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Couleurs Maroc - Couverture N° 12 Février, Mars, Avril 2010

Couverture N° 12
Le palace et le minaret
Par René Gast
On pourrait croire que c’est par son site le plus prestigieux ou son monument le plus célèbre que se résume l’identité d’une ville. Quoi de plus naturel, après tout, que la Place Rouge évoque immédiatement Moscou, le Colisée Rome ou la statue de la Liberté New York?
Issu d’une alchimie complexe que ne gouverne aucune logique claire, le choix de ces symboles est parfois déroutant. Ainsi, pourquoi l’image de Bruxelles est-elle inévitablement liée à la statuette du Manneken Pis et non à la Grand-Place, celle de Vienne à la roue du Prater et non au château de Schönbrunn ?
Il est en tout cas rare qu’un hôtel devienne l’emblème d’une ville, et même au-delà, d’une culture. Marrakech ne manque pas de lieux légendaires, comme la place Jemaâ el Fna, et d’édifices admirables, la Koutoubia par exemple, dont le minaret semble régner sur la ville. Mais c’est La Mamounia, qui n’a pourtant accompagné que pendant moins d’un siècle l’histoire millénaire de la Ville Rouge, que l’imaginaire collectif a érigé en icône. Sans doute parce que les palaces font rêver, surtout ceux qui n’y auront jamais accès ; tout comme les palais d’autrefois abritaient les rois et les princesses, ils accueillent aujourd’hui ces nouveaux demi-dieux que sont les « beautiful people ». Sans doute aussi parce que leur univers n’est pas seulement celui du luxe, mais aussi celui de la beauté, qui est là vivante et non, comme dans les musées, figée dans une pose glacée. Enfin La Mamounia est d’autant plus emblématique que, bâtie dans les jardins d’un fils de sultan par des architectes français amoureux du Maroc, elle illustre la convergence de deux cultures qui n’ont cessé de s’enrichir l’une l’autre. Pendant les trois années qu’ont duré les travaux de rénovation, Marrakech a été orpheline. Il manquait au sublime minaret de la Koutoubia son pendant séculier et profane. L’événement que représente la réouverture de l’illustre palace méritait que « Couleurs Maroc » lui consacre l’essentiel de ce numéro.