Détournement d’objets
Hicham Elmadi se définit comme un « créateur
d’objets » ; des objets imaginés à
partir d’éléments recyclés qu’il
prend un malin plaisir à détourner. Des couscoussiers
en osier se transforment en vide-poches, des ceintures en
fil de laine pour jellabas associées à des
piquets de tentes berbères en abat-jour… Hicham
Elmadi, lauréat du prix Création 2008 du Riad
Art Expo, fait donc du neuf avec du vieux. Mais pas seulement...
Diplômé de l’Institut Supérieur
des Arts Appliqués de Paris, spécialisé
dans le graphisme informatique, Hicham Elmadi a formé
les équipes des ateliers de prototypes Vuitton, Agnès
B ou Kenzo avant de se tourner définitivement vers
le design d'ameublement, d'abord à Paris puis à
Marrakech. En 2005, il expose à Riad Art Expo. Pour
voir... Cette année-là, on
ne parlait pas encore « d’ecodesign »,
mais à
sa gande surprise, sa pratique de détournement séduit.
Ce succès lui fait prendre la mesure d’un marché
à conquérir. Revenu au Maroc, il fait évoluer
son style, n’utilisant plus que des matériaux
nobles, cuir, bois, céramique, métal, et s’éloignant
du recyclage. Il se concentre sur des créations plus
« nettes » auxquelles il continue d’associer
différentes matières, jusqu’à
l’été 2007 où il crée
un atelier de céramique. L’aventure commence
sur les chapeaux de roues. La première collection
se fait en quelques semaines, pour être présentée
au salon Maison & Objet de Paris en septembre. Depuis,
une quarantaine de nouveaux modèles sortent tous
les mois des ateliers, dans un dégradé possible
de 250 couleurs. Hicham Elmadi continue de créer
des meubles et des objets “customisables” et
“modulables”, comme cette lampe dont le pied
en galets se fait et se défait à l’envi
ou cette table pensée tel un Rubik's cube.
S’il s’éloigne peu à peu du recyclé,
ses créations se réfèrent encore à
un univers traditionnel… revisité. Portes d’armoires
et paravents se retrouvent ainsi marqués par des
arabesques modélisées sur ordinateur, technique
qu’il utilise pour toutes ses créations. À
Fès, lors du workshop organisé en février
dernier (voir encadré), il est parti du porte-monnaie
en cuir typique de la ville. Il l'a « décortiqué
» par ordinateur et en a repris la géométrie
en losanges pour créer de grands et de petits sacs
agrémentés de broderies, fermés par
une tige en corne traditionnellement utilisée pour
appliquer le khôl. Pour la doublure, il a tissé
les chutes de cuir « ziwani » qui sert à
faire les babouches jaunes de Fès, et les fils pour
coudre ces mêmes babouches. On ne se défait
pas si facilement de ses premières amours…
Made in Fès
Dans le cadre de la commémoration du de la fondation
du Royaume du Maroc XIIe siècle, le projet intitulé
« Les Ateliers du design EuroMixArts » a été
initié
par le ministère du Tourisme et de l’Artisanat
pour créer et commercialiser de nouveaux produits
artisanaux estampillés « made in Fès
». Quatre designers marocains, quatre designers néerlandais
et six artisans de Fès ont travaillé ensemble
du 5 au 15 février 2008 pour donner naissance à
quarante prototypes inspirés de « rituels spécifiques
aux us et coutumes de la ville de Fès », explique
l’organisateur, Connivences.org. Trois domaines d’activité
ont été sélectionnés : la décoration,
l’ameublement et les accessoires. Ces prototypes devraient
ensuite être mis à la disposition de tous les
artisans de Fès. Cette opération devrait permettre
à l’artisanat de se renouveler pour s’adapter
à la demande des touristes nationaux comme internationaux.
Texte Aurore chaffangeon
Photos Jean-Bernard Yaguiyan