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Modèle novateur des années 70 le pantalon associé à la jellaba ...

L'hidalgo de la Mamounia par (AURORE CHAFFANGEON)
Prince des élégances de Marrakech, Adolfo De Velasco reçoit chez lui le gotha des têtes couronnées, des artistes, des écrivains, des personnalités politiques...

Dans un mur attenant aux jardins Majorelle, une petite porte en bois envahie par les bougainvilliers s’entrouvre sur un ancien potager, qu'une grande cour pavée est venue remplacer. Le tronc d'un faux poivrier âgé de cinq siècles traverse le plafond de ce qui fut une serre, aujourd'hui transformée en véranda. De ses branches pend un lustre en fer forgé de plus de trois mètres de haut. À l’intérieur, des meubles indiens du XVIIIe siècle en bois sculpté ; au mur, une tapisserie brodée de pierres précieuses, destinée à l’origine à parer les murs d’un palais vénitien ; dans toutes les pièces, des tableaux ou des photos de plusieurs familles royales…
La demeure est à l’image de son propriétaire : hors du commun. Tout de blanc vêtu, panama et lunettes noires, Adolfo De Velasco nous accueille autour d’un petit déjeuner tardif. Hier soir, il recevait l'ancienne impératrice d’Iran, Farah Dibah, l’avant-veille Bernard Tapie. Étonnant éclectisme… Mais nul ne peut prétendre appartenir à la jet-set si, de passage à Marrakech, il n’a pas été invité dans ce palais extravagant. Bien peu pourtant connaissent l’histoire de celui qui se définit lui-même comme " le doyen de La Mamounia ". Depuis trente-deux ans en effet, Adolfo possède une galerie d’antiquités à l’intérieur du mythique palace…
Originaire du nord de l’Espagne, il a quitté son pays natal dans les années 50 pour l’Angleterre afin de suivre des études d'anglais et d'histoire de l’art. Son regard vert, son élégance souple, son allure féline l’introduisent bientôt dans le milieu de la mode. " Devenu mannequin, j'ai vite été considéré comme le numéro un de la profession. J’ai aussi été le premier homme, à Londres, à défiler sur un podium. Ce qui m'a valu de violentes critiques : que des femmes défilent, cela ne posait aucun problème, mais un homme… ". Sa célébrité ne cesse de s'étendre. L'Amérique le réclame et il signe un contrat de sept ans à Los Angeles. Mais avant de partir, il se rend à Tanger pour trois mois de repos. Trois mois qui se transformeront en éternité…
Dans cette ville cosmopolite qui correspond si bien à sa personnalité, il ouvre une galerie d’art. Mais le succès ne vient pas... C’est alors que germe une idée… " Les femmes que je rencontrais étaient toutes admiratives devant ce que je portais : des tenues inspirées de vêtements traditionnels marocains que je dessinais moi-même. Je me suis dit que la seule façon de faire entrer les élégantes dans ma galerie était de confectionner des vêtements que j’exposerais avec mes objets ". L’opération est un triomphe : les commandes de vêtements se succèdent. Mais les objets restent…
Son chemin croise alors celui de Diana Vreeland, personnalité influente dans le milieu de la mode à la fin des années 70. Son jugement vaut consécration : " Nous avons enfin quelque chose qui nous flatte et qui nous rend encore plus belles ". Elle présente à New York le travail d'Adolfo, et c’est au tour du célèbre photographe Horst de tomber sous le charme de ces nouvelles lignes orientales encore inconnues aux États-Unis et en Europe. Le monde entier est bientôt conquis : Londres, Paris, Madrid, New York ou Tokyo se disputent ses collections haute couture tandis qu’y succombent les femmes les plus élégantes du monde, la reine d’Angleterre, la princesse Margaret, Jackie Kennedy, Elisabeth Taylor…
A l’opéra de Salzbourg, à chaque représentation, huit ou dix femmes portaient des tenues que j'avais signées. Pour l’avant-première de Madame Butterfly, la princesse d’Autriche m’ayant demandé une robe originale, unique, j’ai imaginé pour elle un caftan très décolleté, tout pailleté, en forme de papillon dont les ailes se repliaient sur la poitrine. Ce fut splendide… " Barbara Hutton, milliardaire et reine des "beautiful people", a compté parmi les plus célèbres admiratrices des œuvres d'Adolfo. " Quand elle recevait, elle faisait porter dans chaque chambre une robe que j’avais créée et elle demandait à ce que ses invitées la revêtent pour dîner. Il y a trois ans, à New York, Christie’s a organisé une vente aux enchères de ces robes. Elles ont été achetées dix à quinze fois plus cher que je ne les avais vendues ! "
En 1990, il abandonne la haute couture et se reconvertit dans le prêt-à-porter, moins difficile à gérer. Ses collections sont vendues dans ses deux galeries d’antiquités, celle de Tanger et celle qu'il a ouverte à La Mamounia de Marrakech. Son énergie, il la consacre aujourd’hui aux réceptions qu’il donne chez lui. " Il est important pour moi de recevoir, et de bien recevoir. Je veux donner du Maroc une image de sécurité et de savoir-vivre. Je veux faire rêver les gens, leur donner l’impression qu’ils sont dans un pays de miracles ". Ce soir, un prince saoudien et sa sœur sont attendus avec leurs amis. " J’ai vu passer chez moi le monde entier… Des reines, des artistes, des politiciens, ou de simples mondains… Tous ont un mérite : sortir de l’ordinaire. "
À l’image de leur hôte…