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Trépidante
et branchée, Casablanca laisse peu de place à
la tradition. Loin du circuit des cités impériales,
la Ville Blanche s’impose comme la vitrine d’un
pays en ébullition.
On ne vient pas à Casablanca pour goûter
la cuisine locale tout en admirant le déhanchement
des danseuses orientales. Quatrième ville d’Afrique,
elle qui ne comptait que 20 000 habitants au début
du siècle en abrite aujourd’hui plus de
4 millions. Grandes artères, circulation dense,
concerts de klaxons… au premier abord, Casablanca
n’est pas une ville docile. Et pourtant…
Ceux qui prendront le temps de l’apprivoiser tomberont
à coup sûr sous son charme.
La preuve en 24, 48 ou 72 heures.
Casablanca en 24, 48 ou 72 heures.
24H
10 h 00 : Visite de la mosquée Hassan
II
Joyau de l’art islamique, œuvre de l’architecte
français Michel Pinseau, la mosquée Hassan
II est non seulement la plus grande après celle
de La Mecque — elle pourrait contenir Notre-Dame
de Paris tout entière —, mais elle se classe
également au premier rang des édifices
religieux par sa hauteur : son minaret culmine, en effet,
à 200 mètres. Outre des proportions gigantesques,
elle fait figure de référence en matière
d’artisanat marocain. Plâtre ciselé,
bois sculpté, zelliges, tadelakt… plus
de 10 000 artisans, venus de tout le Maroc et rigoureusement
sélectionnés, ont participé à
l’élaboration de ce chef-d’œuvre
inauguré en 1993 après six années
de travaux. En dehors de son intérêt esthétique
indéniable, il faut noter les prouesses techniques
de l’édifice à commencer par ses
fondations, érigées sur 9 hectares dont
les deux tiers ont été gagnés sur
la mer. Elle a également été dotée
d’un toit ouvrant (ouverture intégrale
en moins de trois minutes), de deux lasers au sommet
du minaret, d’une portée de 30 km, dirigés
vers La Mecque, du chauffage au sol, de 300 000 tuiles
en fonte d’aluminium réalisées par
Bouygues — entrepreneur du chantier — du
même aspect que les tuiles en terre cuite traditionnelles
mais quatre fois plus légères… En
tout, ce sont plus de 100 000 fidèles qui peuvent
venir y prier. Autre particularité : c’est
la seule mosquée au Maroc dans laquelle peuvent
pénétrer des non-musulmans.
Visites à 9 h 00, 10 h 00, 11 h 00 et 14 h 00,
sauf le vendredi ; 20 Dh l’entrée avec
visite guidée, 60 Dh pour les étudiants
et les résidents étrangers. Bd, Sidi Mohammed
Ben Abdellah – www.mosqueehassan2.com
12 h 30 : Déjeuner à la Sqala
Si ses vieux canons n’effraient plus grand monde,
la Sqala — ancien fortin de la vieille médina
édifié au 18e siècle — abrite
aujourd’hui un café maure. Dans ce jardin
aussi arboré que coloré, on vient savourer
une cuisine traditionnelle raffinée ou siroter
un thé ou un jus de fruit. Entre 100 et 150 Dh
par personne. Pas d’alcool.
Ouvert de 7 h 00 à 23 h 00. tous les jours sauf
le lundi. Boulevard des Almohades – Tél.
: + 212 (0) 22 26 09 60
15 h 00 : Balade dans le quartier
des Habbous
On l’appelle communément nouvelle médina,
en opposition avec l’ancienne située près
du port. Le quartier des Habbous a été
conçu sur le modèle de la médina
traditionnelle par l’architecte Albert Laprade
dans les années 1920 pour que
« les agriculteurs venant du bled, les ouvriers
du port et des usines puissent vendre ou acheter, prier
ou s’amuser sans aller encombrer la ville européenne
». Si son but premier était de loger les
populations rurales venues trouver du travail à
Casablanca en pleine expansion, le quartier sera rapidement
investi par des familles aisées de commerçants
fassis, séduites par le charme de ses ruelles
pittoresques, de ses petites places, de ses arcades,
de ses kissarias et de ses foundouks... Charme qui perdure
encore aujourd’hui. Loin de l’agitation
traditionnelle, les Habbous offrent aux visiteurs une
agréable promenade dans un dédale de ruelles
qui mènent aux échoppes des nombreux bazaristes,
brocanteurs, libraires, vendeurs d’olives et d’épices.
