L’année 2008 aura été
celle de l’anniversaire des 1200 ans de la
fondation du Maroc. Même en Europe, où
les grands états- nations sont apparus plus
précocement qu’ailleurs, rares sont
les pays qui peuvent se targuer d’une telle
ancienneté – l’Italie, après
tout, n’est formellement née qu’en
1860, l’Allemagne en 1871 – et l’événement
aurait mérité plus d’attention
de la part de la presse étrangère…
Il est vrai que si l’on peut donner avec précision
la date ou se constitue un état, le concept
de nation reste difficile à définir.
On admet généralement qu’un
peuple devient une nation quand il se sent à
la fois solidaire d’un même passé
et désireux de partager un même avenir.
Autant dire que la définition reste floue,
et qu’il est bien difficile de situer le début
du mystérieux processus par lequel des hommes
et des femmes s’approprient des lieux et des
événements pour les ériger
en symboles d’une mémoire collective.
De l’existence d’une authentique nation
Marocaine, pourtant issue de peuples aussi divers
que les berbères et les arabes, des vandales
et des andalous, pourtant héritière
de toutes les cultures de l’ancien monde,
ne doute. Mais si l’on identifie sans peine
ce qui la fédère, en premier lieu
l’Islam et la monarchie, on serait bien en
peine de déterminer quand elle s’est
reconnue comme telle. Est-ce dès la fondation
de Fès et de la dynastie des Idrissides,
après la bataille des trois rois, dans la
lutte conte le colonisateur ? Laissons aux historiens
le soin de trancher. S’ils le peuvent, car
une nation, écrivait Ernest Renan, «
est un plébiscite de tous les jours »…
Dans ce numéro de « Couleurs »,
nous avons voulu célébrer à
notre manière la longue histoire du royaume
en recensant ces lieux et ces événement
qui, de Volubilis à la mosquée Hassan
II et des premières conquêtes Arabes
à la Marche Verte sont devenue le trésor
partagé de la mémoire Marocaine.