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Itinéraire d’un voyageur gâté…

« Agadir, rien à dire. » La sentence populaire qui réduit bien vite la première destination balnéaire du Royaume à sa plus simple expression touristique, pourrait se comprendre par ce qui précisément lui échappe : ses régions environnantes. Car du nord au sud et vers l’intérieur du pays, elle est, à l’orée des montagnes de l’Atlas et des premières dunes du Sahara, le point de départ idéal pour des itinéraires grandioses et accessibles. En direction du sud-est, une fois franchie la grande plaine du Sous et ses serres fantomatiques, on atteint les contreforts tourmentés de l’Anti-Atlas, territoire des tribus berbères chleuhs qui, depuis que le monde est monde, s’en sont accommodé avec génie. Par des routes d’altitude, on prendra alors la pleine mesure d’une nature intacte qui plus à l’ouest sera façonnée par l’océan Atlantique. Chemin faisant, d’oasis vivantes en douars funambules, d’une kasbah insolite en habitations troglodytiques, en passant par le sanctuaire animalier du parc national du Sous Massa, trois jours et deux nuits suffiront pour faire de ce circuit un souvenir impérissable.

Rêve de pierre

À partir d’Aït Baha, la route se faufile entre les escarpements et les précipices d’un relief dominé par le schiste et le granit rose. Comme suspendus dans le vide, d’austères villages auréolés de leurs agadirs - greniers collectifs fortifiés - toisent, du faîte de leurs éperons rocheux, des oasis encaissées au nombre desquelles celle de Souk-el-Had-de- Targa-n-Touchka remporte indiscutablement la palme de beauté. Et lorsqu’au détour d’un énième virage, le col de l’Arganier laisse découvrir une citadelle de pierre et d’ardoise réchappée de l’histoire, l’émerveillement se double alors de curiosité. Édifiée sur un piédestal naturel, la kasbah Tizourgane et son enceinte d’une surprenante circularité trônent fièrement au mitan d’un haut plateau égayé d’amandiers en fleurs. Celle qui au XIIe siècle n’était encore qu’un agadir allait, dans un contexte de guerres tribales incessantes, devenir le refuge des habitants de la région. Mais au début du XXe siècle, les maisons se vident une à une et c’est en 1975, avec l’arrivée de la route goudronnée, que les derniers occupants iront à leur tour chercher fortune dans les grandes villes du Nord. Si aujourd’hui, le spectaculaire escalier, le chemin de ronde, la mosquée et les venelles ont retrouvé de leur superbe, c’est à un enfant du pays revenu des sirènes de la modernité qu’on le doit. Grâce aux douze travaux de Jamal Moussalli, la kasbah s’est vue dotée de ce dont l'absence, à l’époque, contribua sans doute à l’exode de ses ancêtres : eau potable, électricité, station d’épuration… En plus d’être un patrimoine culturel et architectural unique, le diamant de l’Anti-Atlas, qui abrite également un relais d’hôtes, sera pour ses admirateurs de passage l’une des plus précieuses étapes de leur voyage.

Entre montagne et océan, un arrière-pays superbe et méconnu…

Silence on vit…

Cap à l’ouest. Par le chemin des écoliers on rejoint Arbaa Aït Ahmed et les vestiges de son souk réformé. Les pieds dans l’oued, ce témoin d’une vie rurale autrefois intense semble désormais couler des jours paisibles. Et bien qu’il ne soit plus que l’ombre de lui-même, son squelette d’arcades et de colonnes a encore fière allure, suffisamment pour que l'on soit séduit par les alignements d’échoppes, les perspectives symétriques, les peintures délavées aux couleurs pourtant si photogéniques. À l’approche de l’océan, la topographie se modifie, le paysage vertical bientôt s'aplanit jusqu’à l’embouchure de l’oued Massa. Situés sur une voie de grande migration, son estuaire et sa lagune sont le sanctuaire d’une biodiversité de plus en plus menacée. Avec mille précautions on prendra le temps d’aller épier, entre autres, gangas, grues, balbuzards pêcheurs, pies-grièches grises carnassières, cailles des blés, tourterelles maillées ; mais aussi sangliers, chacals, lièvres… ainsi qu’un festival d’échassiers de toutes plumes. En gagnant vers le nord, on longe une façade atlantique faite de roches et de dunes superposées. C’est dans ses flancs qu’on distinguera une multitude d’alvéoles troglodytiques, habitat des pêcheurs solitaires et pour certaines d’entre elles, résidences secondaires de citadins initiés. Enfin, et en sorte de bout du monde, le village de Tifnit et ses barques échouées sur la grève. Dernière marche d’un itinéraire que l’on quitte comme on l’avait abordé… sur la pointe des pieds.

Texte : Guillaume Rateau

Photos : Mathieu Gast







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