Étape obligée : la pâtisserie Bennis,
établissement ouvert depuis la fin des années
1930, réputé pour ses cornes de gazelles.
Situé derrière le Palais Royal, réalisé
à la même époque que les Habbous
par les frères Pertuzio, le quartier abrite également
l’une des huit préfectures de la ville,
ancien tribunal islamique et ancien palais du Pacha.
D’une superficie de 6 200 m2, elle se compose
de plus de 60 salles disposées autour d’une
grande cour et de deux patios. Pierres de Benslimane,
marbre de l’oued Yquem, bois de cèdre des
forêts d’Itzer, ferronneries de Fès…,
ce riche ouvrage d’inspiration hispano-mauresque
a été achevé en 1952 par Auguste
Cadet. Il se visite les après-midi.
19 h 45 ou 20 h 30 :
Cinéma au Mégarama
Ouvert en 2002, c’est le plus grand complexe cinéma-tographique
d’Afrique. Dans ses 14 salles sont projetés
les dernières productions américaines
et européennes et, régulièrement,
des films indiens et marocains.
Mégarama, boulevard de la Corniche — Infos-line
: 090 10 20 20 — www.megarama.info/casablanca
21 h 00 : Dîner
au Rick’s Café
Nombreux ont été les cinéphiles
à arpenter les rues de Casablanca dans l’espoir
de découvrir le café qui servit de décor
au film de Michael Curtiz… Sans succès,
et pour cause ! Humphrey Bogart et Lauren Bacall n’ont
jamais mis les pieds à Casablanca. Que les nostalgiques
se rassurent : il existe depuis peu un Rick’s
Café, copie conforme ou presque de celui du film.
Dirigé comme il se doit par une Américaine,
ce resto piano-bar à l’entrée de
la médina, face au port, vaut le détour
pour trois bonnes raisons : son ambiance, sa décoration
et sa carte. Compter 300 Dh.
248, Boulevard Sour Jdid – Tél. : + 212
(0) 22 27 42 07
23 h 00 : Un dernier verre au Six PM
Ouvert depuis quelques mois, le Six PM, avec ses tons
chauds et ses formes contemporaines, offre un cadre
à la fois chic et chaleureux pour prolonger la
soirée autour d’un verre. À noter
que l’Hôtel Hyatt dispose aussi d’une
des meilleures tables de Casa : le Café M.
Hôtel Hyatt Regency, Place des Nations unies –
Tél. : + 212 (0) 22 43 12 34.
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48H
10 h 00 : Visite du centre ville par Casamémoire
Si aucun recensement précis des immeubles, bâtiments
administratifs, villas… construits au temps du
protectorat n’a été établi,
il s’avère que Casablanca abrite l’un
des plus riches patrimoines architecturaux Art déco,
néo-mauresque, néo-classique et Bauhaus
au monde. Celle qui fut l’un des plus brillants
laboratoires urbanistiques de notre temps a été,
ces dernières décennies, dénaturée
par les bulldozers. Mais tout n’a pas disparu
et Casablanca peut se targuer d’avoir de beaux
restes. Pour vous en convaincre, ne manquez pas la visite
qu’organise, à la demande, l’association
de sauvegarde du patrimoine architectural, Casamémoire,
créée en 1994 par une poignée d’architectes
amoureux de la ville. Sa dernière victoire :
l’expropriation par le Premier ministre du propriétaire
de l’Hôtel Lincoln, un bâtiment édifié
en 1916 et qu’il laissait tomber en ruine. Prochaine
étape : inciter le gouvernement à demander
l’inscription de la ville au patrimoine mondial
de l’Unesco.
Visites guidées de 3 heures sur demande (réserver
15 jours à l’avance), de préférence
le dimanche matin, en français ou en anglais
; groupe de 10 maximum, 100 Dh par personne.
