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Saveurs
de poisson
Où
dîner à Tanger ? La question est d’importance,
au moins pour les fines gueules. Car, avouons-le, si la ville
propose d’innombrables séductions, celles de
la table en sont singulièrement absentes. Non que l’on
y manque de beaux produits, ceux de la pêche en particulier.
Ni d’ambitions plus ou moins justifiées, comme
en témoigne la carte de quelques adresses où
les intitulés battent, le plus souvent sans convaincre,
le rappel des grandes cuisines méditerranéennes,
française, italienne, espagnole et, bien entendu, marocaine.
Ni enfin de ce théâtre que certains restaurants
de grands hôtels ont joliment su mettre en scène
– linge de table brodé, argenterie et cristal,
service mpeccablement chorégraphié – qui
participe tant des plaisirs gourmands. Mais voilà…
À de rares exceptions, dont celle, notable, de la Villa
Joséphine (voir notre rubrique « Mille et Une
Nuits », page 92), la déception est très
souvent au rendez-vous de l’assiette.
C’est finalement dans une minuscule salle située
à mi-volée de l’escalier qui mène
de la rue de la Liberté au Marché des Pauvres
que nous avons connu notre plus authentique bonheur papillaire.
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Même si les Tangérois bien renseignés
le tiennent pour l’une des meilleures tables de la ville,
« Saveurs de Poissons » est l’archétype
du restaurant populaire. Un étal de poissons sur le
seuil, une cuisine largement offerte à la vue des assants,
une petite salle décorée de zelliges dans une
pénombre agréable et, autour d’une grande
jarre en terre où mijote toute la journée une
soupe de poissons et de fruits de mer, six tables de bois.
Pas de chichis : des serviettes en papier et, en guise de
couverts, une fourchette en bois… On se débrouillera
avec des tranches de pain sorti tout chaud du four et, surtout
avec ses doigts… Pas d’alcool, mais la boisson
maison : un jus de fruits délicat (fraises, coings,
raisins, nèfles, oranges...). On a à peine choisi
au menu son poisson – il y avait ce jour-là du
turbot, de la dorade, du bar, de la sole et du requin –,
que la table se couvre d’un ahurissant encombrement
de plats : bols d’amandes tièdes, soupe de poisson,
salades, ramequins de crevettes poëlées sur lit
d’épinards, sardines grillées, brochettes
de requin, qui laissent tout juste assez d’appétit
pour goûter le loup à la plancha et la dorade
aux brocolis recommandés par le patron. Lequel veille
du coin de l’œil, sévère et rigolard,
à ce qu’on ne laisse dans l’assiette que
des arêtes bien nettoyées… Impossible de
refuser les desserts : fraises au miel et le « dessert
des Pharaons » (pignons de pin, amandes pilées
et miel sauvage) étaient tout implement divins. Impossible
également de se plaindre de l’abondance du repas
: la mystérieuse infusion de 14 herbes servie en guise
de digestif est censée vous remettre à table
dans l’heure qui suit… Ajoutons ces deux points
essentiels : d’une part, la propreté est parfaite,
ce qui n’est pas toujours le cas, loin s’en faut,
dans les petits restaurants de ce type, et l’accueil
d’une gentillesse confondante…
Saveurs
de Poissons, escalier Waller, derrière l’hôtel
El Minzah,
entre la rue de la Liberté et
la rue Oualili. Menu unique
à 150 Dh.
Les plus
Une atmosphère authentiquement tangéroise.
Des produits d’une fraîcheur impeccable.
Un remarquable rapport qualité/prix.
Par Maurice Busloup - Photo
Mathieu Gast |
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Casa
Lalla
Médina de Marrakech, Derb Jamaâ.
À quelques pas de la place Jemaâ El Fna, de son
halo de fumées odorantes et du battement saccadé
des tarijas, se niche l’élégante Casa
Lalla. Ce riad, tenu par Richard et Sophie, un jeune couple
franco-britannique, doit ses lettres de noblesse à
une table hors pair. Mais pas seulement… Casa Lalla
est aussi une jolie maison d’hôtes, toute de sobriété
et de raffinement mêlés. Du hall d’entrée
à l’éclairage tamisé jusqu’à
la galerie supérieure au plafond aux fines poutres
blanches striées, le regard est comblé. Dans
le patio, le bassin latéral en zellige bleu délavé
met en valeur les tons vifs des canapés et des tentures.
Le salon aux larges fauteuils de bois foncé invite
à une intelligente oisiveté : exposition de
« photos-graphiques » de Gabriel Martel, jeu d’échecs
rappelant « Alice au Pays des Merveilles », collection
de beaux livres… L’étroit escalier qui
mène à la galerie supérieure est souligné
par une main courante en briquettes de bejmat et les marches
sont éclairées par de discrets carrés
lumineux incrustés dans les murs.
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Dès
les beaux jours, la terrasse délimitée par un
rempart de jarres en terre cuite se transforme en lieu de
repos privilégié et accueille le soir ce qui
est désormais reconnu comme l’une des grandes
tables de Marrakech.
Il est vrai que, connaissant la carrière de Richard
Neat – étonnamment brillante pour un si jeune
chef – on ne peut s’attendre à un repas
banal. Avec deux étoiles au « Pied-à-terre
» de Londres et une étoile au « Neat Restaurant
» de Cannes, il affiche déjà un palmarès
que beaucoup lui envieraient. En s’installant à
Marrakech, il a voulu aborder une autre manière de
concevoir son art : ne plus rechercher l’approbation
des mandarins de la haute cuisine mais, suivant ses propres
mots, « se faire plaisir en faisant plaisir ».
D’où les quelques principes en vigueur à
Casa Lalla, qui déconcertent d’abord, puis emportent
l’adhésion. D’une part, le nombre des couverts
est limité à douze, jamais plus ; d’autre
part, inutile de demander le menu, qui est chaque jour nouveau
et laissé à l’appréciation de Richard
et à son humeur du moment… Alors nous nous sommes
laissé guider par lui, et croyez bien que nous ne l’avons
pas regretté… Ce soir-là, il avait imaginé
un très subtil taboulé accompagné d’écrevisses
et de tomates confites, suivi d’audacieux raviolis de
foie gras aux filaments de dattes confits ; non moins convaincants,
la queue de lotte en salade et tempura de poivron rouge et
le filet de saint-pierre et sa hollandaise d’aubergines
ont révélé, tout comme la délicate
cuisse de lapin en briouate et purée de petits pois,
la maîtrise du chef dans l’équilibre des
saveurs et le dosage millimétré des épices…
La douceur des cerises et riz à la crème ont
conclu un repas qui, pour aligner une succession de six plats,
ne s’est pas moins révélé d’une
légèreté aérienne. doute qu’avec
Richard Neat, Marrakech s’est enrichie de l’un
des chefs les plus originaux et les plus inventifs du moment...
Les plus
Un cadre raffiné
Une atmosphère intime.
Une aventure gourmande pleine de surprises
Casa Lalla
Rue Riad Zitoune Lakdime, 16 derb Jamaa, Marrakech Médina,
Tél. : 00 212 (0)
44 42 97 57.
Tarif unique : 350 Dh (hors boissons)
Sur réservation uniquement
Par Jean-Claude Villauclerc
et Iman Sorhaz |
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Par Carole Belhrach et Alexandre Villegruau.
photo Mohamed Kamal
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