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| Horizons |







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Tanger,
la belle métisse
Elle fut tour à tour phénicienne,
romaine, berbère, arabe, portugaise, espagnole,
française, marocaine, bien sûr, mais par
éclipses, avant de le rester définitivement
voici cinquante ans. Elle vécut au XXe siècle
un âge d’or de trois décennies avec
le statut bancal de ville franche internationale, sous
l’autorité fictive d’un sultan sans
pouvoir, celle, à peine moins diffuse, d’une
assemblée représentant neuf grandes puissances,
celle, enfin, bien réelle cette fois, d’une
faune interlope de commerçants, de banquiers,
de financiers, de trafiquants, d’escrocs et de
truands venus de tous les horizons se vautrer dans les
délices d’un paradis fiscal. Poste avancé
de l’Europe en Afrique ou porte de l’Afrique
ouverte sur l’Europe, Tanger demeure la plus métissée,
la plus cosmopolite des cités marocaines…
« Tanger à la gorge bleuâtre,
tourterelle posée sur
l’épaule de l’Afrique... »
Henry de Montherlant
Rien de plus injuste, et pourtant…
On ne vient pas à Tanger pour ce qu’elle
est – une ville superbe, lovée dans l’une
des plus belles baies de Méditerranée
– mais pour ce qu’elle fut. La mémoire
collective, nourrie par la littérature et le
cinéma, l’a hissée au rang des hauts
lieux du romanesque contemporain. Espions couleur de
muraille, bordels et bars à matelots, rôdeurs
et souteneurs, traite des blanches et contrebande ont
beau avoir rejoint le cimetière des mythes les
plus éculés, leur souvenir demeure si
vivace qu’il occulte le vrai visage de la ville.
Il en est de même de ces personnages flamboyants
– Malcolm Forbes ou William Burroughs, Paul Bowles
ou Samuel Beckett, Tennessee Williams, Pasolini, Kerouac,
Ginsberg ou les Rolling Stones – qui firent un
temps de Tanger l’une des capitales mondiales
des arts et des lettres. Certes, on ne peut s’asseoir
aux terrasses du Café Hafa ou du Grand Café
de Paris sans évoquer leurs fantômes, on
ne peut traverser le Petit Socco sans imaginer Jean
Genet errant à la recherche d’un amant
de passage, on ne peut enfin contempler les palais du
Marshan sans peupler leur silence de la rumeur des fêtes
où chérifs et vizirs, milliardaires américains
et lords anglais rivalisaient de folies dionysiaques…
Mais ne parlez plus de ces temps aux Tangérois
d’aujourd’hui. Rien ne les agace autant
que de voir les visiteurs partir à la traque
d’un passé révolu, aveugles à
tout ce que leur offre le présent. Non, leur
ville n’est pas « une dame qui n’ose
plus se regarder dans un miroir », pour reprendre
le jugement désabusé de Tahar Ben Jelloun.
Elle a connu ses heures de paillettes et de strass,
elle a longtemps déployé un charme sulfureux
qui a fasciné les amateurs d’exotisme canaille.
Mais la page est tournée, il faut s’y résigner…
Tanger a d’autres séductions, que l’on
commence à peine à redécouvrir.
Son site, tout d’abord : une baie à la
courbe parfaite, dominée par un promontoire auquel
s’accrochent les murailles de la kasbah, et comme
une cascade blanche dévalant ses flancs, les
toits plats de la médina ; au loin, barrant l’horizon,
la frange dure de la côte espagnole et la silhouette
estompée du rocher de Gibraltar. On comprend
que les badauds qui hantent en permanence l’un
des belvédères de la ville – la
bien surnommée Terrasse des Paresseux –
semblent ne jamais se rassasier du spectacle.
Son port, ensuite : si l’on veut retrouver quelques
lambeaux de l’atmosphère qui fut celle
– du moins on l’imagine – de la grande
époque de la zone franche, c’est sur ses
quais qu’il faut aller flâner. Cohue mouvante
de palangriers, de chalutiers et de barques à
lamparos, amas de filets ruisselants, odeurs puissantes
d’eau croupie et de gas-oil, gueules de pirates…
Il règne là une énergie, une vibration,
une force à peine contenue qui empoigne. Comment
s’en étonner ? Dans cette foule qui se
bouscule sur les pavés gluants de viscères
et d’écailles, combien de clandestins,
éblouis par le miroir aux alouettes de l’Europe,
si proche qu’on croirait presque pouvoir la rejoindre
à la nage, viendront ce soir risquer leur vie
sur les eaux traîtresses du Détroit ? Combien
de faux pêcheurs tenteront bientôt de débarquer
leurs ballots d’herbe et de résine de cannabis
sur la côte espagnole ? À deux pas du port,
la médina semble par contraste presque paisible.