E-mail : casamemoire@casamemoire.org
www.casamemoire.org
13 h 30 : Déjeuner à La Corrida
Pendant des décennies, c’est le Tout-Casa
qui s’est pressé à La Corrida. Pour
y dîner certes, mais également pour faire
la fête sur des airs de flamenco, côtoyer
les plus grands toréadors du 20e siècle
ou encore croiser une vedette, de Joséphine Baker
à Tino Rossi, Eddy Mitchell ou Pierre Perret…
Restent de ces grandes époques des photos jaunies,
des têtes de taureaux aux murs et des souvenirs,
beaucoup de souvenirs que Malika, fille adoptive des
anciens propriétaires, saura vous raconter. Menu
du midi à 50 Dh, entrée, plat et dessert.
59, rue El Arâar (ex Gay Lussac ) – Tél.
: + 212 (0) 22 27 81 55
15 h 00 : Exposition à
la Villa des Arts
Cette villa Art déco datée de 1934 a été
achetée par la Fondation ONA pour promouvoir
les arts contemporains. Sauvée de la destruction
grâce à la mobilisation de nombreux peintres,
elle a été réhabilitée en
1995 par l’architecte Rachid Andaloussi. Si les
expositions qu’elle abrite aujourd’hui sont
toutes d’une très grande qualité,
la villa en elle-même vaut le déplacement.
Ouvert du mardi au samedi de 9 h 00 à 19 h 00.
Entrée gratuite.
30, Boulevrd Roudani – Tél. : + 212 (0)
22 29 50 87
16 h 00 : Shopping
Le centre ville construit sous le protectorat a été
délaissé ces quinze dernières années
au profit de nouveaux quartiers tels le Maârif,
Gauthier et Racine. C’est ici que se concentrent
les bureaux, les restaurants, les cafés et les
boutiques. Les enseignes de luxe — Cartier et
Dior, pour ne citer qu’elles — ainsi que
les franchises internationales — Zara, Mango,
Massimo Dutti, Bennetton, Étam, Diesel, Lacoste…
— s’y sont installées. On ne manquera
pas ainsi de remarquer le Twin Center, deux tours jumelles
de 28 étages, imaginées par l’architecte
espagnol Ricardo Boffil.
Entre deux boutiques, prenez le temps de vous arrêter
aux Frères Gourmets : ce salon de thé
propose une multitude d’assortiments de thés
et de chocolats. On peut également y déjeuner
léger. Compter 100 Dh, la salade.
9, rue Ain Harrouda – Tél. : + 212 (0)
22 94 60 00.
19 h 40 : Courses de lévriers
Depuis plus de cinquante ans, le cynodrome de Casablanca
— le seul d’Afrique — abrite quatre
fois par semaine des courses de lévriers et quelque
3 000 parieurs. Construit dans les années 1920,
cet ancien vélodrome a également accueilli
des grands noms du cyclisme : Coppi, Bobet, Robic…
Lundi et jeudi à partir de 19 h 40 ; samedi et
dimanche à partir de 15 h 45.
Boulevard Abdellatif Benkaddour, Racine.
21 h 00 : Dîner à
La Maison du Gourmet
C’est sans doute l’une des meilleures tables
de Casablanca, pour ne pas dire du Maroc. Tenue par
un couple de passionnés de grand talent —
Philippe et Meryem se sont rencontrés dans les
cuisines du Majestic à Cannes —, La Maison
du Gourmet propose une cuisine gastronomique française
où viennent se glisser de subtiles touches marocaines.
Compter 300 Dh sans les vins.
159, rue Taha Houcine, Gauthier — Tél.
: + 212 (0) 22 48 48 46.
23 h 00 : Un dernier verre
au G Sound
Rendez-vous incontournable des noctambules plutôt
« bon chic bon genre », le G Sound abrite
un restaurant à la cuisine internationale, un
coin cigare et surtout un bar- lounge avec tapas à
la carte où officie tous les soirs un Dj. Le
lieu pour voir et être vu…
Avenue de la Côte d’Émeraude, Aïn
Diab — Tél. : + 212 (0) 22 79 75 79.
72H
10 h 00 : Visite de la médina
L’ancienne médina de Casablanca n’a
certes pas autant de charme que celles de Marrakech
ou de Fès, mais elle mérite qu’on
s’y perde une heure ou deux. Détruite par
le tremblement de terre de Lisbonne en 1755, elle fut
entièrement reconstruite quinze ans plus tard
et n’a depuis guère changé. Cela
devrait évoluer car le projet de marina, juste
en face, prévoit sa réhabilitation et
sa mise en valeur. Pour la visiter, entrer par une porte
qui donne sur la place des Nations unies, aller vers
l’ouest de la médina jusqu’à
la place Ahmed El Bidaoui, faire un détour par
le sanctuaire de Lalla Taja et par l’ancienne
résidence française — dont Mohammed
V fit don à la l’UMT au lendemain de l’Indépendance
— avant de faire une halte à la koubba
de Sidi Bou Smara et son joli square au milieu duquel
trône un énorme figuier. Faire encore 500
mètres pour arriver à la Sqala (voir «
Où déjeuner ? », et « Casa
en 24 h »).
