ben Jelloun enfant, des appels, des chants et des
rires…
« La pénombre d’une
alcôve
dédiée à la méditation »”
Rien d’étonnant à
ce
qu’un personnage aussi flamboyant qu’Yves Taralon
ait élu un tel site pour faire escale. À moins
que ce ne soit le site qui ait élu ce décorateur
et designer, directeur artistique chez Hermès, Puiforcat
et Saint-Louis… Il voulait une maison au bord de la
mer. Comment aurait-il résisté à l’idée
de la construire là où se rencontrent la mer
la plus chargée d’histoire et l’océan
le plus hanté de mythes et de légendes ? Il
aurait pu imiter ses prédécesseurs au Marshan,
bâtir une villa néo-mauresque, un pseudo-riad,
un palais andalou de pacotille… Il a préféré
l’orgueilleuse simplicité d’une maison
de pêcheur. Sa maison est celle d’un homme libre,
ni européenne, ni africaine, ni même marocaine.
Cosmopolite, dans le meilleur sens du terme, comme le fut
autrefois Tanger. Celle d’un citoyen du monde, qui
sait puiser à toutes les sources de l’art.
S’il a fait appel au savoir-faire des artisans tangérois,
c’est sans jamais céder à la tentation
d’un quelconque pastiche néo-marocain. S’il
a choisi des meubles et des bibelots signés de quelques-uns
des plus en vogue des designers actuels – Hervé
Van der Straten ou Noguchi - s’il a accroché
aux murs des toiles, des gravures et des lithographies d’artistes
contemporains, Charlotte de Maupeou, Marco del Ré
ou Jean-Charles Blais, c’est en obéissant à
l’éclectisme de son propre goût, non
en suivant une mode. N’est-ce pas cette liberté,
clairement et hautement revendiquée, qui définit
le mieux la vraie culture ?
On le comprend au premier coup d’œil : c’est
d’abord le respect du site et du voisinage –
celui des humbles demeures du quartier populaire plus que
celui des palais – qui a guidé ses choix architecturaux.
Matériaux simples – béton, chaux, carrelages,
fer forgé – formes élémentaires
– des cubes superposés en gradins qui rappellent
les villages berbères de l’Atlas ou les petits
ports de pêche de la côte méditerranéenne
– tout concourt à greffer la maison dans le
paysage sans l’agresser ni même le modifier.
Et voici une maison-falaise comme suspendue au-dessus des
éboulis rocheux de la grève, une maison-escalier
dont chaque marche géante est une terrasse ; une
maison-paquebot lancée dans une navigation immobile
vers le large. En haut, à deux pas du Café
Hafa, une porte anonyme dans un mur banal ouvre sur un petit
patio fleuri ; et puis un salon dans les tons rouges, largement
ouvert sur une terrasse, passerelle d’où le
regard ébloui, cherchant en vain la frontière
invisible où se rencontrent les eaux de la Méditerranée
et de l’Océan, finit par se perdre dans les
bleus confondus du ciel et de la mer… Puis un bref
escalier descend vers l’étage le plus intime,
celui des chambres. Chambre du propriétaire, d’abord,
avec ses poutres, sa salle de bains ouverte, ses meubles
et ses bibelots rares et simples dont on devine que chacun
a été non seulement choisi, mais élu
; chambres d’amis, ensuite, à la décoration
fluide, lumineuse et gaie ; une alcôve, enfin, baignée
dans une semi-pénombre silencieuse, peuplée
d’objets précieux, à la fois petit salon,
boudoir et peut-être – l’atmosphère
s’y prête si bien – lieu de méditation.
Encore un escalier, et l’on descend vers les espaces
réservés à la convivialité,
une vaste cuisine aux lignes géométriques,
aux murs nus, meublée d’une vaste table rectangulaire
et de bancs de synagogue, dont la sobriété
presque monacale est adoucie par l’humour de son éclairage,
des suspensions faites de bassines en fer-blanc ; une salle
à manger, ornée de fresques de Charlotte de
Maupeou, où le spectacle immobile et changeant de
la mer accompagne tous les repas… Comme dans une maison
à l’envers – le patio, déjà,
ne se trouve-t-il pas à l’étage supérieur
? – c’est au niveau le plus bas que se situe
la grande terrasse, celles des chaises longues et des siestes
au soleil, des parasols et des sereines contemplations de
l’horizon marin…
Ayant emprunté à toutes les cultures, chiné
sur tous les continents, Yves Taralon prenait le risque
de l’hétéroclite, du disparate, de l’incongru,
voire du kitsch. Or, c’est à une vraie harmonie
qu’il a su aboutir. Est-ce parce que, d’un étage
à l’autre, les rayures des « fouta »
– ces tissus traditionnels dont s’habillent
les paysannes du Rif – reviennent comme un leitmotiv
coloré égayer les chaises, les divans et les
coussins ? Est-ce parce que l’omniprésence
de la mer sert d’unité de lieu ? Ou parce que
l’éternité des paysages que l’on
découvre de ses fenêtres et de ses terrasses
sert d’unité de temps ? Tout cela joue, peut-être.
