Houria Tazi, le linge maison en haute couture
Le fil d'Ariane d'Houria Tazi c'est la broderie. Enfant, son cœur battait déjà pour le beau linge de maison. Aujourd'hui, dans son atelier du quartier Souissi à Rabat, cette femme d'étoffes et d'affaires, qui a grandi au palais Tazi, travaille à rendre exceptionnels les tables et les lits du monde entier. Visite d'une maison de couture où la créativité ne recule devant aucune difficulté…
ci, des bobines de fil aux couleurs chatoyantes se déroulent, là une trentaine de brodeuses piquent dans un tissu tendu sur un tambour tandis que d'autres brodent dans une immense pièce de mousseline. Ailleurs, des nappes en lin, représentant des étoiles de mer, des papillons ou des coquelicots reposent sur des chevalets, prêtes à rejoindre des tables prestigieuses de New-York, des Bahamas ou de Paris... Bienvenue dans l’univers d'Houria Tazi, un petit monde au service des grands de ce monde.
Qui mieux qu'Houria Tazi pouvait habiller les plus belles tables ? Enfant, lorsqu'elle grandit au palais Tazi de Rabat, elle voit se succéder les réceptions. « Mon père, pacha de Rabat, recevait beaucoup. Des chefs d'État, des gens importants... J'en ai gardé des images si belles que je me suis très tôt intéressée aux arts de la table. », se souvient-elle. Une véritable vocation, encouragée par son père, qui n'hésitera pas à lui confier le soin de préparer les tables.
Son avenir sera donc tracé aussi sûrement que ses croquis d'aujourd'hui… Après de rapides études de droit, elle ouvre deux boutiques, à Rabat et à Casablanca, puis crée sa propre collection. Pour elle, le linge de maison peut se concevoir, comme le vêtement, en version haute couture : Depuis quatre ans, elle a quitté les patios du sublime palais de son enfance pour le chic quartier Souissi. L'atelier, une belle et grande villa blanche située au cœur d'un jardin luxuriant et fleuri, est à l'image de ses créations : éclatant.
Houria Tazi sort deux collections par an, l'une en septembre, l'autre en février. La plupart de ses créations sont des pièces uniques, faites à la commande et sur mesure, comme en témoignent des services de table en porcelaine précieuse entreposés dans une pièce et expédiés de l'étranger par des clients : nappe, sets, sous sets et serviettes devront être confectionnés dans les mêmes tons que les services….
Une main-d’œuvre exceptionnelle
Houria Tazi vend aux plus grands. Riches particuliers, couturiers célèbres – qui vendent ensuite sous leur propre marque – enseignes de luxe et décorateurs lui passent des commandes, très souvent exclusives. Ses clients viennent d'Australie, des Îles Vierges, du Japon, du Moyen-Orient, mais très peu du Maroc qui reste encore un marché de niche. Rien ne lui serait évidemment possible si la qualité de sa main-d'œuvre n'était exceptionnelle.
« Nous formons nous-même les brodeuses qui travaillent selon la méthode du « guidé main ». Idéalement, ce sont des filles qui n'ont jamais touché une machine. En effet, corriger de mauvaises habitudes, c'est comme tordre du fer », sourit-elle.
Quant aux matières, elles sont choisies avec autant de soin que le personnel. « Nous sélectionnons ce qu'il y a de
plus beau. Des tissus solides, qui ne rétrécissent pas... Je
prends le lin le plus cher de la place, d'une finesse presque transparente. Il vient d'Italie et de Belgique, l'organza de Suisse, la mousseline et le fil de France. »
Rigueur et fantaisie
La touche Houria Tazi, c'est également l'absence de couture : « Le montage est entièrement manuel, pris dans la masse. Les coutures sont donc inexistantes et le tissu ne gondole pas. » C'est enfin une extrême rigueur acquise très jeune. « Je suis partie pour la France à l'âge de 10 ans pour étudier au couvent Notre-Dame « Les Oiseaux », à Verneuil-sur-Seine. Hormis l'apprentissage de la broderie, de la cuisine, de la peinture et des bonnes manières, c'était vraiment l'école de la rigueur », se souvient-elle. Pour autant, Houria Tazi, qui foisonne d'idées, ne s'enferme pas dans le carcan de la rigueur et sait concevoir des modèles pleins de gaîté et de couleur. Un strass Swaroski par ici, un fil d'or et même de la peinture, qui ne fait courir aucun risque aux tissus : des tests en laboratoires ont soumis les échantillons à 80 lavages.
Pour le linge de lit, la fantaisie n'est pas de mise. « Nous privilégions la sobriété et l'élégance. Il y a moins de motifs. Nous nous accordons plus de liberté pour la table, excepté quelques pièces qui font dans la simplicité. » On nous montre une nappe aussi belle qu'un voile de mariée. Une pièce unique, tout comme les plus de dix mille autres pièces que la maison Houria Tazi a confectionné en vingt-sept ans. À côté de cette nappe, des éponges de bain sur mesure agrémentées d'initiales ou de dessins sont posées près de sets et de serviettes qu'Houria Tazi déplie avec un plaisir visible. Ce même plaisir qui se lit sur son visage lorsqu'elle nous confie que sa fille l'accompagne aujourd'hui dans cette belle aventure.
texte : Malika guillemain-loudifa
Photos : Jean-Yves Gabriele