11 h 30 : Balade dans le Parc
de la Ligue Arabe
D’une superficie de 28 ha, c’est le «
poumon » de Casablanca. Il s’étend
du boulevard Rachidi jusqu’au boulevard Zerktouni.
On doit ces magnifiques allées de palmiers à
l’architecte Albert Laprade. De gros efforts d’entretien
ont été faits ces dernières années
et c’est avec plaisir qu’on peut désormais
s’y promener ou prendre un verre à l’une
des nombreuses terrasses de cafés, prises d’assaut
par les étudiants. On ne manquera pas de s’arrêter
à l’église du Sacré-Cœur
qui abrite régulièrement des expositions
d’art contemporain. Imposante par sa taille, elle
a été construite dans les années
1930 par le prix de Rome Paul Tournon pour accueillir
les 40 000 catholiques que comptait la ville à
l’époque.
13 h 00 : Déjeuner à
la Villa Zévaco
Bruncher, déjeuner, prendre le thé…
La Villa Zévaco reste l’un des endroits
préférés des Casablancais. Cette
étrange maison posée en proue sur un terrain
triangulaire doit son nom à son créateur,
Jean-François Zévaco, diplômé
des Beaux-Arts marocains qui, dès 1945, donna
un nouvel élan à l’architecture
casablancaise. L’enseigne « Paul Prestige
» permet à tous de profiter de ce monument
du patrimoine, que ce soit dans le vaste jardin, dans
la rotonde ou à l’intérieur de la
villa. Compter 100 Dh le déjeuner.
Angle du boulevard d’Anfa et du boulevard Moulay
Rachid — Tél. : + 212 (0) 22 36 42 42.
15 h 00 : Promenade sur la
Corniche
Aménagée dans les années 1920,
la Corniche s’étend sur plusieurs kilomètres,
de la mosquée Hassan II à la plage d’Aïn
Diab. Lieu de promenade très fréquenté
par les piétons comme par les automobilistes
— embouteillages garantis en soirée ! —,
on vient y bronzer — sa plage a reçu pour
la troisième année consécutive
le Pavillon bleu, gage de sa propreté —,
déjeuner, prendre un verre en journée
ou danser en soirée. Allez jusqu’au bout
de la plage où se trouve l’îlot de
Sidi Abderhamane, surprenant promontoire rocheux, accessible
uniquement à marée basse, connu pour ses
« chwafates », des diseuses de bonne aventure.
À marée haute, des jeunes se proposent,
moyennant quelques dirhams, de vous faire traverser
à bord de bouées pneumatiques.
21 h 00 : Dîner au Bistronome
Ce « bistro gastro » d’une quarantaine
de couverts à la décoration sobre et chic
fait la part belle aux produits du terroir : langoustes,
huîtres, couteaux, coques de Dakhla, champignons
d’Ifrane, huile d’olive de Bine el Ouidane,
foie gras de Dar Bouazza… assaisonnés selon
l'inspiration du moment. Addition moyenne : 300 Dh sans
les vins.
9, rue El Moutanabbi, quartier Gauthier. Tél.
: + 212 (0) 22 22 79 23
Minuit : Le Carré rouge
Ouvert depuis peu à la place du cinéma
Dawliz Corniche, le Carré rouge est la boîte
branchée du moment. Le must : se trouver dans
le carré VIP — forcément rouge —
au milieu de la piste de danse, surplombée par
le DJ et les tables en mezzanine.
Boulevard de la Corniche — Réservation
: + 212 (0) 63 47 52 47 — carré VIP : +
212 (0) 61 61 77 32 |
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La
vallée rose
C’est peu dire que Tafraout se mérite.
