ZHOR RAÏS
Il y a vingt ans, Zhor Raïs faisait le pari de remettre le caftan à
la mode. Pari tenu ! Aujourd’hui, ce sont les artisans qui travaillent dans l’ombre qu’elle veut mettre en avant.
1987. Alors que le vêtement traditionnel est passé de mode, Zhor Raïs présente sa première collection de… caftans.
Révolution dans les salons. Jusqu’alors taillé très large, il devient, sous les ciseaux de la jeune styliste, ajusté, très près
du corps. « à l’époque, quand on voulait se faire confectionner un caftan, on allait chez le couturier qui n’avait qu’un modèle à proposer. Que l’on fasse du 36 ou du 44, le caftan était le même, seule la ceinture permettait de l’ajuster un peu. J’ai voulu l’actualiser pour que les jeunes femmes acceptent à nouveau de le porter. »
Zhor se souvient de la grâce de ses tantes traversant le patio de
la maison familiale
à Marrakech, la taille marquée par de larges ceintures, tresses nouées sur le haut de la tête, boucles et bracelets
en or. « Elles ne pouvaient décemment fumer en public, alors elles
se déplaçaient majes-tueusement par petits groupes vers une des pièces où elles s’allon-geaient avant d’allumer une cigarette. C’est
cette ambiance des Mille et Une Nuits que
j’ai toujours rêvé de reproduire. »
Après l’école des Beaux-Arts de Casablanca, Zhor Raïs s’inscrit dans une école de stylisme. Elle obtient son diplôme de coupe en… un mois. Naissent alors des jellabas fendues, à la capuche réduite, et surtout épousant les formes du corps. « Jusqu’alors, les femmes les portaient pour cacher leurs rondeurs, les miennes les mettent en valeur. »
Depuis cette première collection, qui date de la fin des années 1980,
Zhor Raïs n’a cessé de parcourir le monde pour présenter ses créations. Le 6 juillet 2006, à l’occasion de la Semaine de la Haute Couture, le Tout-Paris s’était donné rendez-
vous au Georges V pour admirer le travail de la styliste et de la vingtaine d’artisans qui travaillent dans l’ombre pour elle. « Sans eux, je ne serais rien, et la haute couture n’existerait pas au Maroc. Chacun de mes caftans passe entre les mains de vingt-cinq personnes qui ont chacune leur spécialité : broderie, perlage, s’fifa, âakad… Aujourd’hui, le caftan bénéficie d’un succès international — j’attends d’ailleurs le jour où l’on m’appellera pour habiller les actrices à la remise des Oscars —, j’ai, de mon côté, du succès… mais il ne faudrait pas oublier que le mérite revient aux artisans. » Pour leur rendre hommage, Zhor Raïs prépare un grand événement à la rentrée prochaine. Elle a choisi Fès, berceau de la culture et des traditions marocaines, gardienne d’un savoir-vivre ancestral. « Pour préserver notre métier, il faut assurer à ces artisans une sécurité, une retraite… ce qui est loin d’être le cas aujourd’hui. »