Rien ne prédestinait le Maroc à devenir une terre de golf, l’une des
plus prisées de la planète. Ce sport, né dans les confins humides de
l’Europe septentrionale, exigeant pour sa pratique de vastes espaces
gazonnés et donc gourmands en eau, semble a priori mal s’accommoder
d’un climat désertique. Les hasards de l’histoire, la passion d’un roi et l’essor
d’un tourisme à fort pouvoir d’achat ont pourtant conduit hôteliers et promoteurs
à multiplier les constructions de parcours, plus de trente à ce jour, et la liste n’est
pas close… Certains d’entre eux, signés des plus grands noms des architectes de
golf – Gary Player ou Robert Trent Jones – sont d’indiscutables chefs-d’oeuvre,
passionnants sur le plan sportif et superbement insérés dans les paysages. Si
l’intérêt économique du golf ne peut être contesté, les problèmes qu’il pose, et en
particulier celui de la très forte consommation d’eau, ne peuvent être évacués d’un
revers de main. Est-ce à dire qu’il faut, au nom d’une conscience écologique pure
et dure, condamner golfs et golfeurs ?
La réalité est plus complexe : un golf est un gros pourvoyeur d’emplois et, rappelle
Khalil Zniber, représente le plus souvent « un acquis magnifique en terme d’environnement.
Au point qu’il est presque impossible de s’imaginer qu’il s’agit de
centaines d’hectares arides de cailloux où rien ne poussait, à part des chardons
dans le meilleur des cas, au lieu maintenant des arbres de toutes sortes, de la
verdure, de l’eau et des milliers de nids d’oiseaux (…) » (1). Il serait injuste de
contester aux partisans du développement du golf au Maroc un véritable souci
de l’environnement, récent peut-être, mais sincère. Sur des parcours nouveaux,
comme ceux de Mogador ou de Mazagan, ont été mises en place des techniques
– retenues, citernes, recyclage des eaux usées, utilisation des eaux saumâtres et
de l’eau de mer, choix de gazons plus sobres – qui, combinées, permettent des
économies considérables.
Le temps semble donc venu d’une réconciliation entre golfeurs et écologistes. Et
c’est sans mauvaise conscience que nous convions nos lecteurs à admirer dans ces
pages les incomparables paysages des greens et des fairways marocains…
(1) Xe Assises du Tourisme 2010 |