Qu’elle vienne de Tiznit, d’Agadir ou de
Taroudant, la route dévide sans fin ses pelotes
de virages aux flancs des montagnes nues, n’escalade
un col que pour plonger dans une vallée piquée
d’arganiers et d’amandiers, franchir le
lit caillouteux d’un oued ou se glisser entre
les falaises d’un canyon. Un dernier virage, et
c’est, plus encore que la récompense attendue,
le miracle… Au cœur d’un cirque de
granite rose, cernée d’une muraille de
montagnes rougeoyantes, Tafraout dresse ses maisons
aux toits plats, rouges et roses elles aussi, comme
l’univers minéral qui assiège son
oasis. Disons-le tout net : la ville en elle-même
ne présente guère d’intérêt,
même si une flânerie dans son petit souk
ne manque pas de charme. Les paysages qui l’entourent
comptent, en revanche, parmi les plus inoubliables du
Maroc. Éboulis rocheux colossaux aux formes étranges,
sommets crénelés barrant l’horizon,
villages vertigineusement accrochés aux abrupts
des djebels, surplombant un damier de minuscules champs
en terrasses, gorges étroites comme des corridors
noyées dans l’ombre des palmiers, hauts
plateaux balayés par le vent… On se sent
écrasé par tant de beauté farouche,
et l’on ne cesse de s’étonner que
des hommes aient pu depuis des millénaires arracher
leur subsistance à une terre si âpre. Et
pourtant, comment ne pas envier le berger accroupi sur
un promontoire veillant sur son troupeau de chèvres,
la femme drapée de noir allant au puits, une
cruche de cuivre sur le dos, de vivre dans cette éternelle
splendeur ?
Au pays des Ammeln
Ils sont vingt-sept, leurs maisons suspendues en grappe
au flanc des à-pics incandescents du djebel Lekst.
Vingt-sept villages cramponnés à la pierre
comme des balcons, au-dessus de leurs jardins bruissants
de sources et de torrents, plantés de palmiers
dattiers, d’amandiers, de figuiers, d’oliviers,
d’orge et de luzerne, paradis végétal
qui contraste de façon saisissante avec l’énorme
masse rocheuse qui l’écrase.
À leur pied s’étend sur près
de trente kilomètres l’ample vallée
des Ammeln. Silence absolu, à peine déchiré
à l’heure de la prière par l’appel
des muezzins.
On comprend pourquoi les habitants d’Oumesnat,
de Tamaloukt, d’Aguez ou de Tandit ont baptisé
leur univers clos de montagnes « la vallée
de la méditation »… La vie a toujours
été rude, ici. Les sols arables sont rares,
l’irrigation exige un travail de tous les instants
et ni les maigres cultures ni le petit élevage
ne peuvent nourrir tout le monde. D’où,
depuis des décennies, l’émigration
des hommes vers les autres régions du Maroc et
en Europe, où beaucoup d’entre eux deviennent
commerçants. S’il n’est ni Algérien
du M’Zab, ni Tunisien de Djerba, il y a de bonnes
chances pour qu’à Rabat, Paris, Lyon ou
Bruxelles, l’épicier du coin soit un Chleuh
des Ammeln… C’est pourquoi ces villages
donnent l’impression étrange de n’être
peuplés que de femmes, d’enfants et de
vieillards. L’exil des hommes n’a été
rendu possible que parce que la vallée n’a
plus comme autrefois à redouter les incursions
des pillards et les razzias des tribus hostiles. Aussi
les villageois commencent-ils à déserter
leurs maisons-perchoirs pour se faire construire en
contrebas des demeures plus spacieuses, moins difficiles
d’accès… mais hélas moins
belles. Avant qu’elles ne soient toutes abandonnées
et ne tombent en ruine, dévorées par les
éboulements et les intempéries, il faut
aller dans les ruelles de ces villages verticaux admirer
ces chefs-d’œuvre d’architecture populaire
que sont les maisons anciennes, avec leurs murs épais
de schiste et de pisé percés d’étroites
fenêtres, leurs portes basses en bois sculpté
et leurs terrasses d’où, depuis des dizaines
de générations, les Ammeln contemplent
les paysages sublimes de la « vallée de
la méditation »…
Les gorges d’Aït
Mansour
Il est des lieux d’une beauté tellement
invraisemblable, d’une puissance si boule-versante
qu’on ne sait plus si on les a vus ou rêvés.