Mais moins sans doute qu’une évidence : Yves
Taralon a construit sa maison à son image, celle
d’un homme sans préjugés esthétiques,
uniquement guidé par l’amour du beau, quelle
qu’en soit l’origine géographique ou
ethnique. Et si l’on ajoute qu’il a su s’effacer
quand il le fallait devant l’impérieuse grandeur
du site, comment pouvait-il alors se tromper ?
Des espaces de
vie tout en
exquise simplicité.
De l’atmosphère intense
d’un cabinet de curiosités...
Toute la fantaisie d’un chineur
éclectique...
... à la sobriété
linéaire de la cuisne.
Le minimalisme sohistiquée d’une
salle de bains.
Vivre comme
sur la passrelle
d’un paquebot
immobile
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Texte : Jean Missiourny
Photos :Mathieu Gast
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Carpe
diem... Sofitel
Agadir
Agadir, Baie des Palmiers… La ville
blanche, célèbre station balnéaire du
Sud marocain, accueille depuis toujours des touristes venus
de tous les horizons. Leur devise : « far’ niente
», leur point commun : lézarder au soleil, bercés
par le roulis des vagues de l’Atlantique.
Une équation simple à laquelle le Sofitel d’Agadir
a ajouté une composante intelligente : cultiver l’art
de vivre. Une certaine façon de transformer le plomb
en or…
Des gazons ponctués de géométrique îlots
de repos.
Ipiritualité, aventure humaine sans
artifices et art de vivre semblent être les principes
fondateurs du siècle naissant. Une nouvelle philosophie
de l’appréhension du temps, qui fait désormais
la part belle au style et à l’élégance,
au sens propre comme au figuré. Cette intelligente
mutation, Hamid Bentahar l’a parfaitement intégrée,
se positionnant ainsi en précurseur d’une nouvelle
manière de vivre le loisir à Agadir. Jeune directeur
inventif et étonnamment charismatique, Hamid dirige
le Sofitel d’Agadir – du groupe Accor –
comme une immense maison d’hôtes. Un miracle pur
et simple – presque aussi incroyable que la transformation
du plomb en or, justement –, lorsqu’on sait que
l’hôtel compte deux cent soixante-treize chambres
et plusieurs suites. Avec une telle capacité d’accueil,
il était difficile d’imaginer que le lieu puisse
être chaleureux et personnel. Et pourtant…
Si le Sofitel d’Agadir n’est pas répertorié
dans les hôtels de charme, il en a toutes les caractéristiques.
Après s’être longtemps cherché (plusieurs
projets hôteliers ont été arrêtés
au stade de l’ébauche), l’éta-blissement
affirme à présent avec force son originalité
: inspiré de l’architecture traditionnelle d’une
kasbah, l’hôtel se devine plus qu’il ne
se dévoile de l’extérieur. Devant la sobre
façade blanche, dont la linéarité est
rompue uniquement par la porte à double vantail en
bois sculpté, la rotonde capitonnée d’épais
coussins blancs constitue un aveu à elle seule : bien-être
et art de vivre sont ici servis sur un plateau d’argent.
Le message trouve écho dans l’immense patio qui
succède au sas d’entrée. Ici, la contrainte
et la banalité n’auront droit de cité.
Conçu comme un riad aux proportions généreuses
par l’architecte A. Brakez, et l’assistance d’un
cabinet d’architectes de Singapour, cet espace à
ciel ouvert s’étend sous un dais de voiles écrus.
Banquettes de zelliges garnies de coussins épais réunies
en un carré central, sénia sur laquelle des
verres de thé fumant attendent les invités,
séguias véhiculant une eau chantante jusqu’à
la traditionnelle fontaine trônant sous un puits de
lumière, palmiers s’élançant vers
le ciel, murs recouverts de peinture façon pisé,
meubles de bois sombre ouvragé… Rehaussée
de discrets clins d’œil aux arts décoratifs
marocains et à la culture touareg, l’architecture
locale s’épanouit pleinement. Entorse délibérée
aux principes régissant l’agencement d’un
hôtel classique, la réception, presque invisible,
est éloignée de l’espace d’accueil.
Un choix qui confirme la philosophie du Sofitel : comme dans
une maison d’hôtes, l’invité ne doit
pas avoir la sensation d’évoluer dans un lieu
impersonnel.
Au Sofitel Agadir, chaque espace de vie a sa particularité.
