|
Document sans nom
|
| Spécial la MAMOUNIA |

Le fumoir du restaurant Le Marocain à La Mamounia

Le centre d'affaires de la Mamounia

 |
Un homme, un geste, un objet…
Mustapha Achaq, le tataoui réinventé
Texte : Guillaume Rateau
Photos : Yoann hervet
Dans son atelier de Marrakech, Mustapha Achaq œuvre depuis plus d'une décennie pour que se perpétuent les arts traditionnels marocains. Si les enluminures ou les sculptures sur bois ont toujours eu leurs lettres de noblesse, d'autres savoir-faire, cantonnés aux zones rurales et berbérophones du royaume, ont tardé à se faire reconnaître. Grâce au gigantesque chantier d'architecture intérieure lancé ces dernières années à La Mamounia, le tataoui a désormais de beaux jours devant lui. Retour sur un artisanat venu du fond des âges.
Inutile de parcourir la monumentale encyclopédie des arts traditionnels marocains dressée par André Paccard en 1980 : on ne trouvera aucune indication sur le tataoui, pas même indexé à la fin de l'ouvrage. Le goût de l'époque va à l'art citadin, très sophistiqué et un rien clinquant dont s'enorgueillissent demeures bourgeoises et palais impériaux. Le tataoui, rural et berbère, n'est pas seulement déconsidéré, il est ignoré.
Il faut attendre le milieu des années 90 pour que, dans la vague montante de réhabilitation de l'architecture de terre, on en vienne à le reconnaître comme une technique artistique patrimoniale.
À la tête d'un atelier qui emploie environ cent cinquante artisans, Mustapha Achaq concourt aujourd'hui à ce qui pourrait devenir, au même titre que le tadelakt, un engouement. Sa formation ne l'y prédestinait pourtant pas. Inspecteur de français dans l'enseignement, il fait le choix risqué, en 1975, d'abandonner une carrière pour une passion : l’art de la menuiserie. Il a la chance d'être formé par l'un des plus grands, Bachir ben Khalfi, dont la coopérative traite alors toutes les commandes des palais impériaux. C'est ainsi qu'il conduit le chantier de décoration de l'exposition universelle de Séville, des palais d'Agadir, de Tétouan, de Nador et même d'Arminvilliers, en France. En 1995, lorsque décède Bachir ben Khalfi, il crée sa propre société.
Un patrimoine enfin reconnu
Le chantier de La Mamounia a mobilisé son équipe pendant deux ans. Le tataoui, qui a exigé la présence permanente de vingt personnes affectées à sa pose, décore les plafonds du centre de remise en forme, du fumoir du restaurant marocain et du centre d'affaires. Et comme un art s’éteint s'il ne sait vivre avec son temps, il a été détourné à maints autres usages : revêtement de murs, de placards ou de comptoirs. Le fumoir en est entièrement lambrissé, dans des tons uniformément bruns.
Bien sûr, cet artisanat nécessite une haute technicité. Il s'agit d'abord d'acheter par centaines des tiges de lauriers-roses, dont la longueur peut varier de cinquante centimètres à deux mètres. Il faut ensuite les sécher, les traiter, puis les teinter, généralement au pinceau. Aux usages chromatiques d'autrefois, se combinent actuellement toutes les audaces. On les coupe ensuite à la dimension souhaitée, selon ce que propose l'architecte.
« Plus le calepinage est petit, moins ça bouge », relève Mustapaha Achaq. « La prudence recommande alors de couper les grands formats avec des traverses. »
Au chapitre des innovations, il faut encore signaler le perfectionnement de la ligne. Le tatoui traditionnel est un assemblage de tiges encore un peu vivantes : les formes et les proportions sont irrégulières. Or de plus en plus d'architectes d'intérieur lui préfèrent l'harmonie de la rigueur : au lieu de roseaux ou de lauriers, ils commandent des baguettes taillées dans du bois de hêtre et si bien tournées à la machine que ne s'y devinent plus les caprices de la nature. On voit même de faux tataoui moulés dans le plâtre, ou insérés à titre anecdotique dans des surfaces de bois sculpté ou peint. Modernité quand tu nous tiens...
LE TATAOUI
Le tataoui est un clayonnage de plafond de l'étage supérieur des habitats traditionnels en terre du Sud marocain : kasbahs ou demeures de notables de l'Atlas et des vallées présahariennes. Assemblage de roseaux ou de tiges de lauriers-roses qui, placés jointivement par simple ajustage, forment de petits caissons à losanges, il compose souvent l'unique décor des pièces de réception. |
|