Des lieux que d’instinct on pressent
« habités », où n’ont
pu se dérouler que des événements
extrêmes, des tragédies ou des miracles,
des carnages ou des révélations mystiques,
où n’ont pu vivre que des criminels et
des saints, où ont coulé tour à
tour les larmes et le miel, le sang et le lait…
Les gorges d’Aït Mansour sont l’un
de ces mondes à part dont la force mystérieuse
empoigne, géhenne et paradis, éden et
enfer… Les premiers kilomètres sont les
plus étonnants. Imaginez un étroit boyau
serpentant entre deux murs verticaux de roche rouge.
Au fond, les eaux d’un oued vagabond ont fait
naître une oasis aux frondaisons si épaisses
que le soleil semble ne jamais pouvoir les percer. Frangeant
les sommets du canyon, à deux ou trois cents
mètres au-dessus de la tête des palmiers,
des vestiges de remparts, des tours de guet à
demi écroulées, des squelettes de fortins
montent la garde, en équilibre au bord du vide.
De chaque côté du ravin, on devine en haut
d’interminables escaliers les maisons du village,
plaquées contre les parois pour ne pas déborder
sur la moindre parcelle de terre arable. Si, plus loin,
les gorges s’élargissent, si les bourgades
de pierre, les agadirs et les forteresses trouvent pour
s’étendre un peu plus d’espace, jamais
on ne se sent libéré dans ce corset de
falaises du sentiment ambigu d’en être à
la fois le captif.
C’est au fond de ce corridor sinueux que durant
plus d’un millénaire se sont engouffrées
les caravanes venues du Grand Sud saharien. Aux tribus
guerrières qui en contrôlaient les entrées,
ils payaient redevance, pour leur protection, en or,
en sel et parfois en esclaves, pathétique troupeau
dont les gémissements résonnaient encore
il y a moins d’un siècle sur les murailles
des gorges. Ce sont peut-être les fantômes
de ces exilés qui hantent encore Aït Mansour
et lui donnent cette âme sans laquelle le plus
beau des paysages n’est qu’une coquille
vide…
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Pratique
Tafraout
Quand y aller…
Toutes les saisons sont belles à Tafraout.
Les fortes chaleurs de l’été
sont rendues supportables par l’altitude
– plus de 1000 mètres – et
l’hiver, si les nuits sont froides, le soleil
rend les journées douces. Les mois de mai
et d’octobre comptent parmi les plus agréables.
Où loger ?
Le choix n’est pas immense… Cinq établissements,
soit quelques dizaines de chambres, constituent
l’essentiel du parc hôtelier de Tafraout.
Autant dire qu’en haute saison, il est prudent
de réserver.
Hôtel Les Amandiers, tél.
: + 212 (0) 28 80 03 43, E-mail : reservation@hotellesamandiers.com
L’adresse la plus connue de la région
(voir notre rubrique « Mille et Une Nuits
», p.104).
Hôtel Salama, tél.
: + 212 (0) 28 80 00 26
Situé en plein centre, à deux pas
du souk, le Salama est notre adresse coup de cœur.
Tout récemment rénové, joliment
décoré, il abrite 24 chambres confortables
et lumineuses et un excellent restaurant de cuisine
marocaine. De la terrasse, la vue panoramique
sur la ville et les montagnes est superbe. Accueil
charmant, et rapport qualité/prix imbattable…
Chambre double 240 Dh, petit déjeuner 23
Dh, menu 65 Dh.
Hôtel Saint-Antoine,
tél. : + 212 (0) 28 80 14 97/98/99,
E-mail : reservation@hotelsaintantoine tafraout.com
Ce bâtiment moderne n’évoque
que de très loin l’architecture régionale.
Mais qu’importe… il n’est pas
le seul à Tafraout, et l’essentiel
demeure : des chambres bien équipées,
une belle piscine, une cuisine de bonne qualité.
Chambres doubles 390 Dh, petit déjeuner
compris, menus 80/90 Dh.
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Riad
Tafraout, tél. : + 212 (0) 28 80 00 31,
E-mail : info@riadtafraout.com
Impossible de ne pas remarquer cette étrange
bâtisse ceinte d’une galerie en étage
et hérissée de drapeaux. Le Riad
Tafraout – qui n’a rien d’un
riad – s’autoproclame « Maison
d’hôtes excep-tionnelle ». La
décoration de style berbère revisité,
les couleurs vives des tissus et des tapis, les
vitraux peints, les chambres au mobilier simple,
le jacuzzi faute de piscine… cet ensemble
un rien kitsch a de nombreux adeptes. Chambres
doubles avec petit déjeuner : de 300 Dh
(basse saison) à 450 Dh (haute saison).
