|
| Rêve
de maison: villa, riad et maison d'hotes à Marrakech |
| |
L’Homme rompu, La Nuit du destin, Cette aveuglante
absence de lumière, l’Ecrivain public, L’Enfant
de sable… tous les romans qui ont fait le succès
de l’écrivain figurent dans la bibliothèque
de son bureau, en français mais également
en espagnol, en allemand, en lithuanien,
en vietnamien, en hindi, en hébreu, en japonais,
en coréen, en chinois, en albanais, en
slovène et bien entendu en arabe…
Tahar Ben Jelloun
Retour aux sources…
C’est dans
ce grand salon que la famille aime à se retrouver.
Sur la cheminée, les enfants ont déposé
les trophées de leur écrivain de père.
Dans son bureau, des photos témoignent
des grands moments de sa vie : le prix Goncourt en 1987
pour La Nuit Sacrée, François Mitterrand qui
le fait chevalier de la Légion d’honneur en
1988 – en juillet dernier, il a été
promu officier par Nicolas Sarkozy -, sa rencontre avec
Juan Carlos. On le voit également en compagnie d’autres
écrivains marocains : Mohamed Berrada, Driss Chraïbi,
Fouad Laroui, Abdellatif Laâbi et Abdelhak Serhane.
Ou encore au Café Hafa de Tanger avec Pierre Assouline,
Jean-Louis Scherrer, Henri Bergoyer et Boubker Temli.
Longtemps Tanger a subi un « dérèglement
en règle ». C’était une scène
dédiée à l’oubli, à l’humidité
et aux rats. Tout autour, quelques maisons fatiguées
par une beauté énigmatique. D’un feu
défunt, les cendres ont donné une pure clarté
libérant les imaginaires. Est-ce à cause du
vent ou de l’histoire, mais la ville a secoué
ses chagrins et a rattrapé le temps perdu »,
écrit Tahar Ben Jelloun dans le très beau
livre de photographies de Daniel Aron, 1996-2006, L’Empreinte
de Tanger. C’est dans une de ces maisons à
la « beauté énigmatique » que
l’écrivain, sa femme Aïcha et leurs deux
plus jeunes enfants ont emménagé l’année
dernière. Ce qui n’était plus depuis
six ans qu’un pied-à-terre pour les vacances
est devenue leur point d’ancrage. Né à
Fès, Tahar Ben Jelloun arrive à Tanger à
11 ans, âge qu’a aujourd’hui son plus
jeune fils. Si l’écrivain revient à
ses racines, c’est aussi pour fortifier celles de
ses cadets.
Par-delà les baies vitrées du grand salon,
on aperçoit, par temps clair, les côtes espagnoles
distantes de 14 kilomètres. Celles-là mêmes
qui font rêver Azel, un jeune homme prêt à
tout pour quitter sa terre natale, personnage principal
de son dernier roman « Partir », paru en 2006…
Cette terre que l’écrivain affectionne tant
est la source d’inspiration de ses nombreux romans.
Les prochains à paraître prendront sans nul
doute naissance dans ce bureau, son « antre »
remplie de livres et de photos. Sur certaines, on voit l’homme
en compagnie d’amis tangérois, sur d’autres
de grands moments de sa vie d’écrivain. Deux
vies intimement liées...
Native de M’Zouda,
dans le Sud marocain, Aïcha Benjelloun a fondé
Tiwizi,
une association qui vient en aide aux habitants de ce village.
Pour récolter des fonds, elle a, entre autres, organisé
une vente aux enchères en juillet dernier.
Étaient mises en vente des invitations du Roi Hassan
II et de François Mitterrand sur lesquelles il dessinait
tout en téléphonant.
Impliqués eux aussi dans l’association de leur
mère, ses enfants ont créé ces deux
boîtes pour recevoir les dons des participants lors
de la vente aux enchères.
|
|
|
|







|
Dar
Cherif
Hispano-mauresque et sans frontières C’est
une vraie maison de maître, tenue par des hôtes
à la personnalité bien singulière. D’origine
marocaine, ils ont voyagé dans le monde entier avant
de revenir à leur terre natale. Leur idée ?
Bâtir, loin du tumulte du centre-ville de Marrakech,
un havre où se sentir vraiment chez soi. Y retrouver
les joies ressenties à chacune de leurs haltes dans
les plus beaux établissements du monde. Offrir aux
regards leur collection d’œuvres d’art, des
sculptures
de César aux tableaux de Chaïbia.
Dar Chérif n’est qu’à quinze minutes
du centre-ville de Marrakech et pourtant on y goûte
la tranquillité des grands espaces, à deux pas
des golfs Royal et Amelkis. Tout y prédispose au repos
et à la rêverie. D’abord, c’est une
maison d’architecte, signée Saâd Benkirane,
bâtie selon les canons de l’art hispano-mauresque
: un patio central à galeries et arcades coiffé
d’auvents de tuiles vernissées distribue dans
une parfaite symétrie trois salons où se restaurer,
lire ou se relaxer.
