Aimer les gens, dit-il...
Gestionnaire de fortunes
chevronné et homme de cœur, Moustafa Belkhayate
est de ces personnages que Marrakech adopte avec enthousiasme.
Dans cette ville dont il est tombé amoureux, il aborde
un tournant de sa vie professionnelle...
« Oui, c’est vrai, je suis l’homme dont
on dit qu’il fait des miracles en Bourse. Mais si
vous saviez à quel point il peut être simple
de ne pas perdre d’argent sur les marchés financiers
! Il suffit de lire les chiffres au lieu d’écouter
ses fantasmes »…
Pour Moustafa Belkhayate, la bourse et les marchés
financiers sont en effet beaucoup moins risqués qu’il
n’y paraît. À condition, selon lui, de
respecter quelques règles simples : être capable
d’admettre très rapidement que l’on a
commis une erreur d’appréciation ; apprendre
à ne pas faire confiance aux intuitions en ce qu’elles
peuvent véhiculer d’irrationnel ; privilégier
l’analyse raisonnée des tendances du marché.
Parmi ses règles d'or, il y a celle-ci : «
Lorsque vous gagnez, le marché vous secoue car il
cherche à vous faire sortir de votre position, et
lorsque vous perdez, le marché glisse doucement de
manière à ne pas vous effrayer, car il cherche
à vous garder le plus possible ». Enfin, dit-il,
conscient de son petit effet, « il faut avoir du cœur
et aimer les gens. »
Aimer les gens ? Il est vrai que le mot surprend, tant le
monde de la haute finance véhicule une image de froideur
impitoyable et désincarnée…
Dans le parcours de Moustafa Belkhayate, il y a d’abord
eu un coup de foudre pour Marrakech, où il était
venu voici quelques années animer un séminaire,
et qu’il n’a plus quittée depuis.
Marrakech dont il apprécie tout particulièrement
l’atmosphère, encore imprégnée
des valeurs de l’ancien temps : « J’aime
l’état d’esprit de ces commerçants
qui se contentent encore de la parole donnée pour
conclure une transaction, j’estime leur sens de l’honneur
en affaires et je salue l’instinct de solidarité
des opérateurs de cette ville. Car s’il fait
bon vivre à Marrakech, c’est parce qu’il
fait bon y travailler ! » Mais pour lui, il y a aussi,
et surtout, les enfants…
« Une quantité astronomique d’argent
circule sur les marchés financiers internationaux
», souligne ce trader résolument atypique.
" Pourquoi ne pas en faire profiter un peu les enfants
? Je réflechis actuellement à une formule
inédite de financement d’ONG en partenariat
avec l’une des institutions les plus cotées
de Londres. »
Derrière son bureau, Moustafa Belkhayate affiche
l’allure décontractée des quadragénaires
qui n’ont plus rien à prouver. Pourtant, ce
double champion du monde de la Bourse, correspondant au
Maroc d’un prestigieux fonds de pension britannique,
vient de fonder, dans la foulée de son installation
à Marrakech, l’Association des analystes techniques
du Maroc, par le biais de laquelle il se propose de former
les jeunes Marocains désireux d’aborder autrement
les marchés financiers.
Surprenant personnage que Moustafa Belkhayate, qualifié
de sentimental par les uns, de visionnaire, voire de prophète
par les autres. Lui, semble traverser ce concert d’éloges
avec l’humilité d’un bon artisan, à
moins que les racines paysannes de ce natif d’El Jadida
ne permettent d’expliquer son flegme. Dernier indice,
peut-être : Moustafa Belkhayate est joueur d’échecs.
C’est sans doute là que se trouve le ressort
le plus fin de sa détermination : « Les échecs
développent la capacité de choisir vite entre
une infinité d’options possibles, en se fiant
uniquement à l’analyse du terrain… »
Les enfants peuvent dormir tranquilles : il y a derrière
ce rêveur utopiste un professionnel qui veille…
Driss Messaoudi