Pas de restaurant.
Chambres d’hôtes
« La Maison Traditionnelle », Oumesnat-Tafraout,
tél. : + 212 (0) 66 91 77 68 ou + 212 (0)
66 91 81 45. À 6 km de Tafraout sur la
route d’Agadir par Aït Baha, prendre
à gauche une piste sur environ 1 500 m,
puis marcher 500 m (fléchage).
À côté de sa demeure ancestrale
restaurée et transformée en écomusée
(voir ci-dessous), cette famille d’Oumesnat
a bâti, nichée dans l’oasis,
une maison d’hôtes d’un surprenant
confort. Chambres avec salle de bains et toilettes,
claires et spacieuses, décorées
et meublées avec goût, grande terrasse
pour les repas. Pour une immersion totale dans
l’un des plus beaux villages de la vallée
des Ammeln… Dix chambres. 150 Dh par personne
et par jour en demi-pension.
Où déjeuner,
où dîner ?
Les tables les plus intéressantes de Tafraout
sont celles des petits restaurants populaires
proches du souk. Nous avons parti-culièrement
apprécié la cuisine simple mais
savoureuse de l’Étoile d’Agadir
et du Marrakech, tous deux situés à
quelques pas de la Poste. Couscous, tagine de
poulet aux pruneaux et aux amandes (une spécialité
locale) ou brochettes de keftas sont préparés
avec soin et servis avec générosité.
Compter entre 45 et 65 Dh pour un menu complet.
Qu’acheter ?
On trouvera des produits de l’artisanat
local à la Maison Touareg et à l’Artisanat
du Coin. Les babouches à bout rond et à
languette, rouges pour les femmes, jaunes pour
les hommes, sont une spécialité
de Tafraout. Compter 70 Dh pour une paire de bonne
qualité.
Que faire, que voir ?
Si l’on est pressé, on peut en deux
jours faire le tour des principaux sites de la
région : la vallée des Ammeln, le
Chapeau de Napoléon (ci-dessous,
3 km de Tafraout), les Rochers peints (ci-contre,
environ 10 km), oeuvre de land art de Jean Vérame,
les gorges d’Aït Mansour (environ 30
km), les gravures rupestres d’Ukas (1/2
jour-née en 4 X 4). À ne pas manquer
également : la Maison Traditionnelle (voir
adresse ci-dessus), véritable musée
des arts et traditions populaires. L’accueil
est plein de gentillesse, les explications fournies
sont passion-nantes. Ouvert tous les jours.
Mais les environs de Tafraout méritent
plus qu’une visite rapide. Les randonneurs,
trekkeurs et amateurs d’escalade y trouveront
un domaine d’exception. Attention cependant
: le terrain est difficile, le climat rude. Mieux
vaut s’adresser à des spécialistes
pour organiser un séjour en montagne. Deux
adresses sûres : Houssine Laroussi, au «
Coin Nomade », (près de l’hôtel
Salama, tél. : + 212 (0) 61 62 79 21) fournit
cartes de randonnées et d’escalade,
conseils et assistance. Ahmed, de Tafraout Aventure
(place de la Marche Verte, tél. : + 212
(0) 61 38 71 73) organise des excursions en 4
X 4 autour de Tafraout, des circuits, des randonnées
et des treks avec guides de montagne. Quelques
exemples de tarifs pour un groupe de 2 à
4 personnes : excursion de la journée en
4 X 4, 1 200 Dh, repas compris ; circuit de 2/3
jours en 4 X 4, 1600 Dh par jour, logement et
repas compris ; trek de 2/3 jours, 1000 Dh par
jour, logement et repas compris ; location de
VTT, 100 Dh la journée.
Comment y aller…
Tafraout se situe à 107 km à l’est
de Tiznit et à 160 km au sud-est d’Agadir.
Dans cette dernière ville, une adresse
futée : Hôtel Royal, boulevard Mohammed
V, en face du Mc-Donald ; tél. : + 212
(0) 28 84 06 75. Chambre double 536 Dh, petit
déjeuner compris. |
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