De cet espace central, des terrasses s’ouvrent sur la
piscine, les jardins et
un petit pavillon façon Ménara que l’on
appelle en arabe « menzeh ».
On accède aux chambres par un long couloir rythmé
d’arcs en ogive et percé d’un autre patio
à ciel ouvert. Dans la tradition andalouse, le bâtiment
principal est précédé d’une vaste
cour pavée de galets de rivière.
Il se dégage pourtant une atmosphère spécifique
qui n’est pas sans rappeler les ambiances du Sahara.
Nul tape-à-l’oeil. La maison s’étend
de plain-pied, ses volumes sont sobres, épurés,
uniformément teints aux couleurs de la terre sablonneuse
alentour. Des haies de lavande délimitent des parterres
plantés de rosiers blancs, de palmiers, d’oliviers
et d’orangers. Les sols sont pavés de bejmat
ou de mosaïques discrètement vernissées
dans les tons clairs de la maison. Dans la tradition marrakchi,
le patio central est nu de tout décor.
Quoique très cosmopolites, les hôtes de Dar Cherif
s’efforcent de mettre en partage l’art de vivre
du pays. Dans le salon marocain, ils invitent non à
s’asseoir mais à s’allonger sur les divans.
Des livres traitant de la culture marocaine sont à
la disposition des voyageurs devant la grande cheminée
du salon-bibliothèque. Les dressings des chambres sont
décorés de meubles zouaqés et d’images
des costumes marocains répertoriés par l’ethnologue
Jean Besancenot à l’époque du protectorat.
Les pièces ouvrant sur le patio sont flanquées
de monumentales doubles-portes en bois, bardées de
verrous de cuivre. Les fenêtres comportent toutes des
petits volets intérieurs tamisant la lumière.
Les plafonds, très hauts, sont éclairés
de lustres en cuivre finement ouvragés. Enfin, une
excellente cuisinière décline chaque jour les
subtilités de la gastronomie locale. Beaucoup plus
qu’un client, on est ici un invité...
Les six chambres offertes aux voyageurs ont toutes une personnalité
bien marquée. Le « Menzeh », serti de rosiers
blancs en vis-à-vis de la piscine, abrite une suite
composée d’une chambre, d’un salon avec
sa cheminée, d’un grand dressing et d’une
terrasse privative ouvrant sur un jardin de cactées.
L’Afrique y est à l’honneur : collection
de masques, tissus léopard, voiles mauritaniens. La
« Sahara » et la « Berbère »
disposent de « behous », petites alcôves
garnies de banquettes et coiffées de plafonds de cèdre.
La « Pacha », dotée d’une grande
cheminée de tadelakt brun, comporte elle aussi un grand
dressing et, comme toutes les autres chambres, une terrasse
privative. Ouverte en décembre 2006, la maison emploie
sept personnes aussi discrètes qu’attentives
à donner un confort répondant aux normes du
luxe international. En hiver, les patios sont protégés
du froid par des pyramides en verre amovibles. Différents
soins et massages sont prodigués dans le hammam ou
en room-service. Chaque chambre dispose d’un grand ventilateur
et de l’air conditionné dissimulé derrière
les corniches des plafonds. Plusieurs cheminées, dans
les salons et dans les chambres, assurent de douces soirées
hivernales. Autour de la grande piscine, de spacieux lits
à baldaquin voilés de cotonnades blanches pour
se reposer.
Mais ce qui distingue Dar Chérif d’autres maisons
d’hôtes, c’est son étonnante collection
d’œuvres d’art rassemblée par ses
propriétaires. Se côtoient antiquités
orientales et tableaux de maîtres, orientalistes ou
contemporains, tous signés et répertoriés.
C’est ainsi que l’on peut admirer dans la salle
à manger, accolée à une collection de
poteries de Tamegrout, une sculpture et des tableaux de César.
Un Dali et une toile monumentale signée Benyssef, peintre
marocain installé à Séville, décorent
le salon-bibliothèque. Autour du patio, de nombreux
tableaux de l’Anglais Bill West. Dans les chambres,
ou au détour des couloirs, des œuvres du Canadien
Christopher Pratt, du Sud-Américain Figueroa, de l’Espagnol
Jeronimo ainsi que des naïfs marocains de Mohamed B.
Allal ou de la très estimée Chaïbia. Parmi
les antiquités héritées d’un grand-père
cosmopolite qui vécut en Angleterre, on admirera de
lourds objets d’argent massif en provenance de Tunisie,
d’Inde, de Turquie, de Syrie ou d’Égypte.
Une belle collection d’orfèvrerie marocaine —
monnaies anciennes, boîtes à tabac et à
poudre, cuillères, bracelets de cheville... —
est exposée dans le salon-bibliothèque. Des
tentures brodées de soie, léguées par
une arrière-grand-mère fassie, habillent l’entrée
du salon marocain, tandis que de beaux tapis berbères
couvrent les sols. Enfin, quelques meubles Biedermeier achèvent
de donner le ton de l’élégance. C’est
un peu de la diversité du monde qui s’exprime
ici, à travers cette étonnante collection particulière
logée dans un écrin hispano-mauresque.
|
|
|
|