La structure de l’hôtel à elle seule le
confirme. Dans la prolongation du riad, de grandes portes
vitrées ouvrent sur le restaurant La Nasse. De prime
abord, rien de surprenant, si ce n’est l’étal
rutilant sur lequel sont disposés langoustes, gambas,
soles, mérous, courbines et autres produits de la mer,
fruits de la pêche matinale. L’originalité
du restaurant réside dans son principe, simple mais
tellement séduisant pour les chercheurs d’authenticité
: le convive désigne lui-même sur l’étal
le poisson ou les fruits de mer qu’il souhaite consommer,
puis choisit le mode de cuisson et la garniture. Chacun est
libre de composer son menu selon son envie, tout en observant
la cuisson du pain traditionnel dans le four en terre, près
de la piscine. Eclairées par de facétieuses
appliques pisciformes – des créations de Bassam
Haddad –, les larges tables en teck sont disposées
autour de la cuisine à foyer ouvert. Mais comme ici
l’espace n’est pas figé, le restaurant
se prolonge au-delà des baies vitrées vers un
autre horizon : enjambant une séguia, des passerelles
d’iroko mènent à l’esplanade au
sol de bejmat, que jalonnent des espaces de repos, comme ces
deux tours au sommet desquelles sont pratiqués les
massages en plein air – un pur bonheur – qui,
comme un écrin couleur terre, sertit la piscine, immense
nappe turquoise de 2 800 m2… En aucun point du vaste
bassin, la profondeur de l’eau ne dépasse 1,45
m. Intelligent principe qui bannit les nuisances sonores –
impossible de plonger – et, surtout, la promiscuité,
à tel point que, par moment, on peut avoir l’agréable
sensation d’être seul au monde… Seul dans
un univers dédié au bien-être, comme le
prouvent les gigantesques hamacs montés sur socle de
bois sombre, en quasi lévitation au-dessus de l’impeccable
pelouse verte. Comme le suggèrent aussi les innombrables
coussins beige – étonnamment grands – qui
ponctuent les espaces gazonnés d’îlots
de repos qui, par jeu ou par préférence, peuvent
être déplacés, réaménagés,
agrandis, ou tout simplement réduits à un unique
coussin inondé de soleil. Même le restaurant
qui jouxte la piscine, illustre ce principe très zen
: les coussins posés à même la pelouse
encerclent des tables rondes, rappel d’une tradition
très marocaine. On s’agenouille, on s’allonge,
une main soutenant légèrement la nuque, improvisant
avec délectation un de ces déjeuners sur l’herbe
chers aux Impressionnistes… Rappelez-vous, ici nulle
contrainte… Seule commande l’envie du moment,
que sait anticiper un personnet rompu aux règles de
l’hospitalité. Évoluant au milieu des
hôtes, ces silhouettes élégantes –
avec le concours des stylistes Lamia El Messaoudi et Nadia
Anouar, Hamid Bentahar a conçu les garde-robes en lin,
coton et ramie, en s’inspirant des tenues traditionnelles
marocaines –, savent être à la fois discrètes
et prévenantes.
Tout autour de la piscine sont réparties les chambres
et les suites, dont une, la Royale, avec piscine privée.
Si, de l’extérieur, rien n’accroche le
regard – les façades peintes en blanc mettent
idéalement en valeur le bleu turquoise de la piscine
et le vert lumineux des pelouses –, les chambres sont
élégantes et spacieuses, séparées
de leur salle de bains par une immense vitre ornée
de motifs floraux. Toutes disposent d’un accès
direct à la piscine… ou à la plage. Agrémentées
tantôt d’une terrasse, tantôt d’un
jardin privé, les suites s’étirent au
soleil. Là aussi, dilection pour l’union du bois
sombre aux tons pastel, du luxe sans ostentation : entrée
privative à ciel ouvert, fin moucharabieh, marbre clair,
lignes épurées se prolongeant vers l’océan
et les dunes… Le chemin qui mène à la
plage longe une ferme miniature hébergeant des poneys,
des chèvres, des poules et un âne. On observe,
on sourit, on s’émerveille de scènes oubliées
dans l’univers citadin – un chevreau est né
ce matin sous le regard ébahi des enfants –,
on oublie le temps qui passe. Et puis ce sera peut-être
l’heure choise pour le hammam : bain de vapeur, envelop-pement
au ghassoul, gommage, massage… l’endroit est particulièrement
prisé. Avec patience et courtoisie, Fatima-Zahra explique
et décrit au nouveau venu les soins traditionnels qu’elle
connaît si bien. Du hammam parviennent d’irrésistibles
senteurs de musc, d’ambre, de fleur d’oranger
et de jasmin... La piscine éclairée projette
sur les murs blancs des vaguelettes mouvantes. Le vent n’est
plus qu’un léger souffle sur les trente-trois
palmiers qui, comme les parasols figurant une cohorte de burnous
immobiles, semblent veiller sur la quiétude des hôtes.
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d'hote marrakech immobilier
à tanger |
texte :Carole Belahrach
Photos Francis Vauban et Cyril Letourneur d’Ison pour
Accor
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