Même si les nuits du Petit Socco restent parfois
chaudes, les souvenirs des voyous réglant au
couteau ou revolver leurs conflits de territoire sont
bien loin… Des femmes accroupies, enveloppées
dans leurs foutas rayées et coiffées de
leurs grands chapeaux de paille à pompons de
laine, vendent sur le trottoir leurs fruits et leurs
légumes, des hommes silencieux fument et bavardent
à la terrasse du Café Tingis, des gamins
se poursuivent en criant de ruelle en ruelle. Le Maroc
de toujours, direz-vous… Mais d’où
vient que l’on éprouve le sentiment vague
d’un exotisme bizarre, sans rapport avec les clichés
habituels ? Et puis tout s’éclaire…
Cette médina ne respecte pas les normes de l’architecturalement
correct : les maisons tradition-nelles aux murs presque
aveugles côtoient des façades néo-mauresques
ou Art-Déco, des porches aux dimensions haussmanniennes
s’ouvrent sur des cours de fondouks, des balcons
à l’espagnole surplombent des échoppes
d’épices, le clocher d’une église
et le minaret de la Grande Mosquée se dressent
à deux cents mètres l’un de l’autre…
L’Orient et l’Occident s’interpénètrent
ici depuis tant de siècles qu’ils ont fini
par se fondre dans une singulière harmonie, inconnue
ailleurs.
En sentinelle au-dessus de la médina, la kasbah
semble s’être figée dans un repli
du temps. Avec ses palais et ses masures, ses placettes
et ses fontaines, ses ruelles aux murs peints –
bleu Majorelle, jaune citron, blanc de chaux –
d’où ruissellent parfois hibiscus et bougainvillées,
elle est lumineuse comme une toile de Matisse, nostalgique
comme un rêve d’orientaliste. Mystère
des portes closes, silhouette furtive entrevue dans
l’ombre d’une impasse, odeurs de pain chaud,
appels d’un marchand ambulant… Cette kasbah,
si belle qu’on pourrait la prendre pour un musée
à ciel ouvert, est pourtant habitée et
vivante. « Un concentré de marocanité
», dit Abdesselam Akkaaboune, le gardien de sa
mémoire (encadré p. 48)… Attention,
cependant… On passerait complètement à
côté de ce qui fait le charme indéfinissable
de Tanger si l’on se limitait à visiter
ses quartiers les plus « authentiques »,
pour employer un mot vide de sens. Tout aussi «
authentiques » sont le boulevard Pasteur, ses
cafés et sa mythique Librairie des Colonnes,
le front de mer où le vendredi soir la ville
entière semble se donner rendez-vous, le Grand
Socco et son ballet de taxis qui débarquent et
rembarquent sans cesse des paysans chargés de
ballots, le parc de la Mendoubia et ses arbres centenaires,
les palais et les maisons de pêcheurs du Marshan,
l’église Saint-Andrew’s et son émouvant
petit cimetière, le théâtre Cervantès
et ses portes closes, l’arène désertée
de la plaza de toros, la Montagne et ses villas princières…
Tanger la polyglotte, Tanger la métisse, Tanger
l’Africaine d’Europe et ’Européenne
d’Afrique est la somme de ces rencontres improbables,
de ces alliances inattendues, de ces étranges
voisinages. C’est dans cet équilibre si
fragile – qui pourtant résiste si vaillamment
aux siècles – qu’elle puise son inexplicable
séduction...
Texte Caroline de
Beauregard
Photos Mathieu Gast |
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La
mémoire de Tanger
Il habite au cœur de la kasbah, dans un riad digne
d’un prince. Visage émacié, regard
un peu perdu de ceux qui poursuivent une longue méditation
intérieure, doigts fins qui caressent parfois
distraitement les cordes d’une guitare, Abdesselam
Akkaaboune a tout connu du Tanger des années
fastes. Dans le club de jazz qu’il avait créé
avec Randy Weston, ont défilé les artistes
et les écrivains, les mondains et leurs courtisans,
les milliardaires et leurs parasites, bref tous ceux
qui bâtissaient alors la légende de «
l’Interzone ». Et puis c’est chez
lui qu’ils sont peu à peu venus…
Vous vous installez dans le fauteuil qu’occupèrent
Brian Jones ou Paul Bowles, et il vous parle doucement
de ce passé enfui, contemplant l’infini
par la fenêtre ouverte sur le ciel et la mer.
Il faut l’écouter : lui seul peut faire
comprendre combien la vie fut ici intense, combien le
bouillonnement créatif y fut original et fécond…
Chez Abdesselam Akkaaboune avec les Rolling Stones.
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Un projet
colossal...
15 milliards de Dh d’investissement, deux zones
franches logistiques, l’une de 98 ha, l’autre
de 600 ha, une zone franche commerciale, une zone touristique
de 190 ha – concédée à l’opérateur
Imarati Jbel Ali Free Zone –, 145 000 emplois progressivement
créés… Décidé en 2003
par S.M. le roi Mohammed VI, le projet du Complexe Portuaire
Tanger-Méditérranée, situé
à 35 km à l'est de la ville, est l’un
des plus ambitieux jamais lancés au Maroc, et va
redynamiser toute l’économie du Nord. Mise
en service prévue pour le premier semestre de 2007. |
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Le Café
Hafa
Surplombant la mer, quelques terrasses étroites
reliées par des marches trop hautes, des tables
en fer à la peinture écaillée,
des chaises en plastique de supermarché…
Mais une vue sublime sur le Détroit, la ville
et son port… C’est dans ce café mythique
que s’est construite en partie la légende
de Tanger. De Paul Bowles à Mohamed Choukri,
de Jean Genet aux Beatles, tous les amoureux de l’âme
tangéroise sont venus ici bavarder, écrire,
peindre, boire le thé à la menthe ou fumer
la chicha. Il est des lieux que l’on sait habités,
où l’on pressent que les vivants et les
morts peuvent dialoguer en paix. Le café Hafa
est de ceux-là… Souhaitons qu’on
ne doive pas un jour en parler à l’imparfait
: une étoile française de deuxième
grandeur, comédienne et chanteuse, icône
de la bien pensance et porte-drapeau du politiquement
correct, n’a pas hésité à
faire élever un mur en béton pour préserver
des regards sa maison, mitoyenne du café. Et
tant pis pour la vue gâchée, tant pis pour
le panorama amputé… Les discours sur le
respect des autres, c’est bon pour les dîners
en ville, n’est-ce pas…
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Médi
1, la voix de Tanger
À qui prétendrait que Tanger a son avenir
derrière elle, Médi 1 apporte un démenti
cinglant. Cette radio, c’est la voix qui proclame
haut et fort dans tout le Maroc que la culture tangéroise
est vivante, que la parenthèse d’une éclipse
plus supposée que réelle est bel et bien
refermée. Ne dites en tout cas pas à Abdallah
Mountassir,
son animateur programmeur vedette – également
comédien, il a joué entre autres dans
« Loin » de Téchiné –
que Tanger n’est plus qu’une provinciale
endormie, accrochée aux lambeaux de sa gloire
passée. Elle est au contraire la ville de tous
les possibles, jeune, vivante, vibrante d’énergie
et de créativité. Serait-elle en passe
de redevenir une capitale des arts et des lettres ?
Pourquoi pas… ? Inch Allah… |
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Riad
Tanja
1ère maison d’hôtes
à la médina de Tanger Surplonbant
la baie de tanger riad
Emplacement exceptionnel sur les remparts de Tanger,
végétation luxuriante, panorama saisissant
à 360° sur la médina, le port, la
mer et la ville , le Riad Tanja est une étape
de charme. Jouxtant la Légation américaine,
cette maison d’hôtes distinguée semble
résonner de l’écho des artistes
– Delacroix, Saint-Saëns, Matisse, Van Dongen…
- qui, en succombant aux attraits de la ville blanche,
en auraient sans hésiter fait leur havre de prédilection.
Posé sur les vieux remparts, le Riad Tanja est
de ces lieux empreints d’une âme véritable,
de ces espaces que l’on fait siens. Ici des tableaux
et des gravures anciennes, là des romans, là
encore un vieux meuble chiné, le style élégant
et raffiné du riad en appelle au charme d’autre
fois. Des chambres, du salon, du restaurant aux larges
baies vitrées ou encore de la terrasse, le regard
embrasse l’une des villes les plus attachantes
du Maroc.
Riad Tanja
Rue du Portugal escalier américain 30000 Tanger
- Médina
Tél : 044 25 16 55 Fax : 04445 87 12
E-mail : riadtanja@menara.ma
Site web : www.riadtanja.com

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